voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “clef

Trouver sa propre entrée – ( R C )


Résultat de recherche d'images pour "raoul ubac"

peinture: Raoul Ubac

 

 

Il doit bien y avoir quelque part,
une entrée gardée secrète,
qui mène vers un ailleurs
qu’empruntent  des explorateurs,
et  –  dont ils n’ont jamais parlé :

C’est une parole mutique
dont chacun connaît la clef,
le sésame, pour  y accéder…
se guidant peut-être à tâtons,
sur les parois de la conscience .

C’est difficile à expliquer…
Malgré  toute la bonne volonté,
dont je pourrais  faire  preuve,
je ne peux rien dire …
Il faudrait que je trouve ma propre entrée…

Je suis  dans un espace clos,
où nulle lumière ne pénètre,
juste guidé par le murmure familier,
du bruissement du sang
dans mon corps .

Peut-être verrais-tu dans le noir,
si tu étais à ma place,
quelque luciole voleter,
ou une étoile qui clignote…
( si c’est un signe  …)

Mais ceux-ci sont trompeurs,
et finissent  par s’effacer
aussi soudainement  qu’ils sont apparus,
à la façon d’une  cigarette
indiquant une présence,

et qui a fini de se consumer.

RC – avr 2016


Christophe Sanchez – une respiration


60 draps571917.jpgOn retrouvera des lettres entre les draps, dans une armoire normande au bois vermoulu. Dans la chambre où la poussière a figé le temps, on traversera en quelques pas des années de silence. Contre le mur, calé par des livres de papier jaune, le grand bahut nous craquera sa vérité enfouie. Il faudra de la patience pour ouvrir l’armoire à la serrure grippée. On insistera. La clef en laiton fera des tours perdus à l’angoisse de la découverte. Les battants finiront par céder dans un frémissement. Sur les étagères, des piles de linge viendront sous nos yeux disperser les lunes, dévoiler des années d’intimité au jour neuf.
On retrouvera des lettres entre les draps de lin pliés au carré. Avant le brin sec de lavande, le flacon d’huile essentielle de cèdre, un reste d’odeur humaine. Des lettres oubliées dans les plis du passé, à l’abri du regard de l’autre. Cet autre à qui on a caché les mots. Sur les enveloppes, on admirera la calligraphie, les hautes jambes des lettrines, les vieux timbres et les dates évoquées feront passer le siècle pour une respiration.

Christophe Sanchez


Une construction venue d’autre part – ( RC )


Afficher l'image d'origine

volume :Geneviève  Seillé  

 

On dirait une construction venue d’autre part.
C’est une forme étrange, où les matériaux s’assemblent,
tissés ensemble par la soie invisible d’un esprit,
repoussant les vents de sable.
On pourrait dire que c’est une tour de Babel,
toujours en cours
à la recherche d’une certaine idée de la perfection.
Je ne connais pas son architecte,
et sans doute n’y en a-t-il pas :
c’est juste une réalité, née de sa propre necessité.

Je lis, de la même façon,
les textes du poète :
tout est caché et visible en même temps:
des mots sont nés, le temps de l’écriture,
et du voyage de la pensée,
relayés par la main qui les a inscrits:
une parole en volutes
sur le papier offrant sa virginité:
Tout est visible et tout demeure secret:
fleuri de sa propre logique et croissance.

Il n’est de toute façon pas nécessaire
de comprendre comment ça tient ;
comment ça peut , par moments,
toucher les étoiles:
il n’est pas sûr
qu’on puisse retrouver la clef,
>      l’auteur lui-même
ne sait pas qui la possède,
construisant de ses propres rêves
une réalité
qui lui prend la main.

RC – fev 2016

 


 

 


JC Bourdais – L’arbre à bière Bernard Noël – grand arbre blanc


peinture perso:  " Grand  arbre"   1979

peinture perso:           » Grand arbre »    acrylique  sur papier affiche  1979

 

« Autrefois dans ce pays

On ne pouvait pas dire

pour désigner la fin d’un arbre qu’il était mort.

Seuls l’homme et l’animal pouvaient mourir.

