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Benjamin Fondane – toute la douleur du monde


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C’est toute la douleur du monde

qui est venue s’asseoir à ma table

– et pouvais-je lui dire : Non ?

Je m’étais fait si petit,

une petite chenille, et j’ai éteint la lampe

–         mais pouvais-je savoir qu’elle mûrissait dedans

et pouvais-je m’empêcher     qu’elle sortît un jour,

une chanson entre ses ailes ?

J’ai dit à la douleur du monde

qui s’est couchée sous mon ventre :

N’ai-je pas assez de la mienne ?

Vois : j’ai ma propre soif !

On ne peut pas toujours demeurer une chenille

la terre m’est rugueuse au ventre

elle me fait mal votre terre

je suis né pour voler…

D’un bond je lui tournai le dos –

mais elle était déjà dans mon songe.

– Est-ce mon sang qu’elle voulait ?

J’ai dit la douleur du monde

– C’est une ruse, une sale ruse.

Voilà que tu chantes en t’en allant…

-Mais à ma place,        dites,        l’auriez-vous oubliée ?

 

 

(1944, Au temps du poème)

 


C’est dire, comme les fleurs fanent ( RC )


image 143

C’est dire, comme les fleurs fanent,

Elles jettent leur éclat d’or et de pourpre,

Abandonnent de suaves parfums,

Au vent et aux insectes,

> Mais qui se souvient d’elles,

Une fois leurs pétales flétris,

Et leurs vives couleurs, ternies ,

Si ce n’est la photographie ?

Laisse vivre les fleurs par myriades,

Comme elles peignent les champs,

En teintes insolentes,

Sous la tendresse grise

D’ondées de passage,

Et l’amitié traversière,

Des plus gros nuages,


Il y en a pour peu de temps.

Quelques semaines,

Ou quelques jours,

Et les corolles fines,

Perdent leurs couleurs vives….

Les souvenirs des coquelicots,

Sont feuilles bien légères,

Aux pieds des jeunes blés,

Il suffit d’un courant d’air.

Laisse vivre aussi la chenille,

En souvenir de sa métamorphose,

Et quelques jours vécus,

En pétales fantasques,

Papillonnant dans les champs,

Ou au-dessus des chemins,

Donnant le change aux feuilles

Tremblantes des peupliers.


Quelques jours de grâce accordée,

Somptueux motifs éparpillés….

> Te souviendras-tu de moi,

De mon front dans les brumes

Et de mes herbes folles,

Tremblant, juste avant le sol,

Et mes mains dans l’amour,

Quelques jours ou toujours… ?

RC – 8 septembre 2013

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