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Philipp Larkin – à propos de l’album de photos d’une jeune femme


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Enfin vous m’avez laissé voir cet album qui,
Une fois ouvert, m’affola. Tous vos âges
En mat et en brillant sur les épaisses pages !
Trop riches, trop abondantes, ces sucreries
Je me gave de si nourrissantes images.

Mon œil pivote et dévore pose après pose –
Cheveux nattés, serrant un chat pas très content,
Ou vêtue de fourrure, étudiante charmante,
Ou soulevant un lourd bouton de rosé
Sous un treillage, ou portant chapeau mou

(Un peu gênant, cela, pour diverses raisons) –
De toutes parts, vous m’assaillez, les moindres coups
Ne venant pas de ces types troublants qui sont
Vautrés à l’aise autour de vos jours révolus :

Dans l’ensemble, ma chère, un peu indignes de vous.

Mais ô photographie semblable à nul autre art,
Fidèle et décevante, toi qui nous fais voir
Morne un jour morne et faux un sourire forcé,
Qui ne censures pas les imperfections
– Cordes à linge et panneaux de publicité –

Mais montres que le chat n’est pas content, soulignes
Qu’un menton est double quand il l’est, quelle grâce
Ta candeur confère ainsi à son visage ,
Comme tu me convaincs irrésistiblement
Que cette jeune fille et ce lieu sont réels !

Dans tous les sens empiriquement vrais ! Ou bien
N’est-ce que le passé ? Cette grille, ces fleurs,
Ces parcs brumeux et ces autos sont déchirants
Simplement parce qu’ils sont loin ;

En semblant démodée, vous me serrez le cœur,

C’est vrai ; mais à la fin, sans doute, nous pleurons
D’être exclus, mais aussi parce que nous pouvons
Pleurer à notre aise, sachant que ce qui fut
Ne nous priera pas de justifier notre peine,
Même si nous hurlons très fort en traversant

Ce vide entre l’œil et la page. Ainsi, je reste
A regretter (sans nul risque de conséquences)
Vous, appuyée contre une barrière, à vélo,
A me demander si vous noteriez l’absence
De celle-ci où vous vous baignez ; en un mot,

A condenser un passé que nul ne peut partager,
A qui que ce soit votre avenir; au calme, au sec,
II vous contient, paradis où vous reposez
Belle invariablement,
Plus petite et plus pâle année après année.

Philipp LARKIN
« The Less Deceived  »
(The Marvel Press, 1955)  Traduction in « Poésie 1 » n° » 69-70


Quand nous nous séparions… (chanson populaire chinoise )


photo:

Lee Jeffries

 
Quand nous nous séparions, les feuilles étaient vertes,
Maintenant tu reviens dans les neiges d’hiver.
Je songe malgré moi que la vieillesse approche
Et que dans tes cheveux paraissent des fils blancs.

 
Chanson populaire chinoise in « Mesures »  n° 1     15 janvier 1936


Marina Tsvetaiëva – combien de tristesse noire gronde sous mes cheveux clairs


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Si vous saviez, passants, attirés
Par d’autres regards charmants
Que le mien, que de feu j’ai brûlé,
Que de vie j’ai vécu pour rien,

Que d’ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit…
Et mon cœur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

ô, les trains s’envolant dans la nuit
Qui emportent nos rêves de gare…
Sauriez-vous tout cela, même alors,
Je le sais, vous ne pourriez savoir

Pourquoi ma parole est si brusque
Dans l’éternelle fumée de cigarette
Et combien de tristesse noire
Gronde sous mes cheveux clairs.
Koktebel, 17 mai 1913


Robert Creeley – Distance


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photo: Tamsin

 

Distance

 

1

Comme j’avais
mal, de toi,
voyant la

lumière là, cette
forme qu’elle
fait.

Les corps
tombent, sont
tombés, ouverts.

Cette forme, n’est-ce pas,
est celle que
tu veux, chaleur

comme soleil
sur toi.
Mais quoi

est-ce toi, où,
se demandait-on, je
je me demandais

 

toujours. La
pensée même,
poussée, de forme

à peine naissante,
rien
sinon

en hésitant
d’un regard
après une image

de clarté
dans la poussière sur
une distance imprécise,

qui projette
un radiateur en
arêtes, brille,

la longueur longue
de la femme, le mouvement
de l’

enfant, sur elle,
leurs jambes
perçues derrière.

