voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “ciel

Jackson Pollock – ( RC )


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Ce sera comme une ivresse,
la tête vidée, informe,
et l’univers à soi,
qui tourbillonne.

La toile est déroulée sur le sol,
tu peux te permettre de la fouler aux pieds,
d’y lancer des éclats,

qui finissent en nébuleuses,
le noir combattant le blanc
à la manière d’un furieux yin et yang..

La main a le prolongement de peinture,
celle-ci goutte, jaillit,
à mesure que tu danses.

Tu perds la notion d’équilibre :
le haut et le bas peuvent s’inverser .
L’espace est un univers
d’une douzaine de mètres carrés,

et tu flottes au milieu
les gestes te répondent à peine,
tout ce qui arrive,
t’échappe des doigts .

Un vide à l’intérieur , et personne
ne comprend pourquoi tu tombes,
sans pourtant chuter

pourquoi les figures se dissolvent ,
pourquoi les lignes se nouent et se recouvrent,
presque à ton insu.

Et si c’est un excès, une fatigue
elle dépasse le ciel par sa transe,
dans une myriade d’éclaboussures.
Une fois jetées, violemment extraites du pot,

elles s’éparpillent comme des étoiles, :
un big bang renouvelé ,
des éclats figés sur la toile,
que personne ne peut rattraper.


RC – nov 2016

 

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Ile Eniger – Des jours et des nuits


 

photo: Sebastiao Salgado  » genesis »

 

J’ai déchiré des pans entiers du ciel trop bleu,   trop confiant, trop indécis.
J’ai gardé quelques livres, un vieux rêve,      deux poignées de sable,
une ou deux pommes vertes,          de l’eau entre les doigts,
de la musique sur un fil d’horizon ou de violon.

On n’entend plus mes pleurs d’animal    ni mes pas qui raclent le sol.
De loin, on me fait quelques signes.

Dessous, la rivière grande, la rivière gronde.
Des veines d’eau gonflées charrient les passés.
Dessus, le plafond trimballe ses nuées bâtardes.
Des jours et des nuits se disputent l’espace.

Il y a sans doute un accord possible.
Autour, des choses à prendre ou à laisser.
Et le souffle porté, supporté, emporté.

Loin de la mesure des hommes.
J’ai vacillé et tenu bon.

Je me suis bricolé des ailes pour faire danser mes espadrilles.
J’ai tenté d’aimer et la lumière qui va avec.


Rien ne blesse le ciel – ( RC )


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Prolonger l’élan,
s’appuyer sur le sol
pour monter à l’assaut du vent
que cela soit la plus puissante des pyramides,
l’ascension obstinée de l’Everest,
ou bien ces oiseaux métalliques :

il y a toujours un moment où la pesanteur
vainc l’orgueil de la démesure ,
et on revient sur la terre,
érodée par les millénaires …

Rien ne blesse le ciel,
toujours renaissant .
L’air se laisse traverser si aisément ,
aimablement offert ,
qu’on en ignore toujours
la puissance et l’indifférence .


RC – nov 2016


Jacques Ancet – dire la beauté


*

103-IMG_0244.jpg

 

sculpture  H Matisse

 

Mais dire la beauté ,c’est dire un mot
qu’on écoute pour voir ce qui brûle
les yeux ou simplement les caresse
entre la transparence du ciel
et le regard s’étend le mystère
de l’apparence on cherche à franchir
cet infranchissable en remuant
les doigts et les lèvres il en résulte
ni chant ni mot un petit bruit.


Paul Vincensini – le dormeur


 

Eggleston, William (1939- ) - 1970c. Self-Portrait 8530661830.jpg

photo: William Eggleston

 

Le dormeur atteint par son silence
La clarté la douceur et la durée
Des racines heureuses
Qui ne voyagent qu’en elles
Loin des feuillages infidèles
Des oiseaux criards
Et des couleurs du ciel

« D’herbe noire », 1965.


Les pierres du Mont Lozère – ( RC )


Mt Lozere rochers rayon--.JPG

photo perso  2005 : Mont Lozère et « clapas »

 

On a semé sur le mont Lozère,
quantité de pierres,
de gros calibre,
parfois en équilibre .

Elles sommeillent,
la face contre le ciel,
portent le monde à l’envers,
le nez en l’air…

Elles se disputent souvent
avec l’âpre vent,
la tempête et le froid
où les arbres peinent à tenir droit.

Entens-tu leur chanson
qui accompagne les saisons ?
Sur leur peau douce
ne s’aggrippent pas les mousses

Ne crains pas leur fuite :
ce sont des masses de granite,
lentement accumulées
qui ne risquent pas de s’envoler.

Ce sont des sentinelles
dépourvues d’ailes ,
qui veillent sur la plaine,
et le décor de la scène  ,

où les millénaires peuvent s’écouler:
leur muette consistance
parle de leur patience :
ce n’est pas demain qu’elles vont s’écrouler…


RC – avr 2017


Georges Bataille – Il n’est rien que je rêve


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peinture – Tom Wesselman:  » For Sedfre »

 

Douceur de l’eau
rage du vent

éclat de rire de l’étoile
matinée de beau soleil

il n’est rien que je ne rêve
il n’est rien que je ne crie

plus loin que les larmes la mort
plus haut que le fond du ciel

dans l’espace de tes seins


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Jacques Audiberti – Rien ne sera de ce qui fut


Lamelles d'un H+®b+®lome +á centre sombre (), Champignon, Monthodon, France 2008.jpg

 

Prison Au clair soleil…
Un coup pour a. Deux coups pour b.

Le monde bouge. Il va tomber.

Trois coups pour c. Quatre pour d.

C’est le moment de regarder. Cinq coups pour é.

Six coups pour f. Il n’a plus d’âme. A-t-il un chef?
G, coups sept. Hache huit. 1 neuf.
Comment faire un monde plus neuf?
Dix coups pour j, plus un pour k.
L’existence nous convoqua.
Taciturne à force de cris,
la jupe grosse de conscrits,
elle nous apprend tour à tour
l’ombre claire, le sombre jour,
l’enfer béni, le ciel puni,
tout le fini de l’infini,
douze pour 1 et treize pour
ème, les griffons de l’amour,
n, o, p, q, quatre, cinq, six
et sept, le poison. Le tennis
mais, aussi, la peur de périr
qui nourrit l’honneur de souffrir.
R dix-huit. S dix-neuf.
Elle s’en va. Tu te sens veuf.
Vingt coups pour t, plus un pour u.
A mesure qu’elle décrut,
le souffle approcha notre main.
Aujourd’hui s’appelle demain.
Vingt-deux et trois pour les deux v.
Que voulons-nous? Nous élever.
Quatre et cinq pour l’x et l’i grec.
Mais le bourreau ne vienne avec.
Pour la lettre z un seul coup.
Le prisonnier se met debout.
Car le terme ouvre le début
Rien ne sera de ce qui fut.
Jacques AUDIBERTI « Des tonnes de semence » (N.R.F.)


Ce que dissimule le désert – ( RC )


photo: pochette de CD « Silencio »   Gidon Kremer

 

Il y a une  étendue plate,
–  Elle  se perd dans l’infini  – .
>        Elle  appelle un désert,
un océan,
ou un simple terrain inhospitalier.

Et rester immobile  tout ce temps,
debout,
on compte les heures en suspens –
ou plutôt on ne les  compte plus ;

c’est une  attente,
le regard  dans le vague.
Le ciel est trop haut,
Il écrase de son poids
tout ce qui s’échappe de l’horizontale.

Mais tu espères sans t’en rendre compte,
au-delà de la solitude,
La rupture des écluses,
que les lèvres  du temps  s’entr’ouvent.

Et la crainte, en même  temps,
Que les yeux  ne sachent pas  voir,
Ce que  dissimule  la surface unie
–   Un guetteur du désert des tartares  –
«  Anne, ma sœur Anne,  ne vois-tu rien venir ? »

Et si le vide  était une illusion,
et que continue dessous,
l’échappée des heures,
…Une  simple  dilution.

La vie est souterraine .
Elle  fait un grand détour,
vers toi
pour contourner le froid.

T’en rends-tu compte ?

