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Le périmètre, qui maintient l’étranger à distance – ( RC )


October 1941. "White Tower hamburger stand, the popular place in Amsterdam, New York.":

                              photo: junipergallery.com

 

Je m’installe  à une  table.
Elle  est très longue
il y a des traînées de bière  qui brillent ;
les bancs  sont des barres  revêches,
sous des néons  verdâtres;
c’est dans un quartier populaire de Prague ;
un groupe  d’ouvriers, aux  vestes  matelassées, 

s’assoit.
il fait froid dehors ;
des trams fatigués scindent un espace de brume,
on voit jusqu’au terre-plein au centre de l’avenue,
avec des herbes  roussies  qui s’obstinent .

Ici, le carrelage  s’essaie à la géométrie
sombrant  dans des zones  où le ciment  le nivelle.
L’ordonnance  des panneaux où les spécialités
locales, sont alignées  en colonnes,
est contredite, par un nuage échappé
d’une huile de friture, quelque part dans la cuisine .

Je pense  à d’autres  endroits ;
L’ailleurs  des quartiers  des ports,
l’odeur  persistante  du mazout,
et  toujours  le périmètre,
qui maintient  l’étranger  à distance .
Il faut du temps ,pour  secouer
le manteau de solitude,
au milieu de quelques plantes  maigres,
qui, elles  aussi,
ne semblent pas à leur place.


RC –  janv 2015


Matera – Basilicate – ( RC )


vue partielle     ( bas de la ville de Matera, province de Basilicate, Italie du sud )

 

Une ville subsiste,
en équilibre  sur le bord  de la falaise.
Elle  s’est agrippée à son passé,
en continuant nonchalamment

à arborer sa présence
de ses dalles posées là,
et qui demeurent.

La nécropole creusée dans le roc,
– une plateforme  toujours nue –
et dont on a rempli les creux,

( conservant la forme humaine ),
avec du ciment ,
– pour des raisons pratiques  –

Les herbes  sèches, secouées par le vent,
se défendent  du pittoresque
et de l’admiration vulgaire

d’un décorum importé,
comme pourrait l’être
l’alignement  de bacs à fleurs.

Elles, ne pouvant subsister
que grâce à un terreau,
ou un sol, qu’on ne trouve pas ici.

Certes les visiteurs  sont les bienvenus,
mais la vie continue,
sans sacrifier  aux  dieux  du tourisme .

Le cirque  de pierres en équilibre,
Creusé  d’alvéoles,
s’ouvre à un ciel  d’éternité .

Plus haut, c’est  toujours l’animation:
les klaxons,  le bourdon des scooters,
particulièrement les jours de marché .

A heures  régulières,
les cloches des églises, s’emballent
se faisant  écho les unes aux  autres.


RC –  juin 2015

 


Un jupon d’un buisson de ronces – ( RC )


Pripiat – Ukraine – provenance photo: http://machbio.blogspot.fr


J’ai fait un jupon  d’un buisson de ronces,
Pour aller  avec la robe  de plomb,
Habillant si bien les  bois morts,
Et la langue  affligée          ( celle  qu’on ne peut  plus traduire ).

Une cérémonie où les statues sont de sortie,
Alignées, immobiles,
Conformément  au protocole ,
Attendant un signe qui ne viendra pas.

Un premier plan de givre,            un alphabet en désordre,
Et les arbres,  libérés des contraintes ordinaires
ont commencé       à crever le ciment   de la place du Champ de Mars .

Tous les habitants  ont fui une menace      qui ne dit pas son nom .

RC- juin 2015

En rapport  avec la ville  Pripiat  ( à 3km de la centrale  de Tchernobyl ).

