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William Cliff – Encore attendre


peinture  :Ben Shahn

peinture :Ben Shahn

 

Je t’attendais devant le cinéma nommé Éden.

Huit heures et demie avions-nous dit devant ce cinéma.

L’Astragale de Sarrazin je l’avais vu la veille.

Une histoire d’amour très passionné.

Je ne te vois toujours pas arriver. Je voulais revoir avec toi
ce film d’amour très passionné, mais la rue était pleine
d’ombre et vide vide de gens entrant au cinéma ;
je n’attends plus qu’un bus pour me renfuir avec ma peine.

Je m’étais dit : invitons-le ce soir au cinéma
pour voir ce film d’amour très passionné, et puis un verre
de bière qu’on aurait pris, un verre de bière, un verre de joie

pour se donner du cœur au ventre. Un verre de peine amère
maintenant je bois. J’embrasserai mon oreiller au lieu de toi.
Toute une nuit pour changer en pardon des flots de haine.


La Dame de Shanghaï ( RC )


( évidemment en rapport avec le film du même nom,  d’Orson Welles )

Tu as vu comme elle danse ?
Et avec        quelle élégance !

Elle, ou elles             – sont plusieurs
Semblables  comme  des soeurs

Les demoiselles  d’un soir
…                 Multipliées par les miroirs

Attraction foraine,  passer à la trappe
Magasin d’accessoires, farces  et attrapes ..

Le jeu des silhouettes,
–                        Le doigt sur la gâchette,

Trois coups  de revolver
–                          Et ma tête à l’envers

Que je retrouve dans les glaces            en miettes,
C’est une  drôle de fête

Et ça fait quoi comme effet
De combattre les reflets ?

On ne sait plus trop ce qui bouge
Derrière le rideau rouge

–                      La Dame de Shanghaï
Vient d’ passer la muraille, ….

En robe de soirée .
Ca va encore foirer  !

Cà n’me dit rien qui vaille
Toute cette pagaille

Ce jeu des illusions
Qui fait la confusion

—         « Nothing else?
Mister Welles ?  »

Je n’ai plus de cartouches,
c’est bientôt moi, la mouche !

Je vais bien me payer une balle,
Et tout ça          pour que dalle!

C’est vraiment pas de chance !
Pan !  PAN ! PAN !  Et puis  condoléances…

Le canon de l’arme qui pète,
N’a pas besoin d’interprète…

Claquement sec dans l’atmosphère
Et la fin des p’tites affaires !

A foncer dans l’ décor
C’était tenter le sort,

Immobilisé
Dans le verre brisé

Rira qui voudra
Tourne la caméra  !

Tu veux un autographe ?
Sur ma tombe, un épitaphe…

Une galette, quelque chose à boire ?
———Transformé en passoire

Trois coups de revolver
Quand  tout va de travers ….

La passion , la course du désespoir,
C’est   comme dans les films noirs …

Regardez, cet acteur qui déconne  !!
—-     Paraît qu’ y a eu maldonne,

Erreur sur la personne …
Encore un coup d’Orson…

RC  –  15 décembre 2012


séquences d’Hitchcock ( RC )


North by NorthWest – ( La mort aux trousses )

Qu’une femme  disparaisse
Dans un orient-express

C’est un film  d’Hitchcock
Qui marque  son époque

Pour un film d’espionnage
Une fois commencé le voyage

D’une pichenette
Je continue dans ma tête

A me balader dans la foule
Alors que se déroule,

Dans d’autres lieux
Un crime odieux

Pour la caméra , si l’histoire  s’enlise
L’action  poursuit dans une  église,

Une femme  dans le clocher
Dont l’acteur va enfin s’approcher

C’est alors le vertige
Qui toujours l’afflige

L’empêche de monter
– et de ce coup monté –

Un corps qui tombe et se casse
Un tour de passe-passe…

Où est passée la femme  qu’il aime ?
Cà, c’est bien le problème…

Ou bien dans un autre film, une  scène
– croisement de routes à l’américaine,

D’où surgit un car
Venu de nulle part

Cary Grant en descend
(un rendez-vous important)

Mais personne ne s’arrête,
A part un bus,  pas une  estaffette…

Seul un petit point grandit,
C’est cet avion maudit

Qui le poursuit        en vain
Dans le champ voisin

Avant que ne se brise son élan
Culbute , et un accident

Au coeur de l’action,
Contre un camion…

Toujours la mort aux trousses,
Il pourrait jouer du pouce…

——  Alfred  décide du futur
Pour de nouvelles  aventures

Jusqu’aux portraits géants
De pierre, des présidents

….Et d’autres manigances
Qui font le suspense

…  et toujours nous interloque

Le talent de Hitchcock…

Affiche rouge – Vertigo ( Sueurs froides)

RC- 16   novembre 2012


Richard Brautigan – « Le Silence de la langue »


photo-polaraïd   exposition à Draguignan

polaroid carton d’expo Draguignan

Richard Brautigan   c’est cet écrivain américain de la  « beat generation »,  qui  a fait toutes  sortes d’écrits et petits textes, un peu étranges,  à la façon haïku  américanisée  (  d’ailleurs  il se réfère souvent au Japon)…

« Le Silence de la langue »

Je suis assis ici maladroitement seul dans un bar avec un réalisateur de cinéma japonais très intelligent qui ne parle pas anglais ni moi le japonais.

Nous le savons les uns les autres, mais il n’y a personne ici pour faire la traduction.

Nous avons parlé auparavant.

Maintenant on fait semblant de s’intéresser à d’autres choses.

Il écoute de la musique sur le phonographe, les yeux fermés.

Je le couche sur le papier. Il est temps de rentrer à la maison. Il me quitte  le premier.

——-

R Brautigan  est l’auteur, entre autres  de  « Tokyo-Montana  express »,

« Sucre de pastèque »

« La pêche  à la truite en amérique »

« l’Avortement »

« Willard  et ses trophées au bowling »

« La  revanche de la pelouse »

c’est  sans  conteste  un de mes  favoris