RC – juill 2015


Tous, du blues – ( RC )


Zao Wou-Ki Paintings: 1950's - 1960's - De Sarthe Gallery:

Peinture :  Zao Wou Ki

 

 

S’échappe la mer
se courbe le ciel
Et toi et moi,
entre nous …

Mer et ciel et toi et moi
Avec tous ces bleus
Toutes ces nuances
Leur ensemble de  teintes

Quelques bleus sont tristes
D’autres bleus sont heureux
Sombres et lumineux
tristes ou heureux en même temps

Nous sommes tous du blues
Nous en avons toutes les nuances
Toutes les teintes
Nous sommes tous le blues .

RC – dec 2016
Librement et directement inspiré de « All Blues »
de l’album mythique «  Kind of blue » de Miles Davis,

dont on peut retenir entre autres, les interprétations chantées  de Helen Merrill, ( difficile à trouver ) , Rachel Gould, avec Chet Baker,  Ernestine  Anderson et celle de Dee-Dee Bridgewater

 

deadpaint:  Mark Rothko, Untitled No. 15:

Mark Rothko :  untitled n°15


Katica Kulavkova – deuxième soleil


peinture  Caspar Dav Friedrich

Deuxième soleil : Jupiter
– suprême-

Trop de dépravations et de détresses
l’une après l’autre
dans cette vie dont je refuse de témoigner
– de reconnaître qu’elle est à sa fin.
Avec l’idéalisme d’un demi-homme
et le handicap d’un centaure
je tends l’Arc
comme un ciel
comme un cœur.

Non par humilité, par égoïsme, je propose
une scène – réminiscence
où je pourrai durablement me reconnaître
peut-être pas seulement moi :

de ma bouche-poème en langue maternelle
jaillit la nostalgie obsessive
– pour ainsi dire un homme vivant
tandis que je reste inflexible
au même endroit
comme si je revenais

Mais je reviens, hélas!

Dans la zone frontalière du soleil surgit
un homme, lion et dieu désamorcé.
Tourbillon. Treuil. Toupie.
Eau, abîme, un pas quand même.
L’iconographie du trigramme résiste
aux règles et idoles saisonnières.
Il n’est pas de médiateurs entre le soleil et la femme
quand ils naissent.

Quelles affres pour sortir
de la tunique de feu dans laquelle
on m’irradia pour la première fois ?
D’où vient cette luxure
qui me fracture en mille couleurs
comme une truite dans les miroirs mâles?
Pour qui cette impulsion duelle ?
Pour qui ce soleil mouillé ?
Etre au ciel
et rester homme ?

***


Laetitia Lisa – En habits d’oubli


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peinture  rupestre    grotte de  Chaturbhujnath Nala, Inde, environ  10,000 av JC

 

Je longe le champ de blés verts

hâtant le pas dans l’herbe haute

pour recevoir encore

un dernier baiser du soleil

avant qu’il ne se couche

en draps ocre et dorés

 

demain la pluie

demain le froid

 

pour l’heure la douceur du vent

le chant des grillons et les hirondelles en formation

 

avec elles je me baigne en le ciel

allongent les brasses lorsque les courants frais

effleurent mes bras nus

 

avec elles je reste immobile un instant

sous les caresses des courants tièdes

 

je plonge

dans le bleu des montagnes

jusqu’à ce que la nuit revienne parfaire l’esquisse

de ses gris colorés

 

je ne peux rien contre le froid et la grêle

tueurs  des promesses si près d’éclore dans mon verger

je ne peux rien contre le feu du soleil

tueur des promesses si près de porter fruit dans le tien

 

sur le dos de quelques mots ailés revenus nous chercher

nous dansons en habits d’oubli

ourlés de nuit  .

 

————

plus  d’écrits  de L L ?    voir  son site-blog


Bernat Manciet – Parmi ce monde aérien le crépuscule


Ulla Gmeiner 5.JPG

Image       Ulla Gmeiner

 

 

Parmi ce monde aérien le crépuscule
se fait gouffre bleu puis jardin incendié
puis lampe haute puis flambeau des infernaux
par lande et par bruyère il se cherche un repos

le voici donc mon temps de mauvaise farine
mon lit s’en va avec le soir et le marais
où trouverai-je où se meure ma destinée mauvaise?
où m’endormir en remuant sur un mauvais sommier?

souffle ou songe ton rutilant fantôme
vainement cherche aussi un lieu de refuge
aux fins d’une dernière et triste flambée

une âme comme une carafe nette un angle aigu

où puisse un ciel de neige monter et se
retirer sur une épaule vaine et proche au ciel perdu 


Anna Akhmatova – tu peux entendre le tonnerre


Tu peux entendre le tonnerre

et te souvenir de moi,

Et penser:

elle voulait des tempêtes.

le rebord

Du ciel sera

de la couleur d’un pourpre dur

Et ton cœur,

comme il était ensuite,

pourrait être en feu.

