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Vingt minutes d’arrêt à l’Estaque – ( RC )


 

pastel - Régine Chiesa

pastel – Régine Chiesa

Vingt minutes  d’arrêt  à l’Estaque  .
Des voyageurs, debout dans le couloir,
sont penchés aux  fenêtres,
d’autres  ont sorti de quoi boire .
Il  y a un peu de vent.
Les cigales grésillent.

J’ai sorti le cahier aux lignes fines,
quelques pastels, qui racontent le ciel
d’encre liquide,
l’alignement  des wagons d’un train de marchandises,

les pins qui s’inclinent, comme des flammes, à l’air marin.
Je les  rends  rose,
comme s’ils étaient  en barbe-à-papa .
Il y a quelque part un air de fête .

Je me livre, à ma  « petite sensation »
Des oiseaux  se disputent des miettes.
Les rails sont des traits lumineux
sous la pression du soleil.

Je n’ai pas le temps de trouver le temps long,
ni de pousser plus avant le dessin.
Le paysage  s’ébranle,  la gare est loin déjà ,
Je serai bientôt à Marseille .

RC  –  oct 2015


Nanni Balestrini – Arianne 1


peinture Wolf Vostell 1967

ARIANNE, 1 
s’effrite magnifiquement
rebondissent infinies
des aubes polluées
accrochées au ciel
à peine creusé
affleurent des espaces
ventouses attrapent
flottent éparpillés
des fragments frais
sur le toit jaune
pages arrachées
mots postiches
coulent dégonflées
douloureuses cigales
résonnent dans les trous
encore habités
laissent passer
seulement peu de lumière
lentement se déroule
rien plus comme avant
dans la vitre saignent
reste seule la fragile
inutile étincelle
filament suspendu
des percussions éraflent
sans dents en soufflant
un rythme instable
d’incessantes figures
défilent absentes
avides tentations
tentacules éteints
en croisant les doigts
imitations éphémères
chancelant tu suis
ce qui reste
éperdument en
périmètres de glace
traces délabrées
l’entonnoir du présent
plus bas plus bas
plongeon dans le noir
en remuant en vain

arrêter impossible

voir, toujours  le beau site  d’une  autre poésie italienne…

 


Marseille, crépuscule ( RC )


photo:             Fréderic Barrial


L’or n’est plus dans les banques,
Il s’étale sur les façades .
Le vent souffle par saccades ;
Il dévale de l’Ouest vers les calanques.

Dans la journée, les rocs jouent du blanc,
Mais se fatiguent de la pose
En tournant sur le rose
Au cours d’un parcours lent.

La mer est un miroir,
Les maisons se ceignent
Des paillettes du soir,
Avant que la cité ne s’éteigne .

C’est un moment éphémère,
Qui colore les quartiers et les farde
De brillance et de mystère
Jusqu’à Notre Dame de la Garde…

Les îles aux bords froncés,
sont une dentelle de vermeil,
Des rochers, comme des coques enfoncées,
Prêtes pour un nouveau sommeil.

Avec l’attente des pins et des cigales ,
Lorsque s’en va le soleil …
——— La main de la nuit s’étale,
Sur la ville de Marseille.


RC   – 8 novembre 2012

 

photo perso:                île de roc… face à Marseille

 


Pierre Louys – chanson de Bilitys – Selenis


CHANT PASTORAL

Il faut chanter un chant pastoral, invoquer
Pan, dieu du vent d’été.  Je garde mon
troupeau et Sélenis le sien, a l’ombre ronde
d’un olivier qui tremble.

Sélenis est couchée sur le pré.  Elle se
lève et court, ou cherche des cigales, ou
cueille des fleurs avec des herbes, ou lave
son visage dans l’eau fraiche du ruisseau.

Moi, j’arrache la laine au dos blond des
moutons pour en garnir ma quenouille, et je
file.  Les heures sont lentes.  Un aigle
passe dans le ciel.

L’ombre tourne: changeons de place la corbeille
de figues et la jarre de lait.  Il faut chanter
un chant pastoral, invoquer Pan, dieu du vent d’été.

carte du ciel