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Richard Brautigan -Il y a des vieilles folles dans le bus d’Amérique de nos jours


peinture:            Charles Demuth      1916

 

 

 

 

 

 

Richard Brautigan, « Il y a des vieilles folles dans le bus d’Amérique de nos jours »
À l’instant même, il y en a une, assise derrière moi. Elle porte un vieux chapeau décoré de fruits en plastique, et ses yeux zigzaguent à toute allure dans son visage comme des mouches sur des fruits.
L’homme qui est assis à côté d’elle fait semblant d’être mort.
La vieille femme lui parle et le souffle verbal ininterrompu qui sort de sa bouche évoque la frénésie des pistes de bowling, un samedi soir, avec des millions de quilles qui lui tombent des dents.
L’homme qui est assis près d’elle est un vieux Chinois tout petit, et qui porte des vêtements d’adolescent. Sa veste, son pantalon, ses chaussures et sa casquette son ceux d’un garçon de quinze ans. J’ai vu des tas de vieux chinois habillés comme des adolescents. Ça doit faire drôle quand ils vont s’acheter des vêtements dans les magasins.
Le Chinois s’est recroquevillé contre la fenêtre, et on ne peut même pas dire s’il respire. Elle s’en fiche pas mal de savoir s’il est mort ou vivant.
Il était vivant quand elle est venue s’asseoir à côté de lui et qu’elle s’est mise à lui parler de ses enfants qui sont devenus des bons à rien, son mari qui est alcoolique, et la fuite dans le toit de la foutue bagnole qu’il ne trouve même pas le moyen de réparer puisqu’il est toujours saoul – le salaud – et elle, elle est trop fatiguée pour faire quoi que ce soit parce qu ‘elle travaille toute la journée dans un café – et je dois être la serveuse la plus vieille du monde – et ses pieds ne le supportent plus, et son fils est en taule, et sa fille vit avec un chauffeur de camion alcoolique et ils ont trois mioches qui fichent la pagaille dans la maison, et elle aimerait avoir un poste de télévision parce qu’elle ne peut plus écouter la radio.
Elle a cessé d’écouter la radio il y a dix ans, parce qu’elle n’arrivait pas à trouver d’émissions. Il n’y a plus que de la musique et des informations maintenant – et je n’aime pas la musique, et je ne comprends pas les informations – et elle s’en fiche pas mal de savoir si ce putain de Chinetoque est mort ou vivant.
Elle a mangé de la cuisine chinoise il y a vingt-trois ans à Sacramento, et elle a eu la chiasse pendant cinq jours, et tout ce qu’elle voit, c’est une oreille en face de sa bouche.
L’oreille ressemble à un petit cornet jaune, mort.

 


François Cheng – le vide


La notion de vide, comme principe dynamique  est développée   par l’écrivain chinois  François Cheng.

Comme le moyeu d’une roue dont tous les points sont en mouvement  à l’exception du centre, le vide occupe une position centrale dans la pensée chinoise.

Il prend une valeur positive lorsqu’il est lié à la notion du souffle, car selon cette pensée, l’ordre de la Vie qu’est le tao, « voie », a été rendu possible lorsque du vide originel a jailli le souffle primordial qui anime désormais toute entité vivante. Le mot « vide », {tl en chinois, évoque un vase vide ou un tertre inhabité. Sa prononciation xu (hsii) sugère )ustement un expir, un souffle qui passe.

Le vide positif est donc à percevoir comme l’espace où se génère et circule le souffle, le lieu par excellence où s’effectuent les transformations.

dessin calligraphique de Chu-Ta

Ni principe abstrait, ni catégorie vague, le vide est dynamique, intervenant au sein même de la vie courante. Pour ce qui est du fonctionnement du souffle lié au vide, on distingue, à la base, trois souffles qui agissent en concomitance : le Yin (douceur réceptive), le Yang (puissance active) et le vide-médian.

Ce dernier prend place lorsque le Yin et le Yang sont en présence; il a le don naturel d’entraîner les deux souffles dans l’interaction, et par là dans le processus de la mutation réciproque.

Et à propos des oiseaux,  voir  les posts de février 2012:

suivre l’empreinte de l’oiseau

suivre le poisson, suivre l’oiseau