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Les doigts gourds – ( RC ) – le clavier tempéré ( SD )


P Picasso Les menines et la vie No. 29

variation réponse à SD, dont le texte suit

J’ai en mémoire
           le buffet noir
     qu’a peint Picasso,
et qui me rappelle
ce sévère piano droit,
où l’on devait faire les gammes,
faire courir les doigts
sur un clavier
qui restait froid
( et n’avait rien de tempéré ).

Faire que les mains
parcourent les touches d’ivoire,
prenant les blanches pour les noires,
en suivant la Méthode Rose
( on n’espère pas encore devenir virtuose )
on imaginerait qu’elles dansent,
          chacune devant
faire preuve d’indépendance
    dans le mouvement…

Mais je vois bien le tableau :
montée sur le tabouret haut
          ma petite sœur,
tes pieds ne touchant pas terre
sous le regard sévère
de ton professeur :
             encore et toujours
             faire ces gammes,
alors que tu rêvais déjà d’amour :
( tout ce qu’il faut
pour te rendre allergique
à la musique ) :
tu préférais le chant des oiseaux.

RC



Petite fille aux doigts gourds

toi qu’on pressait de faire des gammes

quand tu rêvais déjà d’amour

et qui disais Bonjour Madame

docilement

Toi qui tempérais le clavier

quand te tendait les bras l’infâme

piano droit et l’œil distrait

innocemment

par un oiseau dans l’or du soir

prenais les blanches pour des noires

Susanne Derève


Carcasse d’un demi-queue en grimaces – ( RC )


16 AppartementsLee Plaza.jpg

photo:   Robert Meffre  – Lee Plaza Hotel  – Detroit

Dans la vaste salle  du Lee Plaza

les chaises renversées attendent sans public

Arcs à caissons, décorés pour des fastes

costumés, . bals sur les parquets cirés

la lumière accrochée aux gravats bleutés

souligne un décor, – quelque peu fortuit

de fenêtres ouvertes sur courants d’air

et carreaux qui font – en reflets

d’un vide silencieux – leur petit effet

Alors que trônent d’un air oblique

les touches d’un clavier tenace

accrochées à la carcasse

du demi-queue  en grimaces

imposant de ses cordes croisées

témoin hagard, .. spectre à musiques

…un silence aux accents déglingués.

RC

9 fev 2012

voir aussi  » il était une mazurka »


Philippe Delaveau – Leçon d’automne


LEÇON D’AUTOMNE

 

photo: John

                      photo:         John Finnan

 

« Les oiseaux sur les peupliers de la plaine des notes dispersées, liquides, vagabondes.

Pourtant la symphonie d’un bel après-midi sous les violons des feuilles

qui tigrent d’ombre leurs arpèges. Pont de pierre bombé, contrebasse.

Altiers violons de verts. La partition repose

Avec la longue élévation de ses sillons jusqu’au sommet de la colline.

Les blanches s’envolent en lançant leurs cris de mer au retour du tracteur puis s’agglutinent, fouillant la terre avec la même obstination. Venues de l’océan, remontant les rivières.

«Semailles» serait le titre du morceau, avec les trilles d’un clavecin sous les doigts de Rameau.

Leçon d’automne et vieil ivoire rouillé, sombre.

Les deux claviers sous la dextérité de l’attaque joyeuse. »

 


C’était une mazurka – ( RC )


photo NF

Je me souviens de la musique
Et ta tête penchée sur le clavier.

Les mains ont déserté les touches d’ivoire,
Elles se sont ternies au voyage des ans.

Les cordes fatiguées, sont une harpe
Assourdie de toiles d’araignées.

Les mélodies que tu jouais,
Ne renvoient plus de reflet

Elles sont été mangées,
Par l’ombre du piano noir.

Juste, le concert des étoiles,
Me chante encore tout bas,

Leurs volutes et les arabesques,
Naissant sous tes doigts.

Je me souviens de la musique
Et ta tête, penchée , au-dessus de moi …

RC – sept 2014


Ca n’ vaut pas un concert – ( RC )


photo:     Christophe Alary

Bien, — ça n’ vaut pas un concert,

Avec plein de guitares,

Un orchestre et un synthé ,

– Mais y en a pas ce soir –

Avec un son d’enfer,

Un micro nasillard,

Les amplis esquintés,

La voix de bluesmen noirs.

Ou la chanteuse d’opéra,

La dame aux camélias

Ses hautes vocalises,

Et puis … plusieurs rappels,

Projecteurs et caméras,

Vases de fleurs et dalhias,

Quand, au sortir de l’église

Résonnent encore gospels…

Elle va préférer le pop,

Et même le hard,

Avec tenue cloutée,

Et les clubs enfumés,

C’est sans doute le top,

Appuyée sur la rambarde,

Quand elle va écouter,

Les rockers allumés.

Dans le jukebox, rempli de disques

Tu peux aussi, glisser la monnaie,

Au boulevard des hits,

A côté du comptoir,

Et dans la salle, tu confisques,

Le silence, pour de vrai,

En vrai parasite,

De l’autre côté du bar,

Les succès de toujours,

«  Allez, venez, milord »

A convoquer les vedettes,

Avec le blanc-cass

Une chanson d’amour,

Qui fait vibrer le corps

Et trotte dans la tête,

  • quand c’est fini, ça passe –

Allongé, sur ton canapé,

Devant la télévision,

Tu peux monter le son,

Trompettes et saxophones,

Tu as failli zapper,

La jam-session,

Piano et percussions,

Sur le thème d’Ellington…

Les doigts rivés sur le clavier,

Fais défiler la musique,

Et choisis ton menu,

Pour la soirée,

Car, vont tanguer les pieds,

Alors, pris de panique,

—- Afin qu’ils remuent,

ça va bientôt démarrer.

RC  – 11 août 2013

photo extraite du film de           M Haneke: la pianiste


Nadia Tueni – En montagne libanaise


photo perso: montagne du plateau de Lassithi ( Crète)…     n’étant jamais allé au Liban… mais je suppose qu’il y a – dans la sécheressse, – des points communs

A la découverte  ( en voletant  cueillir  du pollen ), l’abeille  que je suis  découvre « encres du monde », – de Claire-Lise

dont j’extrais ce  beau texte

En montagne libanaise, un poème de Nadia TUENI (Liban)

———

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière ;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton de coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait notre âge ;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban.