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Gabriela Mistral – l’amour muet


trad Nicole Laurent-Catrice
( variante dans Biblioteca Premio Nobel, éd. Aruilar : Amor, Amor.)

montage RC

Si je te haïssais, je te jetterais ma haine dans des mots, ronde et sûre; mais je t’aime et mon amour ne se fie pas à ce parler des hommes, trop obscur.
Tu voudrais qu’il s’exprime en cri déchirant, mais il vient de si profond qu’il a, défaillant, répandu son flot brûlant bien avant la gorge, bien avant la poitrine.
Je suis comme un étang gorgé et tu me crois un jet d’eau inerte.
Tout cela à cause de mon silence tourmenté qui est plus atroce que d’entrer dans la mort !


Ainsi ne me touche pas. Je mentirais si je te disais que je te livre mon amour dans ces bras tendus, dans ma bouche, dans mon cou, et toi, croyant que tu l’as bu tout entier, tu t’abuserais comme un enfant aveugle.
Car mon amour n’est pas seulement cette gerbe rebelle et fatiguée de mon corps, qui tremble toute au frôlement du cilice et qui s’attarde dans son vol.
Il est ce qui est dans le baiser et ce n’est pas la lèvre; ce qui brise la voix, et ce n’est pas la poitrine; c’est un vent de Dieu qui passe en déchirant la branche de ma chair, immatériel!
.

El amor que calla


Cristina Campo – que la poésie comme prière


photo perso-  tirage argentique  - gare  de Toulon   - 1978

photo perso- tirage argentique – gare de Toulon – 1978

 

 

 

Moi je n’ai, vraiment, que la poésie comme prière – […]

Et quand la sentirai-je assez vraie (je ne dis pas pure, mais est-ce différent ?)

pour pouvoir la déposer sur cet autel

– dont je ne vois et ne verrai peut-être jamais les marches –

comme un panier de pignes vertes, un coquillage, une grappe ?

Chaque jour je suis de plus en plus persuadée que je n’ai pas d’autre rosaire,

d’autre épée, d’autre livre, d’autre cilice que cela.

Et je ne pars pas de l’amour de Dieu

– je suis dans le noir; pourtant je voudrais faire une chose

qui pour les autres semblera née dans la lumière.

Mais je dois me purifier,

vous n’avez aucune idée de mes péchés, je veux dire de mes crimes


En savoir plus sur http://www.paperblog.fr/3455248/cristina-campo-la-perfection-de-l-ange-par-zoe-balthus/#8Au7HJqyU63RXss6.99

 


Claude Esteban – Blanche


peinture d’artiste russe ( non identifié) XIXè siècle

 

Blanche.

Elle divise le temps

en deux.

Sceptre et cilice.

L’écume ne meurt pas

lèvres ouvertes

aux lèvres.

Blanche.

Emmurant l’oiseau.

Tranchant le nerf fragile des coquilles.

sans que la voix

revienne.

Nue dans le sel.