 

 

2

Les yeux,
les jours et
la photographie des formes,

les yeux
vides, mains
chères. Nous

marchons,
j’ai
le visage couvert

de poils
et d’âge, des
cheveux gris

puis blancs
de chaque côté
des joues. Descendre

de la
voiture au milieu
de tout ce monde,

où es
tu, suis-je heureux,
cette voiture est-elle

 

à moi. Une autre
vie vient à
la présence,

ici, tu
passes, à côté
de moi, abandonné, ma

propre chaleur
réprimée,
descendre

une voiture, les eaux
avançant, un
endroit comme

de grands
seins, le chaud et
l’humide qui progressent

s’éveillant
jusqu’au bord
du silence.

3
Se dégager de comme en amour, ou

amitié de
rencontre, « Heureux de vous

rencontrer — » Ces
rencontres, c’est
rencontrer

la rencontre (contre)
l’un et l’autre
le manque

de bien-être, le mal
aise du
cœur en

formes
particulières, s’éveille
contre un corps

comme une main enfoncée
entre les jambes
longues. Ce n’est

que la forme,
« Je ne connais pas
ton visage

mais ce qui pousse là,
les cheveux, malgré la fêlure,
la fente,

entre nous, je
connais,
c’est à moi — »

Qu’est-ce qu’ils m’ont fait,
qui sont-ils venant
vers moi

sur leurs pieds qui savent,
avec telle substance
de formes,

écartant la chair,
je rentre
chez moi,

avec mon rêve d’elle.

 

Robert Creeley

Traduit de l’américain par ]ean Daive


Cécile Sauvage – Le vallon


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dessin perso  RC

 
Le cœur tremblant, la joue en feu, 
J’emporte dans mes cheveux 
Tes lèvres encore tièdes.
Tes baisers restent suspendus 
Sur mon front et mes bras nus 
Comme des papillons humides. 
Je garde aussi ton bras d’amant, 
Autoritaire enlacement, 
Comme une ceinture à ma taille.

Cécile Sauvage.


Henri Michaux – Par les cheveux de l’âme


 

 

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dessin: G Klimt

 

Par les cheveux de l’âme, il la tenait pendant qu’elle agitait en elle-même de vains projets de résistance, qu’elle se débattait en vains mouvements, en vains retours, en vains délacements, glissant malgré elle, glissant déjà
presque tout entière suspendue, sans appui, au-dessus de la fosse du désir partagé.

 


Rédemption – « l’enfer, souvent  » -( RC )


photo d’actualités ( 2015 ) avec le commentaire  suivant: Who is Burning Black Churches: KKK, FBI Or God ? ( qui incendie les églises noires: le Ku Klux Klan, le FBI, ou Dieu ? )

 

Certains nous parlent de l’enfer,
( c’est donc qu’ils en sont revenus,
– des vacances aux tropiques –
       quelque peu rotis ),

– En fait Orphée a ouvert une brèche
il suffit d’obtenir un laisser-passer,
( une dérogation ), – et en revenir
sans aller chercher Eurydice : –

Puis , revenant en zones tempérées,
les doigts en éventail,
( certes,     les cheveux couleur de cendre,
et le visage creusé de rides )

…       nous parler de l’éternité
à laquelle ils ont échappé,
         et les longues nuits blanches
         secouant les ombres :

On trouvera bien un prédicateur,
        des inquisiteurs zélés,
       des amateurs d’autodafés,
ayant la nostalgie

des odeurs de grillade
pas seulement du barbecue,
mais des bombes au napalm
et des fours crématoires .

Certains nous parleraient
de rédemption,
purification par les flammes :
mais ont-ils essayé sur eux-mêmes ?


