voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “ciseaux

André Spire – CLAC ! CLAC!


Panorama 1.JPG

photo perso – Vaucluse

Les cornes de la vigne
Se balancent, se balancent.
Les cornes de la vigne
Se balancent, se cherchent.

Touche, touche, la corne !
Approche, frôle, touche !
Un jour, deux jours de danse,
Saluts et révérences.

Touche, touche, la corne !
Frôle un peu, touche, touche !
Le vent souffle plus tiède,
Et clac ! entrelacées !

Mais pfut ! le vigneron
Avec son gros soufflet,
Avec sa fleur de soufre,
Qui vient pour vous poudrer.

Mais frout ! le vigneron
Avec son tablier,
Sa ceinture de corde
Et ses liens de jonc.

Et clac ! le vigneron
Avec ses grands ciseaux
Qui font clac ! clac ! plus fort
Que le bac du corbeau.

Et clac ! le vigneron
Qui aime le raisin,
Qui aime mieux le vin
Que les cornes, les feuilles,
Les danses, les révérences…
Clac ! Clac !


Mouloudji – Cache-cache


C’est  de texte  de sa chanson….

Disclosed Desires-fd0013.jpg

Vous êt’s-vous caché
Un jour de cache-cache
Sous la jupe lâche,
Quoiqu’ intimidé,
Dans l’intimité
D’une dam’ ombrelle
Aux senteurs si blêmes
Strident’s de douceur
L’avez-vous rêvé ?
Ce doux goût de peur
Couleur de péché,
Était-ce inventé ?
Sous la jupe folle,
Vous flairiez la chair
De dame prison
Ell’, dans son émoi

Ouvrait de plus belle
Ses ciseaux femelles
En prison de joie,
Vous étiez ému
Sous la chèr’ ombrelle,
Un soleil diffus
Éclairait tout bas
La tendre bastille
Vous, les yeux béats
La tête levée
Au ciel albinos,
Vous suiviez le vol
D’un corbeau velu
Entre chair et rose
Des cuisses jouflues
Et du pantalon
Comme rêve glauque.


Anna Jouy – Prendre le cahier dans le sens de la largeur….


photo - André Schmucki

photo – André Schmucki

  • ( visible  sur le site d’Anna Jouy « Mots sous l’aube »  )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prendre le cahier dans le sens de la largeur. Prendre le large. Évaser. S’évader par les marges. Glisser dans les coulisses de la page. Repousser les bords pour qu’ils dévoilent plus de blancheur pour la nuit, plus de drap propre pour l’amour, plus de crâne pour la mémoire, plus de pâleur pour l’émoi.
Faucher mon building. Le laisser s’étendre, s’étaler, s’empétaler comme une odalisque sur le flanc, le divan freudien de ma cosse de fesses.
Prendre une coudée supplémentaire de lignes. Au moins 4 mots de plus à chaque fois, ça me fait un rab de papelard et une fuite vaste dans les makimonos de ma pensée.
Dérouler une coudée de poème et d’une grande paire de ciseaux trancher au mètre courant le texte, à l’endroit même où je veux que s’arrêtent mes horizons. J’abats le totem du carnet et le voici dolmen sur trois cachous de nuit.

 


Jorge-Luis Borgès – Insomnie


f--- Arcades_O

 

photo:    montage  perso

 