On raconte que pour éloigner l’étranger du village,

On lui disait :

« Tu n’as pas ton arbre ici »

——————-                     

JC Bourdais , L’arbre à bière,Rhizome,2002, Nouméa

 

auquel j’ajoute   » grand arbre blanc »  de Bernard Noël

 
Grand arbre blanc

à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche

sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse

les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef

il a fait froid

il a fait froid
et sur le temps droit comme un j
un œil rond a gelé

grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile

et la beauté nous a blanchis

mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard

sans paupière grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue

grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cour est nu
grand arbre

l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air

d’atroces armes blanches qui tue
qui parle le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent

morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge

grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort nous lèche
est la seule bouche du savoir

*
.Bernard Noël..


Ame observatrice (RC)


dessin: Pierre Alechinsky

 

—————L’auteur se voit lui-même

Pas plus                                    amnésique

Qu’un                        éléphant d’Afrique…

Sorti de son être…  c’est tout un poème

 

Aller se promener,  –          aller voir dehors

Parcourir l »hiver,  –          changer de saison

Ne pas prendre ses clefs,  quitter la maison

Et puis,  errer,         en dehors de son corps

 

 

peinture: Gumpp  » le miroir de l’âme »

 

Quelle pensée absurde ! ,                sortie du dégel…

Elle flotte à distance, ne pèse        pas un gramme

Nul ne peut la voir…..  mais  c’est bien mon âme…

Qui est à mes côtés,  –       je ne vois pas ses ailes…

 

C’est un tableau étrange,    – une mise en abîme,

Une vue de l’esprit,                   au bout d’une tige

Elle me voit de très haut   (  et c’est un vertige)

Restant minuscule,            –  observé des cîmes

 

Traversant nuages,  et la météo,

Elle virevolte et participe,                               -d’équilibre

A une fête sereine, ————- dont  elle se voit libre,

D »aller et venir… et me voir de près, ———et de haut.

RC – 17 avril 2012

 


Bricolage matinal – de Bleu pourpre


Bricolage matinal

L’ultime présence de l’instant est à portée de doigts , ainsi, fouiller l’intime et mettre à jour la palette de mon ample grondement.

Ciel de plomb et pourtant…un regard comme déversé vers l’horizon suffit pour avoir les entrailles épousées par une lasure fine de bleu lavé.

Puis,

La lueur qui s’entête à se défouler derrière les lourdeurs du temps …

Alors… permettre au tourbillon de devenir transparence.

Et défiger l’instant

Il y a une fenêtre, tant que j’aurai  des yeux derrière les tempes, il y aura une fenêtre et un soleil qui joue à taper à ma fenêtre…je l’ouvre ou l’entrouvre, ça dépend du choix du sable.

Il y a du vent , tant que j’aurai des joues offertes, il y aura du vent…avec à sa bouche des mélodies, des symphonies, des fados , des blues et les chorales du diable … ça dépend si je suis rouge ou si je suis bleue.

Du vent qui viendra me souffler les poumons et m’écarquiller devant des horizons à marée haute…

Puis,  sûrement un navire , un trois-mâts aux voilures gigantesques,  perçant la brume opalescente des sorties de nuit … je l’ai construit avec un vieux radeau qui traînait là, que j’ai trouvé dans un élevage de coquillages . C’est un bricolage d’entre deux heures, me le pardonnerez-vous ?


Fuir la perfection et s’adosser à l’inattendu…

 

jacopo ligozzi_ XVIIè s

 

J’ai la paume ouverte au présent .

Ne rien attendre est ma robe de papier de soie.

Ne rien attendre est le jasmin qui s’enroule à mes chevilles.

Une serrure au creux du ventre, l’image est vraie, et étonnante, une serrure, même deux, voyez-vous, j’ai deux serrures au creux du ventre . Je crois avoir cherché les clés, mais des clés qui n’existent pas ou plus…je crois qu’à force d’avoir essayé des clés non – adaptées, j’ai du forcer mes deux serrures, et les laisser béantes d’inaptitude .

Un flot de sang s’en est échappé à mon insu jusqu’à ce que ça m’allonge de force, là, sur une plage blanche et brûlante.

Je suis debout, avec ma robe de papier de soie et mon jasmin odorant autour des chevilles.

Manet - bouquet de violettes

Je suis bien, là…

Parmi les fleurs oranges

 

Et les dunes de chévrefeuilles.

Je laisse mes serrures se recouvrir , je leur offre un tapis vierge qui deviendra un autre trésor intime.

 

La paume ouverte au présent et adossée à l’inattendu du parfum des vents autour, tout autour…

Nathalie 18 aout 2011

 

 

communiqué  grâce  à bleu-pourpre  et sa  « tentative de lumière »  (  elle y parvient) ,              sur son article  –   je l’en remercie