RC- avr 2017


Louis Aragon – Paris 42


rue Mouffetard - Paris 5e

Paris, rue Mouffetard

Une chanson qui dit un mal inguérissable
Plus triste qu’à minuit la place d’Italie
Pareille au point du jour pour la mélancolie
Plus de rêves aux doigts que le marchand de sable
Annonçant le plaisir comme un marchand d’oublies

Une chanson vulgaire et douce où la voix baisse
Comme un amour d’un soir doutant du lendemain
Une chanson qui prend les femmes par la main
Une chanson qu’on dit sous le métro Barbès
Et qui change à l’Etoile et descend à Jasmin

C’est Paris ce théâtre d’ombre que je porte
Mon Paris qu’on ne peut tout à fait m’avoir pris
Pas plus qu’on ne peut prendre à des lèvres leur cri
Que n’aura-t-il fallu pour m’en mettre à la porte
Arrachez-moi le coeur vous y verrez Paris

C’est de ce Paris-là que j’ai fait mes poèmes
Mes mots ont la couleur étrange de ses toits
La gorge des pigeons y roucoule et chatoie
J’ai plus écrit de toi Paris que de moi-même
Et plus que de vieillir souffert d’être sans toi

Qui n’a pas vu le jour se lever sur la Seine
Ignore ce que c’est que ce déchirement
Quant prise sur le fait la nuit qui se dément
Se défend se défait les yeux rouges obscène
Et Notre-Dame sort des eaux comme un aimant

L’aorte du Pont Neuf frémit comme un orchestre
Où j’entends préluder le vin de mes vingt ans
Il souffle un vent ici qui vient des temps d’antan
Mourir dans les cheveux de la statue équestre
La ville comme un coeur s’y ouvre à deux battants

Le vent murmurera mes vers aux terrains vagues
Il frôlera les bancs où nul ne s’est assis
On l’entendra pleurer sur les quais de Passy
Et les ponts répétant la promesse des bagues
S’en iront fiancés aux rimes que voici

Paris s’éveille et moi pour retrouver ses mythes
Qui nous brûlaient le sang dans notre obscurité
Je mettrais dans mes mains mon visage irrité
Que renaisse le chant que les oiseaux imitent
Et qui répond Paris quant on dit liberté.


Anna Niarakis – Une minute


Henri  capture   effet  rideau            03.jpg

photo:                image  extraite du film  « Henri », de Yolande Moreau

 

Heure 20:37.
Je ripe mes chairs, la mémoire
l’innocence oubliée.
Seul, nue , j’erre
A six dimensions
avec les six sens.
Je regarde  le labyrinthe de côté
formé par ton oreille.
Puis je plonge et disparais.
Je subis l’électrocution,
par les neurones
de ton cerveau.
Electrochoc.

Je me réveille pleine de sang
sur le ventricule gauche de ton cœur.
Je respire et vibre à un rythme étranger.
Ta pulsation.
Quelque chose te dérange.

Je deviens une glaire qui se plante dans tes poumons.
Tu tousses et tu me craches sur le tapis
Je me lève, je fais mes cheveux et je m’assieds.
Tu m’offres du café et me demandes ce que c’ était
J’allume une cigarette, la fumée m’enroule
Et je disparais.


Envahissement du ciel , par le corps d’une géante – ( RC )


https://petitemelancolie.files.wordpress.com/2011/10/raoul-ubac-nu-couchc3a9-solarized-silver-print1938.jpg?w=590

photo: Raoul Ubac  –  nu solarisé   1938

 

 

Flottante, entre deux peaux,

Ou bien ayant quitté un temps la terre …

C’est un nuage de chair,

– Ainsi l’indique la photo.

 

L’envahissement du ciel,

Par le corps d’une géante :

Confisquées:  les montagnes et leurs pentes ,

Battement à tire d’elle…

 

Peuplée de formes blanches,

Il n’y a de neige douce,

Que cette peau de rousse,

Et vers nous elle penche.

 

Souffle une brise dans tes cheveux,

  • As tu froid, ainsi découverte ,
  • Quel message, portent tes lèvres entr’ouvertes ?
  • Que nous confient tes yeux ?

 

Tu prends tout l’espace de la vision

Occupes la totalité du paysage,

Nous protégeant des orages ,

de leur sourde invasion :

 

Prenons nos désirs     pour la réalité,

Allons nous réfugier sous le parapluie,

De son corps : un prélude à la nuit,

>         Indulgence et sensualité .

 

Une ondulation des hanches ,

Répand des sourires sur la ville,

Le creux de ton nombril est une île,

Où pas un cyclone ne se déclenche .

 

Et de ces syllabes à détacher,

S’il faut parler    mété-o,

Je préfère     t’aimer haut

Ayant quelque mal à m’arracher

 

A l’humaine condition …

Pour admettre que les caresses,

Conviennent aussi aux déesses ,

( et qu’il peut pleuvoir en émotions ).

