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Claude Saguet – A ma mère


 

peinture: Ilda Geldo

peinture:      Ilda Geldo

 

 

 

à ma mère

 

Mon délire vient

d’un grand orage,

d’un lieu inexploré

à l’Est de l’Angoisse.

Tendresse verte aux carrefours

je le retrouve, couleur d’émeute,

en de lointains faubourgs

noyés de linges tristes.

 

Le soir peut faire la roue

quand j’écarte les branches,

ou vêtir de neige

la soif des oiseaux,

il assiège mes oreilles

plein de détonations.

 

En vain la mer efface

le bleu sourd du brouillard,

et griffe de ses sources

les filets de la pluie,

il balise d’injures

la nuit qui me ressemble.

 

Mon délire vient

de mille chaînes
coulées dans le regard

où tout se contredit.

 

(Terre de fièvres éditions Tribu juin 1984)

 


Claude Saguet – Barbares


 

Dessin -Steinlein  métamorphose - des chats  en sorcières

Dessin -Steinlein métamorphose – des chats en sorcières

 

Nos routes sont pavées d’audace,

Nos armes éprises de foudre

et nos tambours voilés, rendus fous de ténèbres,

reflètent la terreur qui résulte des cris.

Le soir, saison perdue,

je reviens à mes loups affamés de distances.

Et de la tour aveugle sauvagement construite,

je salue leur adresse à fracasser les formes.

Ma face est d’étranger, ma voix brute de lumière

(XAMBO éditions Multiples 1980)


Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?


peinture - M Deroi

pastel  – Arthémisia  – « vers la ville  »  ( étude )

Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre

désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ?

Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps.

La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants sans mémoire qui vont, avec l’entêtement obscur de l’oiseau, pour retrouver un goût de terre et d’orage.

Désert, désert partout ! dans les cercles criants de la sève, dans l’arbre qui se tord pour ne plus exister

Et j’ai peine à croire à notre langage immobile sous les pierres, à ce reflet dans le miroir brisé à l’aube des cascades.

(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu 1980)

La nuit m’apporte

un poème d’eau fraîche.

La nuit venue du fond

de ton corps mutilé

je peux la prendre dans mes bras ;

je peux l’avaler toute jusqu’au premier rayon.

La nuit venue du fond de ton corps flagellé

est-elle femme

ou rose noire ?

J’ai fermé portes et fenêtres.

Est-elle femme,

est-elle écho

la nuit venue du fond

de ton corps décharné ?

Je veux en elle

trouver un visage, de quoi me remettre à vivre.

La nuit couvre la plaine

de son lierre fantôme

et j’imagine un corps vivant.

La nuit comme une forêt morte

sur un chemin hanté de plaintives lueurs.

(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu1980)

peinture: Hans Baldung Grien

peinture:          Hans Baldung Grien