Légendairement petit et lointain est désormais ce moment où les horloges versèrent un minuit absolu.
Ces six murs étroits emplis d’une éternité étroite me suffoquent.
Et dans mon crâne vibre encore cette pitoyable flamme d’alcool qui ne veut pas s’éteindre.
Qui ne peut pas s’éteindre.
Réduction à l’absurde du problème de l’immortalité de l’âme.
Trop de couchants m’ont rendu exsangue.
La fenêtre synthétise le geste solitaire de la lanterne.
Film cinématique plausible et parcheminé.
La fenêtre aimante toutes les oeillades inquiètes.
Combien m’étranglent les cordes de l’horizon.
Pleut-il? Quelle morphine ces aiguilles injecteront-elles aux rues?
Non.
Ce sont de vagues lambeaux de siècles qui gouttent, isochrones, du plafond.
C’est la lente litanie du sang.
Ce sont les dents de l’obscurité qui rongent les murs.
Sous les paupières ondoient et s’éteignent à nouveau les tempêtes brisées.
Les jours sont tous de papier bleu, minutieusement découpés par les mêmes ciseaux sur le trou inexistant du Cosmos.
Le souvenir allume une lampe:
Une fois de plus nous traînons avec nous cette rue si joyeusement pavoisée de linge tendu.
Le piano luxuriant du Tupi s’est évanoui au loin.
Le soleil, ventilateur vertigineux, élague les demeures décaties.
En nous voyant tanguer en tant de spirales les portes rient aux éclats.
Pedro-Luis me confie: – Je suis un homme bon, Jorge.
Tu es un homme bon, Jorge… ça nous passera avec une petite tasse de café.
Les yeux éclatent quand les frappent les pales du soleil.
Quel hangar abritera à jamais les émotions?
Il existe à n’en pas douter une dimension ultra-spatiale où toutes sont des formes d’une force disponible et soumise.
Comme l’eau et l’électricité dans notre dimension.
Colère. Anarchisme. Faim sexuelle.
Artifice pour nous faire vibrer sous la magie.
Aucune pierre ne brise la nuit.
Aucune main n’avive les cendres du bûcher de tous les étendards.

 


.


Benjamin Fondane – Villes


peinture: Wayne Thiebaud            Sunset Street        1985 ( MoMa)

 

Villes

 

Le silence coula sur mes mains

c’était un orage de sable

la ville était pleine de sable

où donc étaient-ils les humains

j’avais beau courir dans le vide

suivi lentement de mes pas, le vide était plus plein

qu’une poitrine gonflée qui fait sauter les pressions,

le vide était si plein, j’avais si peur qu’il n’éclatât

que soudain j’ai pensé qu’il me fallait crier

ressusciter la vie

souhaiter le sifflet des bateaux, des sirènes d’usine

la rumeur des meetings, des fleuves de glace qui cassent

sous la poussée du printemps, les vitrines brisées des grèves générales, le bruit

strident des rémouleurs aiguisant les ciseaux, les couteaux, la criée des poissons dans les halles, les plaintes des marchands d’habits,

des rempailleurs de chaises, des pianos mécaniques et des musiques perforées.

Je vous appelais du fond terreux de mon angoisse

sonorités des étameurs, des camelots, ô chansons nasillardes

des marchandes de quatre-saisons qui font au printemps maladif

l’opération césarienne  -Et peu à peu je vis céder mon insomnie

mes oreilles bourdonnaient, une sorte d’âcre paix, une paix nauséeuse,

pénétra dans mon sang avec une vieille odeur de draps

et mon sommeil ouvert comme une bouche d’égout

buvait les cantiques pieux des machines à coudre,

le ronflement régulier des tuyaux de vidanges, le souffle léger de la vie qui monte et qui grince, ô poulie !

Le bruit de plus en plus fatigué de la vie.

 

 


Lucien Suel – Sombre Ducasse 7 ( suivi de ma « réponse » ) – ( RC )


montage  perso  de deux photos perso:  nature morte aux  sables

montage perso       de deux photos perso:                      nature morte aux sables de la Bléone

Sombre Ducasse (version justifiée) 7

si le point de départ vient à changer

aura-t-on le même point au final ceux

qui utilisent des bandes coulissantes

sur trois magnétophones n’anéantiront

plus le complexe comateux bande bande

bande blue stardust jack off moi j’ai

tout fait j’étouffais alors quel sera

le numéro silence silence silence ces

dispositions hétéroclites ces séances

particulières datent sans doute de 23

ans avant la dernière guerre nous les

détruirons les erreurs surtout celles

qui consistent à croire que les moins

grands sont les plus jeunes ou que le

plus grand est le plus vieux détruire

toute la hiérarchie serait saugrenu à

moins de placer les petits les moyens

les grands contre un mur de manière à

déclencher le feu des fusils à canons

sciés le sens de l’écriture a orienté

tout pour tous de manière ignoble les

maladresses ont été nombreuses il y a

eu trop de ça tout au long des années

des siècles à venir ceci n’allait pas

tout seul il faudra placer des garde-

fous plus rigides sur les limites des

manières de vivre aujourd’hui séparer

mettre à l’écart les cas gênants nous

avons trop peu de renseignements tous

nos souvenirs brillants de la seconde

guerre mondiale s’estompent déjà dans

les vents froids et foireux les vieux

partis au diable vos vers sont séchés

soumis à la question trop souvent ils

ne sont plus que d’anciens modèles de

voitures reproduits sur carte postale

 —-

Le texte  de Lucien Suel,  extrait de « silos »,  est visible directement  sur  cette page…, l’auteur, en m’autorisant à republier  son texte, me  renvoit  aussi à sa version 2, ici