 

 

RC –  sept  2015


Voyage dans son visage – (RC )


 

Sculpture Oliver Voss

 

C’est d’un grand portrait dont je ne pouvais faire le tour, ni voir l’ensemble, que l’exploration commence….
Je suis un petit bonhomme aux allures de lilliput, aux sensations de  » l’homme qui rétrécit « , qui se promène sur ce visage, sur ton image…

Etant si petit, les départements de l’image me sont des passages d’où je ne peux pas voir les voisins..

Je progresse ainsi, de cheveux blonds, remplacés brusquement par des yeux de porcelaine, puis par un petit nez orné dessous d’un fin duvet, si discret si mignon, —
Pommettes à peine marquées- …
En étant cet homme rétréci, il se pourrait que de l’image plane, des volumes se dessinent, les surfaces ondulent, la couleur se teint de chaleur, les pentes naissent, et voilà que je dois m’accrocher pour ne pas glisser…

hop je me rattrape au lobe de l’oreille, dissimulé un peu derrière les mèches paille… un petit coup d’œil dans l’obscur ouh la, ça glisse, je préfère me promener sur les joues, ( c’est bien souple)…,

je m’essaie… le coup du trampoline… !! ( j’ai gardé encore de bons réflexes, : un petit sauf périlleux, me voilà sur mes pieds… (tiens la bouche a souri !!), s’est étirée, j’ai vu luire le reflet d’une dent… ça va pas du tout, et si elle voulait me croquer ?

je suis descendu plus bas, petite glissade toboggan, qui m’amène à un petit menton rond, ouf, j’ai bien fait d’être prudent…
ce menton est en surplomb, et je n’ai pas mon matériel de rappel, pour descendre plus bas…

je devine loin, l’échancrure d’un corsage bleu qui se soulève régulièrement…

Mais ne rêvons pas , de toute façon je ne peux pas, le cadre de la photo fait que je ne peux aller plus bas…
Bien pratique d’ailleurs ce cadre, j’y prends appui, pour découvrir ce qui s’y passe sur la gauche… c’est plus dur qu’en descente, il faut que je m’agrippe au grain de la peau, que je prenne appui sur la corniche ( au coin des lèvres )… tiens une petite fossette !

Je progresse doucement, me voilà proche de l’arête du nez… enfin une bonne prise…        un petit grain de beauté…          un deuxième presque aligné..

D’une détente, j’ai attrapé une mèche, et j’ai vu son azur brillant, son regard pivoter sur le côté.. ça a tourné d’un coup, sans effort ( bien huilée la mécanique)…
Me voilà en train de remonter, m’aidant de petits poignées de chevelure, … hop, me voici debout.. au niveau des sourcils à peine marqués… madame joue au camouflage !
Et ensuite c’est une grande clairière, bombée mais pas trop— un espace de front dégagé, avec une ride transverse, mais peu creusée..

Mais zut alors
je suis tout à coup enlevé dans les airs…
elle m’a saisi entre son pouce et l’index, m’a dit que j’étais trop curieux, et

Et a refermé son livre d’images…

RC – 2011


Laetitia Lisa – Offrande


photo et montage  persos... Landes   2014

photo et montage persos… Landes 2014

 

 

 

Le sable me chuchotait

De marcher dans sa chaleur

J’ai ôté mes chaussures

Pour recevoir ses caresses

 

 

J’ai laissé glisser au sol

Mon manteau d’ombres

Et ma robe de feuillets

J’ai offert ma peau aux embruns

Et revêtu le vent

 

 

J’ai libéré mes cheveux

Evadés sur ma nuque

En cascades légères

En vagues irisées

Priant le soleil

De venir s’y coucher

 

 

A l’appel de l’heure bleue

J’ai déposé sur le sable

Ma peau d’arc-en-ciel

Mon sang de rosée

 

 

Puis chevauchant la nuit

J’ai étreint l’univers

 

 

L L – septembre 2010


Céline Renoux – Une question de résistance.


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Peut-être le mouvement désordonné des jambes.

Autour des reins te cambre, essaie d’amplifier les angles mais tu sens bien que quelque chose se perd, se dérègle.

Tes cheveux retombent en pluie sur ses épaules, tu aimerais rester là, à respirer son odeur, mélange de craie, de sécrétions poivrées comme des fougères humides.