 

Anna Akhmatova thunder

 

 

 

 

 

You will hear thunder

and remember me,

And think:

she wanted storms.

The rim

Of the sky will be

the colour of hard crimson

And your heart,

as it was then,

will be on fire.

Anna Akhmatova


Citation

Jean Cocteau – Fête de Montmartre


montmartre-sacre-coeur-03  by n.jpg

Image retravaillée –  RC

 

Ne vous balancez pas si fort,
Le ciel est à tout le monde ;

Marin d’eau douce, la nuit profonde
Se moque de vos ancres d’or,
Et boit, debout, en silence,
Comme du papier buvard,
Votre dos bleu qui encense
Puissamment le boulevard.

Jean COCTEAU


Marie-Andrée Balbastre – l’oeil ovale ( haïku )


puit s romain  vers  Chmperbx  01.jpg

photo perso – puits « romain » vers Champerboux ( Lozère )  septembre 2016

 

infiniment profond
le ciel
dans l’oeil ovale du lac

 


Derrière le mur, le ciel joue un concert – ( RC )


la- thphotographe non identifié


Derrière le mur,
Le ciel joue un concert,
Avec des cuivres,
Et des ors,
Brodés sur les nuages.

L’herbe est profonde,
Le champ en pente  douce,
Jusqu’à la rivière,
Dont on perçoit,
Juste le murmure .

On dirait que  dehors t’attend,
Mais tu restes immobile,
Derrière le mur .
Les os sont fragiles,
Mais tu peux risquer quelques pas,

Et ouvrir la porte.
Le crépuscule n’est pas la nuit,
Et du soleil couchant,
C’est sa lumière encore,
Qui donne le relief à la vie.


RC – mai  2015

 


Benjamin Fondane – faubourg d’orties


469.JPGMontage perso – RC   2014

 

Ce n’était pas de l’étonnement, mais peut-être

une sordide angoisse

qui m’avait fait pousser dans ce faubourg d’orties

juste au moment où l’on y ramassait le ciel.

Je n’y avais jamais été que je sache

je ne pouvais savoir s’il existait vraiment

en avais-je rêvé ?

mais je savais maison par maison tous les noms

des habitants et leurs commerces,

le nom des gosses et ceux de leurs anges gardiens

– je m’y intéressais surtout

à une femme enceinte qui devait loger là

ou à quelque émigrant revenu d’Amérique –

– je n’étais pas fixé…

il s’attachait à eux je ne sais quelle idée

qu’il me fallait tirer au clair

de trésor enfoui, d’enfances fabuleuses,

de meurtres impunis

et d’une fin du monde absolument MODERNE.


Sylvie Durbec – Notes pour mon père


NightShot_6_2048.jpgUne pluie parfumée à mes pieds:

le vent est dans l’acacia.
Un vol de voix au-dessus de moi:
je cherche des yeux les anges.
Un vent riche, profond
palpite dans l’arbre long,
puis aventure des formes
en jouant avec le ciel.
C’est l’odeur d’un boulevard
de papier buvard
où marche joyeux le nom
de mon père mort.
J’ai un seul mort
dans la mémoire.
Il me donne de la joie
et envie de marcher, vite.
Ce mort, jamais
ne m’a enterrée
sous le poids
de la terre.
Mon père, c’est vrai
sur l’eau courait
en me tenant par la main
pris dans sa distraction.
( retranscrit du site « la petite librairie des champs » )

Vaincre la paroi de verre – ( RC )


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installation extérieure:  Anish Kapoor – Brighton

 


Il n’y a pas dans la nature
le choix de version portable :
une écriture       au vert
où les arbres se transportent,
mais sont coupés par le cadre.

Plus haut       le pastel des nuages
bouge brusquement,
le paysage         se déhanche
tout l’équilibre bascule,
les papillons exultent .

Ils suivent leur double,
qui imite exactement
le moindre de leur mouvement .
Au point que leur métamophose
se confond en anamorphose.