 

Je ne suis pas là, je ne pourrai pas t’accompagner

dans la course, et découper le temps avec des

ciseaux,ainsi la musique se déroule, et les chevilles se coulent,

sans hiérarchie, sur la piste, il y a le parquet qui brille, les passages le frottement de la lumière,

et la musique de Coltrane, my favourite things, qui me rappelle, mais j’ai vérifié, c’était autre chose,

le film de Pierre Etaix,Yoyo… j’ai encore dans les yeux la fumée des usines qui rentre dans les cheminées, plutôt que d’en sortir, tu vois, j’ai sans doute égaré bien des souvenirs, en route, en semant trop de cailloux blancs – pour écouter le silence

je me suis un peu perdu, sur des chemins qui s’égarent.

Oui, j’aurais eu besoin de garde-fous, enfin, si on veut, si on parle de fous,

car justement, ce sont des voix d’hiver ( diverses), qui permettent de trouver la sienne,

les chemins de traverse, comment se repérer faire que sa voie soit la sienne et sa voix personnelle…

J’ai traversé des tableaux sépia , croisé Francis Bacon à Paris,

pianoté un peu, et caressé la lumière qui se posait sur mes toiles.

Les vers séchés ( comme les lombrics égarés après une forte pluie), composent mes poèmes,

que je triture volontiers, en sautillant à cloche pied, varier les appuis, les cases de la marelle

pour aboutir à la case « ciel », j’écoute les voix diverses, je m’enrichis de ta voix…

et finalement j’ai laissé tourner les bandes magnétiques, laissé les ciseaux à d’autres,

mon univers est de la couleur et de l’argenté.

Passent  d’anciens modèles  de voiture reproduits sur les magazines….

RC  14 décembre 2012


Un parcours avec Matisse ( RC )


peinture: Matisse, Capucines à la Danse II,,

Un parcours avec Matisse

« Tout brille , tout chatoie
Tout est lustré, verni « 
Et les couleurs toutes serties
Dansent encore des figures de joie

La danse,      justement,      s’anime,
Traverse la toile       , en spirales
Gerbe de lignes, et trois tons qui s’étalent
Sans décor,      d’aspect anonyme

Bleus et verts s’affrontent, lisses
avec des roses   et orangés,
L’écho des odalisques, allongées
Des intérieurs fleuris, de Matisse

peinture H Matisse: intérieur rouge, intérieur jaune et bleu

Les bocaux de poissons devant la fenêtre
Voisinent des lignes     arabesques,
Azurs teintés de rythmes, presque
Tout est verni, lustré, prêt à naître.

dessin : H Matisse : portrait de Marguerite

Mais aux portraits à la plume,   en séries
Les formes jouent de lumière     offerte
Et dialoguent, du papier blanc, ouvertes.

Le décor des motifs , le même que la tapisserie
Transmet à l’oeil        son doute
Comme s’il faisait fausse route …

Dans les courbes        et dans l’épure
Luxe, calme et volupté, point de lutte
Entre harmonie, enchaînement des volutes
Où         la ligne ondule et s’aventure …

Puis la traversée d’un ciel, par les ciseaux,
Couleurs franches et gouaches découpées,
Savamment associées et groupées
Comme l’aventure migratoire des oiseaux…

Jazz- HM             –

Jazz            ( et rythmes déhanchés),
Bal des feuilles de figuier, détachées
Dans un autre espace ,    s’élance
L’art du peintre,    par excellence.

NB            les deux premiers vers  » Tout brille , tout chatoie Tout est lustré, verni »,
est une citation de H Matisse lui-même.

RC – 29 juin 2012