Tu aimerais vraiment rester là. Pour ancrer, arrimer quelque part, ici plutôt qu’ailleurs, ce qui s’échappe imperceptiblement mais un peu plus chaque jour.

La pesanteur, le poids des choses sur toi et en toi. Pourtant l’ovale de ton sein droit dans sa main gauche te paraît lourd, tout comme le reste du corps, n’oublie pas que tu as cessé de fumer.

Tu manquais d’oxygène, ne supportais plus cette odeur de tabac froid et puis ce flou, cette poussière de cendres grises et morbides qui asphyxiait ta peau.

Il disait tu verras, tu retrouveras des sensations qui elles-mêmes vont se décupler mais tu ne remarques rien de particulier, si ce n’est que depuis quelques jours, dehors, dans la rue, tu sembles flotter, à peine effleurer la surface du sol.

L’impression est curieuse, il y a là quelque chose d’agréable, d’euphorisant par brèves bouffées, mais de vertigineux aussi, à la limite de l’angoisse. Un appel d’air qui se tient juste au bord du gouffre. Besoin de temps pour t’ajuster sans doute, retrouver le sens de la marche et du rythme. Tu trouves que les hommes te regardent moins, en fait les hommes, les femmes, les enfants, même le chat se désintéresse.

Tu imagines que tu disparais progressivement, que bientôt on ne te verra pratiquement plus, qu’il y a une perte de contact. Bien sûr c’est une image mais elle te saisit violemment à la gorge, te coupe un moment le souffle. Te vient l’envie de faire de grands signes, d’agiter les mains pour voir si tu peux revenir dans la scène comme ça, d’un claquement de doigts.

Puis aussitôt tu prends conscience que c’est toi qui a abandonné la première, toi qui a laissé tomber et traversé la vie sans réellement y prendre part. On te parle, on te touche mais ça glisse et tu décroches vite.

Les émotions sont tièdes, le coeur bat de manière trop régulière, tu donnes plus ou moins le change mais refuses de participer à ce qui pour toi, de manière invisible mais globalement efficace, se noie.

Tes proches l’ont-ils seulement remarqué, tu ne penses pas, d’ailleurs ça n’a pas vraiment d’importance.

Combien de temps pourras-tu tenir et résister ainsi. Combien de temps disposes-tu encore avant d’allumer des feux là où la nuit ne cesse de grignoter le jour, avant d’opposer le désir, le vivant à cette colère qui enfle et brûle. Soudain ta langue me désarme et nos bouches s’abreuvent du sel de mes larmes.


Alejandra Pizarnik – Il faut sauver le vent


 

peinture          : P Prudhon –       la vengeance  poursuivant le crime

Il faut sauver le vent
Les oiseaux brûlent le vent
dans les cheveux de la femme solitaire
qui revenant de la nature
tisse des tourments
Il faut sauver le vent.

(L’arbre de Diane)


Grande sonate ( RC )


photo perso - les Boissets  1er juin 2013

photo perso – les Boissets 1er juin 2013

Au secret, imprimé de signes, sur la partition,

S’arrangent triolets, triples-croches et soupirs,

Complotant sur les portées…

Pour jaillir,

Sous les doigts du pianiste,

L’haleine des accords sauvages,

Martelés de la gauche

Tempérant la dentelle d’un thème

L’épopée fraîche,

Scintillante cascade,

Passant, fluide, d’une main à l’autre,

Se poursuivent sans relâche,

Semblant inventer l’instant d’après,

Comme aussi, à l’intérieur,

Les ondes visibles, les petits marteaux

de feutre qui ondulent,

Ainsi le vent dans les blés

Devient palpable,

La musique ici,          on la voit

Elle s’échappe,

D’un grand piano noir,

A l’arrondi d’une oreille,

Son couvercle est ouvert

L’intérieur est de feu,

Vers la flamme,

Ses cordes frémissent.

Se succèdent les mesures,

Les tempos se détendent ,

puis accélèrent,

Comme s’ouvrent les bras  du pianiste,

Et survolent le clavier.