On sait bien que l’eau s’étale
puis renvoit au regard
ce qu’elle interprète,
mais même le lac le plus calme
n ‘est pas une paroi verticale.

C’est qu’il n’est pas dans sa nature
de répéter à l’identique
ce qui lui fait face
et qui se transforme
à mesure que je le déplace.

Bien entendu , se prolongent ainsi
de façon artificielle
les horizons divers,
tout ce qu’il y a de ciels,
mais qu’on n’emporte pas avec soi.

Ce n’est pas sur la photo
qu’il faut compter
pour que la glace se souvienne
de l’été dernier.
C’est une surface froide :

La lumière ne la traverse pas.
Le temps la délaisse
car rien ne s’incruste
dans le miroir :
                   Il a mauvaise mémoire.

L’oiseau de passage
stoppé par l’espace devenu plan
donne du bec et de la tête .
Il voit son vol s’arrêter net,
aplati contre l’illusion

Tout cela est bien fugace .
Cela ne trompe qu’un instant :
C’était un mirage , à la place
qui part en morceaux …

quand il se brise,            en multiples éclats.

RC – juin 2016

 

Boissets  8965-ss a.jpg

 

photo perso  – domaine  de Boissets   Nissoulogres  – Lozère


On ne peut se saisir de l’horizon ( RC )


Djuno Tomsni - jus de citron.jpg

 

Bien sûr, on ne peut se saisir  de l ‘horizon,
Et si quelqu’un le peut,
ce n’est pas notre affaire.
Plutôt que  convoquer Dieu,
Ce sont des mille feux de l’astre,ses rayons,
prodiguant leur lumière,

Ils se posent, si légers,
Que , même l’atmosphère les tolère
Et s’en émeut,
Jusqu’à les prolonger,
Comme  en une  serre
Et en devient bleue.

La planète poursuit sa route,
Se montre  sous ses meilleurs  atours :
Les îles et les continents,
Une terrestre  croûte,
Parsemée, tout autour
De mers  et d’ océans….

Il est vrai que la distance
enjolive les choses,
et que , sur place, demeurent,
beaucoup de différences…
Il y a des vallées  moroses,
où des lacs se meurent.

Des forêts  profondes,
perdues dans l’humidité
Des déserts de pierres
A l’autre bout du monde,
Dont l’aridité
Ignore  le moelleux de la terre.

Eparpillés à la surface,
Les pays ne reçoivent pas le soleil
De la même façon,
Si les nuages  s’amassent,
Dans leur zone de ciel,
Et leur procurent frissons.

C’est une  sorte  d’injustice,
diraient  les grincheux
mais il s’en faut faire  raison,
( Tout n’étant pas lisse,
On peut émigrer  sous  d’autres  cieux,
Pour autre  acclimatation….)

Pour ceux  que  ça  agace,
Si le chaud  s’éternise,
Et toujours, choque
On peut retrouver la glace,
Ou patiner sur la banquise,
Là où vivent les phoques.

Le soleil n’en a cure
Il distribue beaucoup,
Même par dessus les nuages
A travers  l’azur,
( et même par-dessous),
il y a de l’éclairage .

Et en cas de pluie,
Ça va pas changer la face du monde…
Ni la chute brutale de cet orage,
On n’va pas s’enfoncer d’un coup dans la nuit,
Vu qu’avec la surface ronde,
On garde  toujours un peu d’courage..

Il suffit que la planète,
Se tourne du bon côté,
Et présente son côté face,
Pour un demi-jour de fête,
C’est quand même  générosité,
Avant qu’on ne passe

Au lendemain.
Une nouvelle  révolution,
Qui encore  s’invite,
Suivant le destin,
Du jour,           l’éclosion,
En suivant son orbite .

Excusez  du peu
De ce que capte la terre.
Le reste s’évanouit dans l’espace.
Notre étoile  fait ce qu’elle peut,
De son explosion nucléaire,
Jamais elle ne se lasse.

Supposons, qu’un jour tenu en laisse,
Se perturbent les réactions
Le procédé  s’inverse,
Et voilà le retour d’une  couche épaisse,
Que l’on appelle  glaciation
Les rayons  rétrécissent  et se dispersent

Comme  l’ont vécu les dinosaures,
Trop habitués à se dorer la pilule,
A piller  et à tuer .
Ce changement leur  a causé du tort,
Car privés de canicule,
Ils n’ont pu s’habituer…

Nous  voilà dans l’utopique,
Mais si cette  période
pas si lointaine,
oubliait le réchauffement climatique,
Il faudrait, à cette  nouvelle mode,
Se couvrir d’habits de laine.