A  voir  au  sujet des conséquences  de l’explosion
de la centrale nucléaire, sur la ville  de Pripiat,

le film  » la terre outragée »

photo perso: citadelle de Daugavpils   2004

photo perso:                citadelle de Daugavpils             2004

Petit  commentaire  perso: Daugavpils, est une  ville de Lettonie, proche  de la frontière de la Russie . Elle  comporte une  citadelle militaire qui a été  laissée complètement  à l’abandon, et dont l’enceinte abritait en 2004 également une  série  de hlm vétustes.

L’abandon n’a pas ici  de cause consécutive  à un accident  nucléaire,  mais on observe le même phénomène,  à savoir  que  les places  d’armes ( où trônent encore des canons) sont envahies progressivement par la végétation: par exemple  des arbres  qui masquent  presque  totalement  de hauts lampadaires destinés à éclairer la place.

A noter  qu’au  côté  sinistre  de l’abandon, se joint le  côté historique, puisque  cette ville a servi de ghetto concentrationnaire pour les juifs… lire cet article corrrespondant…..


Musée de la mine ( RC )


( Cet article  fait référence  au musée  de la mine de St-Etienne)

photo: Gwenaelle Boisseleau


Au long des galeries,
Profondes, en sous -sol,
D’où l’air libre est d’un oubli,
S’alignent les wagonnets,
Sous l’atmosphère confinée,
Et les voûtes blêmes,
Parcourues de câbles,
Ponctuées d’éclairages falots,
Quelques  centaines  de mètres,
En dessous,

Et une ruche  d’ouvriers,
Casqués,
Et le bruit,
Les machines  trépidantes,
Celles qui arrachent,
Au coeur des roches,
Le minerai noir,
Des entrailles du sol.

Juste au-dessus,
Cette  tour de poutrelles,
Signal désormais  dérisoire,
De l’activité suspendue,
Où les hommes casqués,
Ne s’enfoncent plus,
Enfermés dans de crasseux ascenseurs
A l’aplomb de verticales obscures,
Pour extraire leur pain,        du charbon.

Et la salle des machines,
Désormais  déserte,
Les turbines endormies,
Comme de gros escargots,
Boulonnés à leur socle de ciment,
Alors que pendent  du plafond,
Les tenues ,  marquées du labeur,       vides,
>     Flasques  fantômes d’humains,
Désormais inutiles,
Matricules numérotés,

Au musée de la mine.


RC- 4 juin 2013

Photo: musée de la mine – salle des pendus


Tristan Cabral – le pays d’où je viens


 

photo  Ruth Montoya

photo    Ruth Montoya

 

le pays d’où je viens n’est d’aucune mémoire
et la mer en novembre y monte jusqu’aux toits
les maîtres de naufrages attendent sur les dunes
qu’un bateau étranger se perde dans les Passes

le pays d’où je viens à la couleur des lampes
que les enfants conduisent aux limites du sable
on y marche toujours au pays des légendes
la trace des hommes s’y perd dans une Ville d’Hiver

le pays d’où je viens a la douleur des landes
on y porte parfois des épaves insensées
il y a parfois des bêtes blanches à la lisière des eaux
et des forêts de feu près des océans morts

le pays d’où je viens a la blessure des rames
on y voit quelquefois des traces de passages
qui mènent à des marées mortes depuis longtemps
souvent les chalutiers battent pavillon noir

le pays d’où je viens est plein d’hommes de guerre
des maisons de ciment que l’on dit allemandes
tombent depuis toujours dans les océans gris
une femme m’y attend et depuis m’y conduit

en face de Saint-Yves lors de la messe en mer
des prêtres sur les vagues jettent des pains de sang
tandis que des enfants en uniformes noirs
crèvent le long des plages des bancs de méduses blanches

le pays d’où je viens n’a jamais existé
un vieil enfant de sable y pousse vers le large
un bateau en ciment qui ne partira pas
le pays d’où je viens s’endort en chien de fusil

le pays d’où je viens n’est d’aucune mémoire
un Casino Mauresque y brûle sous les eaux
une femme s’y promène au bras d’un étranger
le pays d’où je viens n’a jamais existé…