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Articles tagués “cigarette

Ahmed Kalouaz – Hôtel du centre


Les nuits blanches 14230618332.jpg

Tu ne connais de la douleur
que l’abandon
les attentes,
le front posé contre une vitre.

Le téléphone
qui ne sonne
que dans ta tête,
la cigarette et ses réponses
définitives.

Lorsque tu marches dans la chambre
tes pas te disent
ce qu’est le silence.

extrait du recueil  » A mes oiseaux piaillant debout  »

 

voir  aussi  quelques  citations  de l’auteur…


Que faire de sa main droite ? – ( RC )


image extraite  du  « chien andalou »  de Luis Bunuel & S Dali

 

Que faire de sa main droite
quand la gauche prend toute la place… ?
–   déjà, on peut s’appuyer
sur le côté du piano,
la distraire par de petits objets,
faire des allées-venues
en frôlant les touches d’ivoire,
écraser la cigarette
qui s’est consumée,
sans que tu t’en aperçoives
pendant que tu jouais,
le concerto pour la main gauche :
( c’est le cadeau de Ravel pour Wittgenstein,
lui qui revint des combats
sans le bras droit ) .

Que faire de sa main droite,
quand elle ne parle pas
ou devient un accessoire ?
La laisser tomber
comme une feuille morte,
devenue froide et mutique,
détachée des rêves coupables ,
la coller à un autre endroit,
–      qu’elle trouve le chemin des épaves.
On en distingue les stigmates,
qu’elle puisse aller chercher des croissants
et fasse partie d’un collage surréaliste,
pouvant blanchir à loisir
si l’orchestre communie avec la gauche .


RC – juill 2018


Marina Tsvetaiëva – combien de tristesse noire gronde sous mes cheveux clairs


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Si vous saviez, passants, attirés
Par d’autres regards charmants
Que le mien, que de feu j’ai brûlé,
Que de vie j’ai vécu pour rien,

Que d’ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit…
Et mon cœur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

ô, les trains s’envolant dans la nuit
Qui emportent nos rêves de gare…
Sauriez-vous tout cela, même alors,
Je le sais, vous ne pourriez savoir

Pourquoi ma parole est si brusque
Dans l’éternelle fumée de cigarette
Et combien de tristesse noire
Gronde sous mes cheveux clairs.
Koktebel, 17 mai 1913


Trouver sa propre entrée – ( R C )


Résultat de recherche d'images pour "raoul ubac"

peinture: Raoul Ubac

 

 

Il doit bien y avoir quelque part,
une entrée gardée secrète,
qui mène vers un ailleurs
qu’empruntent  des explorateurs,
et  –  dont ils n’ont jamais parlé :

C’est une parole mutique
dont chacun connaît la clef,
le sésame, pour  y accéder…
se guidant peut-être à tâtons,
sur les parois de la conscience .

C’est difficile à expliquer…
Malgré  toute la bonne volonté,
dont je pourrais  faire  preuve,
je ne peux rien dire …
Il faudrait que je trouve ma propre entrée…

Je suis  dans un espace clos,
où nulle lumière ne pénètre,
juste guidé par le murmure familier,
du bruissement du sang
dans mon corps .

Peut-être verrais-tu dans le noir,
si tu étais à ma place,
quelque luciole voleter,
ou une étoile qui clignote…
( si c’est un signe  …)

Mais ceux-ci sont trompeurs,
et finissent  par s’effacer
aussi soudainement  qu’ils sont apparus,
à la façon d’une  cigarette
indiquant une présence,

et qui a fini de se consumer.

RC – avr 2016


Anna Niarakis – Une minute


Henri  capture   effet  rideau            03.jpg

photo:                image  extraite du film  « Henri », de Yolande Moreau

 

Heure 20:37.
Je ripe mes chairs, la mémoire
l’innocence oubliée.
Seul, nue , j’erre
A six dimensions
avec les six sens.
Je regarde  le labyrinthe de côté
formé par ton oreille.
Puis je plonge et disparais.
Je subis l’électrocution,
par les neurones
de ton cerveau.
Electrochoc.

Je me réveille pleine de sang
sur le ventricule gauche de ton cœur.
Je respire et vibre à un rythme étranger.
Ta pulsation.
Quelque chose te dérange.

Je deviens une glaire qui se plante dans tes poumons.
Tu tousses et tu me craches sur le tapis
Je me lève, je fais mes cheveux et je m’assieds.
Tu m’offres du café et me demandes ce que c’ était
J’allume une cigarette, la fumée m’enroule
Et je disparais.


Thomas Vinau – Fais un voeu


Afficher l'image d'origine–  photo  novaplanet

 

 

Elles n’apparaissent

jamais

au bon moment

ces étoiles là.

 

Tu étais triste

sans trop savoir

pourquoi.

 

Je t’ai serrré

dans mes bras

j’ai levé la tête,

et je l’ai vu

 

balafrer le ciel

et venir  s’éteindre

au milieu de tes larmes

 

en faisant le bruit

d’une  cigarette

dans un évier

 

Elles n’apparaissent

jamais

au bon moment

ces étoiles là .