De peaux de bêtes,
De la plus grande élégance,
de bonnets de fourrure :
– Les voyages  en jets,
On s’en balance,
Car les temps  sont durs…

Et puis  ce serait partout pareil,
Une planète blanche  et morne
Qui sommeille et patiente….
Rien de nouveau sous le soleil,
Dit-on— le sol uniforme
Décomptant des années  lentes….

Ah ça —        c’est  l’égalité…
Plus de « quand-même », et se « si ».
pour tout le monde un bol d’air pur
( et de la même  qualité) :
Ça c’est la démocratie…
Plus de privilégiés sur la côte d’Azur

Si ça peut  vous  rassurer,
On a l’temps de voir venir,
Nous n’en sommes pas encore là…
Vous avez encore quelques étés,
Et un peu d’avenir,
Pour repenser à tout ça…

RC –  oct 2015


Catherine Pozzi – Vale


Christophe Possum  rêve de ver.jpg

peinture  aborigène: Clifford Possum  1997

La grande amour que vous m’aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons —
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée
L’orbe pour nous de l’être sans second
Le second ciel d’une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu
L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte
L’extrême instant de notre seule étreinte
Vers l’inconnu.

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre
Du vin perdu.

J’ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l’angoisse est désir.
Le haut passé qui grandi d’âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t’avais donnée
Pour la douleur.


Vale

Del gran amor que tú me habías dado
El viento de los días los rayos destrozó —
Donde estuvo la llama, donde estuvo el destino
Donde estuvimos, donde, las manos enlazadas,
Juntos estábamos

Sol que fue nuestro, de ardiente pensamiento
Para nosotros orbe del ser sin semejante
Segundo cielo de un alma dividida
Exilio doble donde el doble se funde

Ceniza y miedo para ti representa
Su lugar, tus ojos no lo han reconocido
Astro encantado que con él se llevaba
De nuestro solo abrazo el alto instante
Hacia lo ignoto.

Pero el futuro del que vivir esperas
Menos presente está que el bien ausente
Toda vendimia que él al final te entregue
La beberás mientras te embriaga el
Vino perdido..

Volví a encontrar lo celeste y salvaje
El paraíso en que angustia es deseo
Alto pasado que con el tiempo crece
Es hoy mi cuerpo, mi posesión será
Tras el morir.

Cuando en un cuerpo mi delicia olvidada
En que estuvo tu nombre se vuelva corazón
Reviviré los días que fueron nuestro día
Y aquel amor que yo te había dado
Para el dolor.

Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán


Guillevic – Recette


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Peinture:           Ch Soutine:  rue  à Cagnes

 

 

 

Prenez un toit de vieilles tuiles
un peu avant midi.

Placez tout à côté
un tilleul déjà grand
remué par le vent.

Mettez au-dessus d’eux
un ciel de bleu, lavé
par des nuages blancs.

Laissez-les faire.
Regardez-les.

 

Guillevic (extrait de « Avec » – éditions Gallimard, 196


Une infime parcelle- comme une découpe du ciel – ( RC )


création numérique perso 1999

création numérique perso 1999

A l’extrème limite de la conscience,

une bouche balbutie,

sur une surface horizontale..

une couche de glace,

dont on ne sait encore l’épaisseur,

mais bousculée par les courants de l’intime,

d’une profondeur insondable.

J’imagine le violoncelle de Yoyo-Ma,

Jouant Bach, sur une pellicule de glace,

la pique s’enfonçant peu à peu,

à chaque coup d’archet,

pour retrouver,

une fois la suite achevée,

l’essence même de la musique.

Et , de même la page d’écriture,

Qui se révèle :

une façon de communiquer son sang

à l’encre :

une mémoire magnétique,

venant de régions inconnues

avant que celle-ci ne fige .

Bien sûr, on peut rester

la plume en suspens,

au point de laisser les oiseaux

dessiner, écrire à notre place,

le geste immobilisé,

pour des récits qui resteront

à jamais non écrits …

Faut-il se révéler à soi-même,

Et remonter du lac,

sous nos pieds,

un seau d’eau glacée

dans laquelle nous mirer ?