 – Deux ailes d’un oiseau de proie -,

Puis se referment sur les touches d’ivoire,

Les notes s’envolent, se pressent et se cabrent,

Les cheveux saccadés au même rythme,

Balayant presque le pupitre…

Crescendo, lumières croisées sur nos folies,

Puis ombres de détente et retour du thème,

Indiquant , ré majeur,

La fin du premier mouvement.

La caresse dansée, au royaume sonore     *

De la sonate.

*   » Vers la Flamme », et  « Caresse dansée », sont le nom de pièces pour piano d’ Alexandre Scriabine

RC  – 9 septembre 2013


Parfum & image – (RC )


photographe non identifié

photographe non identifié

Virevolte au travers de la chambre,

Une senteur, habillant ta présence,

Qui n’est plus qu’un petit creux,

Sur l’oreiller, et parmi les draps

-Un peu froissés., il y a un ou deux,

Fils d’or – tes cheveux…

Tu n’es plus là, et même,

Si lentement, le parfum, se dissipe…

De l’absence il n’est plus distance-

Quand les nuits persistent,

A remplir d’ivresse, ton image.

Elle envahit tout l’espace,

Sans rumeur ni tapage,

Et revient , équilibriste

Sur la pointe des pieds,

En attendant, ton retour.

RC –  17 septembre 2013


Alain Bosquet – Les seins de la reine en bois tourné


 

peinture: R.H. Ives Gammell, Le rêve de Shulamite, 1930

 

 

 

 

LES SEINS DE LA REINE EN BOIS TOURNÉ

Les mains de la reine enduites de saindoux
Les oreilles de la reine bouchées de coton
Dans la bouche de la reine un dentier en plâtre
Les seins de la reine en bois tourné
Et moi j’ai apporté ici ma langue chauffée par le vin
Dans ma bouche la salive qui bruit et mousse
Les seins de la reine en bois tourné
Dans la demeure de la reine un cierge jaune se fane
Dans le lit de la reine une bouillotte refroidit
Les miroirs de la reine sont recouverts d’une bâche
Dans le verre de la reine se rouille une seringue
Et moi j’ai apporté ici mon jeune ventre tendu
Mes dents offertes comme des instruments
Les seins de la reine en bois tourné
Des cheveux de la reine tombent les feuilles
Des yeux de la reine tombe une toile d’araignée
Le cœur de la reine éclaté en un sifflement sourd
Le souffle de la reine jaunit sur la vitre
Et moi j’apporte ici une colombe dans une corbeille
Tout un bouquet de ballons dorés
Des cheveux de la reine tombent les feuilles

{Alain Bosquet)    (1962)

 

sculpture mediévale: Tilman Riemenschneider, Mary Magdalene entouée  d’anges1490-95,   Bayerisches Nationalmuseum, Munich


Jorge de Sena – Je sais le sel …


photo Anna Bodnar

photo Anna Bodnar

Je sais le sel de ta peau sèche
Depuis que l’été s’est fait hiver
De la chair au repos dans la sueur nocturne.

Je sais le sel du lait que nous avons bu
Quand nous bouches les lèvres se resserraient
Et que notre cœur battait dans notre sexe.

Je sais le sel de tes cheveux noirs
Ou blonds ou gris qui s’enroulent
Dans ce sommeil aux reflets bleutés.

Je sais le sel qui reste dans mes mains
Comme sur les plages reste le parfum
Quand la marée descendue se retire.

Je sais le sel de ta bouche, le sel
De ta langue, les sel de tes seins,
Et celui de ta taille quand elle se fait hanche.

Tout ce sel je sais qu’il n’est que de toi,
Ou de moi en toi ou de toi en moi,
Poudre cristalline d’amants enlacés.

 

Conheço o sal

Conheço o sal da tua pele seca
Depois que o estio se volveu inverno
De carne repousada em suor nocturno.

Conheço o sal do leite que bebemos
Quando das bocas se estreitavam lábios
E o coração no sexo palpitava.

Conheço o sal dos teus cabelos negros
Os louros ou cinzentos que se enrolam
Neste dormir de brilhos azulados.

Conheço o sal que resta em minhas mãos
Como nas praias o perfume fica
Quando a maré desceu e se retrai.

Conheço o sal da tua boca, o sal
Da tua língua, o sal de teus mamilos,
E o da cintura se encurvando de ancas.

A todo o sal conheço que é só teu,
Ou é de mim em ti, ou é de ti em mim,
Um cristalino pó de amantes enlaçados.

