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Repeindre Saint-Sébastien – ( RC )


Encre de Françoise Petrovitch ( exposition à Landerneau )

Une surface, mais une profondeur,
comme celle de l’eau,
différente et pourtant semblable ,
dissimulée sous les reflets.

Est-ce l’enveloppe,
la fragilité de la peau
qui nous maintient
de chair ?

Cible des flèches
mon corps sera mon âme
que rien ne distingue,
cachée sous son manteau clair.

J’effacerai les cicatrices
et la peau, comme l’eau
se refermera sur elle-même
sans laisser de traces.

Les flèches tomberont toutes seules :
je repeindrai les blessures
avec un peu de peinture
j’enlèverai la douleur

détachant Saint-Sébastien
du poids de son corps
et de l’attraction terrestre
en trouvant la juste couleur.

Voilà que les pinceaux annulent
la trace des blessures,
la peau refermée
sous ton regard incrédule.

La torsion de son être
échappe aux passions,
du moins, celles que l’on connaît
et sous sa surface, le corps renaît.

RC

voir d’autres reproductions des encres de Françoise Petrovitch, sur des sites,

et ici même, avec ce choix , que j’ai voulu représentatif…


Un mur, selon Tapiès – ( RC )


Antoni Tàpies, poète de la matière

peinture « matière »   Antoni Tapiès

Si tu dresses un mur de silence,
que tu tentes d’effacer le langage,
celui-ci resurgit un jour
malgré les cicatrices.

Certains ont gravé leur nom
sur les murs des cellules.
Il y a des lettres de sang
et parfois des croix
– autant de baillons
sur des bouches qui hurlent encore –

C’est un ensemble de métaphores,
qui parle dans la matière:
une matière crucifiée.
Un autre Guernica,
une autre façon
de traduire l’oppression,
dans les oeuvres de Tapiès .

RC-  avr  2020


Hélène Lanscotte – portraits sauvages ( extrait )


 

création Fr Robert

 

 

 

 

Mes doigts jouent avec une petite pierre. Je lui dis que, quand j’en trouverai une qui lui ressemble, je la glisserai dans ma poche. Son rire fait plusieurs fois le tour d’elle-même avant qu’elle ne parvienne à dire qu’elle n’est pas une pierre, qu’elle ne veut pas que je la prenne dans mes mains, ni être dans mes poches. Et moi qui en ai toujours, des rêches et des coupantes qui entaillent la peau en laissant des cicatrices, je lui dis que je saurai laquelle elle sera ; peut-être même que je les réunirai toutes dans une poche tandis qu’elle sera seule dans l’autre. Mais si jamais elle me fait du mal, je la lancerai droit vers le ciel.
Elle me répond que je vais devenir tout tordu et qu’un jour ma poche percera.
Cela m’est bien égal d’être tordu à cause d’elle ; si c’est ça penser très fort à quelqu’un, être plus lourd d’une épaule et plus léger du cœur
.

Extrait de « Portraits sauvages »