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Danser hors de la surface des choses – ( RC )


Aldara  Ortega           sous l'eau  05.jpg

photo : Aldara  Ortega

 
Changer de monde,
et danser hors de la surface des
choses.
Trouver son souffle en soi-même,
plonger en apnée illimitée…
Le silence épais plaqué aux oreilles,
tu t’opposes à l’inertie de la matière ,
présente et que tu ne peux saisir.
Tous les gestes en sont ralentis.
La robe de mariée se défera lentement,
sur un champ où les fleurs ne
poussent pas, où il n’y a pas de vent,
et où la lumière hésite à franchir le
plafond…


RC – mai 2017


E.E.Cummings – Juste fatigué


photo  Massoud Hossaini - Afghanistan

photo Massoud Hossaini – Afghanistan

 

Vous avez joué,

(Je pense)

Et brisé les jouets que vous préfériez,

Et vous êtes un peu fatigué maintenant;

Fatigué de choses qui se brisent,

et –

Juste fatigué

Comme moi.

e.e. cummingse.e. cummings            broke the toys


Devenus transparents – ( RC )


--portals of discovery
photographe  non identifié

 

 

C’est un oubli        de soi-même.
Tu traverses les jours et les nuits.
Les yeux clos.

Tu parcours les mondes.
Ceux-ci restent noirs.
Leur énergie te propulse,
A travers le miroir,   ton propre miroir…

Tu te vois sans limites,
Ressens le souffle du vent,
Que tu ne peux saisir.

Tu ne peux écrire dessus,   …non plus
Fondu dans l’ombre,
Rien ne te distingue,
D’un arrière plan .

– existerait-il d’ailleurs ?,
si tu rouvrais les yeux ? –
…. Point de suspension
Dans l’univers,

Et pourtant absorbant,
Dans le livre aux pages ouvertes,
Ce qui fait la chair du monde.

Elle te consume           petit à petit,
Te nourrit,      mais te déchire à la fois.
Tu mourras,         …. nous mourrons,
Traversés par la vie,

Comme par autant d’étoiles,
Réellement fondus au coeur de l’ombre,
Ames poreuses à l’odeur des choses.

Devenus transparents .


RC –  août 2014

 

Inspiration :   Joseph Brodsky  et Alda Merini


Jorge Luis Borges – les choses


 

photo:         CoreyS5

 

 

Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,
la serrure docile, les lettres tardives
qui ne seront pas lues dans le peu de jours
qu’il me reste, les cartes de jeu et le tableau,

un livre, et, entre ses pages, la violette
flêtrie, monument d’un soir
sans doute inoubliable mais déjà oublié,
le rouge miroir occidental dans lequel

une illusoire aurore brille. Oh, combien de choses,
plaques, seuils, atlas, tasses, épingles,
nous servent d’esclaves tacites,

aveugles et si étrangement discrets !
Elles dureront au delà de notre oubli;
elles ne sauront jamais que nous sommes partis.

 

Traduit de l’espagnol par E. Dupas

 

 


Francis Ponge – Racines


peinture: Serge Plagnol: corps vertical

 

 

 

L’espoir est donc dans une poésie par laquelle le monde envahisse à ce point l’esprit de l’homme

qu’il en perde à peu près la parole, puis réinvente un jargon.

Les poètes sont les ambassadeurs du monde muet.

Comme tels, ils balbutient, ils murmurent, ils s’enfoncent dans la nuit du logos,

-jusqu’à ce qu’enfin ils se retrouvent au niveau des RACINES, où se confondent les choses et les formulations.


Francis Ponge

in « Le monde muet est notre seule patrie »

 

 


Edith Södergran – je vis un arbre


Terre a ciel, présente  des auteurs  peu connus , mais  de qualité,  dont  je fais  l’écho ici avec Edith Södergran  auteure  finlandaise  du début  du XXè siècle.

 

(Finlande, 1892-1923)


 

Source


Jag såg ett träd…
Jag såg ett träd som var större än alla
andra
och hängde fullt av oåtkomliga kottar ;
jag såg en stor kyrka med öppna
dörrar
och alla som kommo ut voro bleka och
starka
och färdiga att dö ;
jag såg en kvinna som leende och
sminkad
kastade tärning om sin lycka
och såg att hon förlorade.
En krets var dragen kring dessa ting
den ingen överträder.


Je vis un arbre…
Je vis un arbre qui était plus haut que
tous les autres
et qui était lourd de fruits inaccessibles ;
je vis une cathédrale aux portes ouvertes
et tous ceux qui sortaient étaient pâles
et forts
et prêts à mourir ;
je vis une femme qui, souriante
et maquillée
jouait son bonheur aux dés
et je vis qu’elle perdait.
Un cercle était tracé autour de ces choses
que personne ne franchit.

Jean-Jacques Dorio: – instants



28 septembre 2006
INSTANTS

Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’Instant.

Gaston BACHELARD

——–

Comme si parfois on cherchait à rendre

Une certaine exactitude de l’existence

Ceci est du pain suédois

De la pastèque cuite au chaudron

Ceci est un chat européen

C’est-à-dire de gouttière

Le bruit d’un réveil

Les paroles des proches

Mangeant le pain et la pastèque

Flattant le chat

Disant les choses du jour

Lançant l’argile dont chacun fait les statuettes de ses rêves

Comme si parfois on auscultait

Ces contours lents

D’un instant

Intact

Jean-Jacques Dorio