 

Jorge de Sena

– quelques uns de ses poèmes 

en langue portugaise:


Sur ton visage marqué de rides (RC )


 

 

 

Photo documentary Educational resources

 

Sur ton visage marqué de rides
Et de la vie, le voyage,

L’ombre parle aux années,
Les larmes perlent tes joues

Je cherche l’abri de ton regard,
Et la cascade de tes cheveux

Au delà du temps, et des saisons,
Comme les feuilles parlent aux arbres

De naissance, de joie, de sécheresse
De renoncements..  et de renouveau..

RC – 15 mai  2013


Xavier Lainé – Que dit ton visage


Photo
-photo:     Jaya Suberg
Que dit ton visage
Lorsqu’en rêves il se concentre
Paupières baissées
Lèvres ouvertes
Sur la source des nuits
Un petit matin frais
S’éparpille en tes cheveux d’ombre
Je te suis sur ces rives perdues
(Xavier Lainé)

Au sommeil, l’abandon (RC )


Dessin  P PicassoRésultat de recherche d'images pour "Pablo Picasso . Femme endormie 1952"

 

 

Au sommeil l’abandon

Les bras de Morphée

Seront-ils assez longs ?

 

Et, si c’est long, cet abandon

Si c’est vite, ce sommeil arrivé

Si c’est long, long la nuit

 

A te regarder dormir

Et puis peut-être rire

Au creux de tes rêves

 

Lovée dans tes courbes

Tu fais les plus beaux Modi

Epousant plis et plis

 

Courbes et volutes

Cheveux répandus

Pesanteur oubliée

 

Le rythme régulier

Du tiède qui , de souffle

Soulève ta poitrine

 

Le bras léger sur le mien

Où que tu sois dans l’oubli

Le temps d’aborder le jour

 

……..L’ absence…….

 

Je veux te regarder dormir

RC –      novembre 2010


L’interrogation du soleil ( RC )


photo      rgbstock

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012

photo Jose Chiyah


Paul Celan – Toute la vie


photo Jerry Uelsman

photo :         Jerry N.Uelsmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les soleils des demi-sommeils sont bleus comme

tes cheveux une heure avant le jour.

Eux aussi poussent vite comme l’herbe sur la tombe d’un oiseau

Eux aussi sont attachés par le jeu, que nous jouiions comme un rêve sur les bateaux de la joie.

Aux falaises crayeuses du temps les poignards aussi les rencontrent.

les soleils des sommeils profonds sont plus bleus : comme ta boucle

ne le fut qu’une fois ;

je m’attardais comme un vent de nuit sur le sein à vendre de ta sœur

tes cheveux pendaient sur l’arbre d’en dessous, mais tu n’étais pas là.

Nous étions le monde, et toi tu étais un arbuste devant les portes.

Les soleils de la mort sont blancs comme les cheveux de notre enfant :

Il s’éleva des eaux montantes, quand tu dressas une tente sur la dune.

Il sortit le couteau du bonheur aux yeux éteints.


François Corvol – Setis


-

illustration-  à partir  d’éléments  rappelant les estampes japonaises

Setis

24 août 2012

Je me souviens d’elle allumant la nuit rouge-bleue
en tirant sur la corde
la plante des pieds sur les tuiles froides
assise sur la cheminée de grès
des chats transalpins nombreux sur ses jambes s’emmêlaient
les crayons de ne plus savoir s’ils voulaient une caresse ou le lait
du nuage de son essor ou de son corps
ou de ses cheveux parsemés de photophores je lui dit
ceci -Chaque nuit des fantômes
mille fois plus vivants retombent
de tes arceaux, je veux moi aussi
ma part de bonheur sur la Terre mon rêve mon rêve-
mais elle ne compris pas elle ne compris rien
de mon langage et d’un coup sec
tira sur la corde afin que la nuit tombe
coule
le lait.

on peut  retrouver  les  écrits  de François Corvol dans   décadences.net

 

 

 


Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )


peinture:   Max Ernst      « lop-lop »             (ainsi sont nommés les oiseaux  surréalistes  de M E )

 

 

 

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens

tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude


.
Tahar BEN JELLOUN

 

Auquel j’ajoute mon  « interrogation du soleil »  –  qui a été composée sans  que je connaisse  le texte ci-dessus,

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012