Reflétant aussi les oiseaux ,

et l’encre transparente du silence …

De toute façon,

ce qui est puisé,

n’est qu’une infime parcelle,

comme le serait la découpe du ciel,

visible dans le seau,

mais il contient une voix,

avant d’être naufragée, gelée …

la nôtre .

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RC- sept 2015

 

( variation sur un texte de Michèle Dujardin, tiré de « Abadôn » elle-même évoquant Henri Thomas avec cet extrait : « Je n’ai le goût de rien exprimer, si ce n’est ce noyau d’obscurité tenace qui est mon être même, ma substance morale et poétique. »
Henri Thomas )


Jean-Paul de Dadelsen – Il y a beau temps


 

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Il y a beau temps que le soir est tombé

Il y a beau soir que le ciel est plombé

Il y a beau ciel qu’est partie la lumière

Il y a beau jour qu’est tarie la rivière.

Voici cet oiseau passer bas sous la nue

Il faut partir et rentrer dans le noir

Il n’est plus temps de chanter dans la rue

Il est trop tard pour causer dans le soir.

Les arbres dorment comme un corps inerte,

Un papillon se hâte vers sa perte.

Seul, sans recours, il faut fermer les yeux

Et tout au fond du noir creuser vers Dieu.

 

Jean-Paul de Dadelsen « Jonas » (Gallimard)


Ange empêché – ( RC )


Image associée

peinture:  Odilon Redon ( l’ange déchu )                                    

 

L’ange  s’est , d’un coup de prière
Déplacé du vitrail,
Accompagnant de rayons,

Les âmes sombres,
Là où la lumière renonce,
A  aller plus loin….

Car la porte  du ciel était close,
Sur ce qui suinte,
Davantage  que les larmes,

– celle des cierges –
Vite figées comme ce qui transpire
Des  confessionnaux.

L’ange assistant aux offices,
Aux  cérémonies,et rites
N’émit pas  d’opinion,

Sur ce qui est factice
Dans la religion,
Et sa pratique hypocrite,

La crainte des démons,
La morale  et ses sermons,
Contrition et pénitence…

Malgré une infinie patience,
Finit par abdiquer,
Et,     de guerre lasse,


Voulut reprendre sa place,
En laissant à d’autres,
La lourde tâche

De laver les péchés
– et autres tâches-
méritant l’absolution,

celles dont les  prêtres s’acquittent,
avec l’habitude,
qui sied à leur profession.

Notre ange fut pourtant empêché,
De rejoindre dans l’air pur,
( peint  d’un traditionnel azur ),

Les autres figurant
Un saint Sacrement,
porté dans les airs,
dessiné sur le verre…

Le vitrail étant fêlé,
Peut-être par un jour de tempête ,
Ou bien une figure ailée,
L’ayant heurté de la tête

On avait remplacé,
Le morceau cassé …
La fenêtre maintenant fermée,

Avec du verre armé,( anti-reflets )
Ne permet plus de voir,
La couleur  de l’espoir,
Même à l’aide  d’un chapelet.

Ne pouvant  contempler le ciel,
L’ange ,           sur terre  enfermé,
Est maintenu prisonnier,

Comme lorsque  le gel
Empêche, de nuit comme de jour,
A la vie, de suivre  son cours…

Ainsi suspendue
A la morte saison,
Qu’elle  sangle  et ficelle ;

Ayant comme Icare, perdu ses ailes,
Et avec elles, la raison,
Il fut,          avec les  hommes,       confondu…

Peut-être est-il des nôtres :
–             On ne sait rien de lui …
Peut-être  hante-t-il
les lieux,   la nuit,

avec une  sébile
En appelant aux  apôtres
et autres  saints :

Ceux  qui sont  envoyés ici-bas
Dans le plus grand  anonymat,
et que rien ne distingue des humains :

C’est sans doute chez eux  qu’il faut chercher
( dans les  âmes  grises,
              plutôt que les  églises ).

On dit  que l’ange y est caché,
Ou bien, derrière les esprits, pacifiés..
Préférables  à ceux  qu’on a crucifiés  …


RC – juin 2015

photo ci-dessous  : Lady Schnaps

ange ds l'église