Robert Piccamiglio – Je rentre au cabaret


 

Packgause

 

Yuri Laptev

 


Je rentre au cabaret
mater des vieux travestis
qui crient comme des singes
échappés d’une cuisine

Je croise en sortant
un gros bébé
qui a dans la tête
une caisse enregistreuse
noire et vide
la combinaison est compliquée

Ensuite je me retrouve
sur le trottoir
en train de chercher
à quatre pattes
mon laisser-passer
pour rentrer chez moi

J’ai la tête comme un bunker
quand dedans
ça se met à tirer
de tous les côtés
à la fois

Enfin je me relève
me coince dans la bouche
une cigarette parfumée
et importée de Thaïlande
je vois alors le ciel
qui avance et qui vole
plus vite

que les supersoniques
et puis la cigarette
s’éteint très vite
le matin rentre vite fait
son dentier dans sa bouche

Je descends dans ma tête
le store métallique
je ne fais pas de bruit
ce n ‘est pas plus compliqué
que ça.

 

( Poème affiche )


Antonio Santori – Ensuite il y avait les soirées, presque


peinture:           Philippe Cognee « foule »                    peinture à l’encaustique

Antonio Santori – [Poi c’erano le sere, quasi]

[Ensuite il y avait les soirées, presque]

Ensuite il y avait les soirées, presque
silencieuses, du lit tu entendais
les bruits des autres, d’ouvrières
en sueur, d’employés enfants
perdus dans leurs collections.
Tu comptais les brebis égarées,
tu les organisais, elles prenaient
toujours d’assaut le berger idiot
auquel tu t’identifiais.

Dans les rues les roues
des bicyclettes, il était étrange
de les entendre sur les plaques d’égout,
les sons sortis de leur trou, là dehors
les sons paraissaient 
éternels.
Comme des garçons nus
sur des prés remplis de cigarettes.

Tu te croyais dans les lits
des autres, dans leurs
draps, tu convoquais
les jambes croisées,
les dos, tu enlevais
ton fard.

Il était étrange d’entendre
les enfants dans leur sommeil,
ils paraissaient morts,
tu exerçais ton ouïe
sur les arbres improvisés,
perdus dans le vide.
On entendait les corps bruire,
endormis. On entendait
les rêves.

---

Poi c’erano le sere, quasi
silenziose, dal letto sentivi
i rumori degli altri, di operaie
accaldate, di impiegati bambini
persi nelle loro collezioni.
Contavi le pecore smarrite,
le organizzavi, assaltavano
sempre il pastore idiota
con cui ti identificavi.

Nelle strade le ruote 
di biciclette, era strano
sentirle sui tombini,
i suoni stanati, i suoni
là fuori sembravano 
eterni.
Come i ragazzi nudi
sui prati pieni di sigarette.

Ti sentivi nei letti 
degli altri, nelle loro 
lenzuola, convocavi
le gambe intrecciate,
le schiene, ti toglievi 
gli ombretti.

Era strano sentire
i bambini nel sonno,
sembravano morti,
allenavi il tuo udito
sugli alberi improvvisati,
persi nei loro vuoti.
Si sentivano i corpi stormire,
addormentati. Si sentivano
i sogni.

-

Marina Tsvétaïéva – Tentative de jalousie


penture : Nicole Cerutti: Baptiste à la flûte

… J’aimerais vivre avec vous
Dans une petite ville,
Aux éternels crépuscules,
Aux éternels carillons.
Et dans une petite auberge de campagne
Le tintement grêle
D’une pendule ancienne – goute à goutte de temps.
Et parfois, le soir, montant de quelque mansarde,
Une flûte
Et le flûtiste lui-même à la fenêtre.
Et de grandes tulipes sur les fenêtres.
Et peut-être, ne m’aimeriez-vous-même pas…

 

Au milieu de la chambre, un énorme poêle de faïence,
Sur chaque carreau, une image :
Rose, cœur et navire.
Tandis qu’à l’unique fenêtre,
Il neige, neige, neige

 

Vous seriez allongé tel que je vous aime : paresseux,
Indifférent, léger.
Par instant, le geste sec
D’une allumette.
La cigarette brûle et se consume,
Et longuement à son extrémité
– Courte colonne grise – tremble
La cendre.
Vous n’avez même pas le courage de la faire tomber.
Et toute la cigarette vole dans le feu.

 

                                                                                                       10 décembre 1916
Marina Tsvétaïéva

Marina Tsvétaieva– Si vous saviez (1913)


 

 

Si vous saviez, passants attirés
Par d’autres regards charmants
Que le mien, que de feu j’ai brûlé,
Que de vie j’ai vécu pour rien.

Que d’ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit…
Et mon coeur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

photo: Vladimir Mishukov

Ô, les trains s’envolant dans la nuit
Qui emportent nos rêves de gare…
Sauriez-vous tout cela, même alors,
Je le sais, vous ne pourriez tout savoir.

Pourquoi ma parole est si brusque
Dans l’éternelle fumée de cigarette
Et combien de tristesse noire
Gronde sous mes cheveux clairs.

voir aussi chez esprit nomades,  beaucoup de choses qui lui sont consacrées…

photo: - extraite du "miroir" de A Tarkovsky