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Vitrines de Noël – ( RC )


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>         Quelques jours avant,
un peu de neige souffreteuse,
en petits tas tristes et gris,
sur les trottoirs de la ville    .

On peut ouvrir les portes,
du calendrier de l’avent,
négliger le froid mordant,
pour se promener          pourtant

Mais rester au-dehors,
devant les vitrines,
au décor clinquant,
lumières et paillettes,

Pyramides de cadeaux,
soigneusement enveloppés,
se mirant,
sous les spots électriques,

Angora et soie,
des beaux quartiers,
habits coûteux ,
et mannequins radieux.

C’est une fête avant Noël,
celle du commerce,
où se pavanent
de riches clients .

On peut admirer,
les étals de foie gras ,
pâtisseries ouvragées,
et montagnes chocolatées…

Tu as le droit
de lécher les vitrines,
mais sans avoir rien, à se mettre
sous la dent ,        … que le vent.

RC – dec 2017


Les héros du pays sur des chevaux de bronze – ( RC )


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photo: Place de la Victoire-  Bordeaux

 

Je suis venu par hasard  ;
j’ai vu sur de grandes places,
des héros du pays,
dressés sur des chevaux de bronze,
et l’oeil vide
sous l’air confiné

par des nuages lourds ,
des graffitis inscrits sur le socle.

Je ne connais pas leur nom,
et d’ailleurs quelle importance …
Ce seraient comme des figures,
échappées de l’histoire,
inscrivant les conquètes ,
ou des dirigeants politiques

dans le métal ou la pierre :
davantage de militaires que d’écrivains.

Mais tout évolue,
et les statues des dictateurs,
sont promises à la chute,
comme l’a été le mur de Berlin.
Quelques fragments sont conservés
dans les musées,

plus comme témoignage
que pour leur valeur artistique.

On installe maintenant
des oeuvres plus énigmatiques
ne prenant leur sens qu’avec la matière
et la forme qu’ils adoptent .
Elles sont souvent clinquantes,
issues d’un courant à la mode

mais promises à un avenir aussi éphémère
et seront bientôt remplacées .

Ainsi c’est la décision des élus locaux
d’ériger dans l’espace public ,des monuments,
dont on penserait qu’il y a quelque chose à voir avec la ville :
On se demande quelle relation entretient ,
une tortue avec des grappes de raisin,
voisinant un obélisque .

Mais il ne faut pas chercher trop loin,
les touristes trouvent bien pratique de s’appuyer dessus .


Salah Garmadi – Conseils aux miens pour après ma mort


 

m-report02

photographe non identifié

 

Si parmi vous un jour je mourais

mais mourrai-je jamais

ne récitez pas sur mon cadavre

des versets coraniques

mais laissez-les à ceux qui en font commerce

ne me promettez pas deux arpents de terre

ne consommez pas le troisième jour après ma mort le couscous traditionnel

ce fut là en effet mon plat préféré

 

ne saupoudrez pas ma tombe de graines de figue

pour que les picorent les petits oiseaux du ciel

les êtres humains en ont plus besoin

n’empêchez pas les chats d’uriner sur ma tombe

ils avaient coutume de pisser sur le pas de ma porte tous les jeudis

et jamais la terre n’en trembla

ne venez pas me visiter deux fois par an au cimetière

je n’ai absolument rien pour vous recevoir

ne jurez pas sur la paix de mon âme en disant la vérité

ni même en mentant

votre vérité et vos mensonges me sont chose égale

quant à la paix de mon âme ce n’est point votre affaire

ne prononcez pas le jour de mes obsèques la formule rituelle :

« il nous a devancés dans la mort mais un jour nous l’y rejoindrons »

ce genre de course n’est pas mon sport favori 

si parmi vous un jour je mourais

mais mourrai-je jamais

placez-moi au plus haut point de votre terre

et enviez-moi pour ma sécurité


Leon Felipe – Le clown a la parole


peinture  P Picasso  : mort  du torero

peinture P Picasso : mort du torero

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE CLOWN A LA PAROLE

OFFRE  MARCHANDS !

 
Moi, Don Quichotte, Espagne,  je ne suis personne ici ,
Ici,
dans votre monde
je ne suis personne. Je le sais.
Entre nous ici,
ici, dans votre marché,
je ne suis plus personne.
Un jour, vous avez volé mon panache
et maintenant, vous avez caché mon épée.
Parmi vous
ici,
dans cette assemblée,
je ne suis plus personne.
Je ne suis pas la vertu. C’est vrai.
Mes mains sont rouges de sang fratricide
et dans mon histoire on trouve des passages ténébreux.
Mais le monde est un tunnel sans étoiles
et vous, des vendeurs d’ombres.
Le monde était simple et transparent ;
maintenant, il n’est plus qu’ombres,
ombres,
ombres…
Un marché d’ombres,
une bourse d’ombres.
Ici,
dans cette grande foire de ténèbres,
je ne suis pas le matin…
Mais je sais
-et c’est mon essence et mon orgueil,
mon éternel grelot et les plumes de mon panache-
je sais
que le firmament est plein de lumière,
de lumière
de lumière,
que c’est un marché de lumière,
que c’est une foire de lumière,
que la lumière est cotée avec du sang…
alors je lance cette offre aux étoiles :
« Pour une goutte de lumière,
tout le sang de l’Espagne :
celui de l’enfant,
celui du frère,
celui du père,
celui de la vierge,
celui des héros,
celui du criminel et celui du juge,
celui du poète,
celui du peuple et celui du Président…
De quoi avez-vous peur ?
Pourquoi ces grimaces, vendeurs d’ombres ?
Qui crie ?
Qui proteste ?
Qui a dit : Ah, non, c’est une mauvaise affaire ?
Marchands…
Il n’existe qu’un commerce !
Ici,
dans cet autre marché
dans cette autre grande Bourse
de signes et de desseins stellaires,
pour des torrents historiques de sang,
il n’existe qu’un commerce !
une seule transaction
et une monnaie… Le sang !
Moi je n’ai pas peur du sang qu’on verse.
Il est une fleur au monde
qui ne peut pousser que si on l’arrose de sang.
Le sang de l’homme est fait, non seulement pour faire
marcher son cœur,
mais aussi pour remplir les fleuves de la Terre,
les veines de la Terre
et faire marcher le cœur du monde.
Marchands…
Ecoutez cette annonce publique :
« Le destin de l’homme est en adjudication.
Regardez-le donc, accroché aux cieux
dans l’attente d’une offre… » Combien ? Combien ?
Combien, marchands ?… Combien pour le destin de
l’Homme ?
(Silence… pas une voix… ni un signe)… Seule,
l’Espagne fait un pas en avant et parle ainsi :
Me voici. Me voici de nouveau.
Ici. Seule. Seule, oui.
Seule et en croix. Espagne-Christ
-la lance de Caïn enfoncée dans les côtes-
seule et nue –deux soldats, à part et fous furieux, jouent
ma tunique aux dés-.
Seule et abandonnée –voyez comme le Préteur
se lave les mains-.
Et seule, oui, seule.
Seule
sur ce sol désertique que mon sang arrose à présent ;
seule
sur cette terre espagnole et planétaire ;
seule
sur ma steppe
et sous mon agonie…
seule
sur la clairière du Crâne
et seule sur mon calvaire…
seule
sur mon Histoire
de vent,
de sable
et de folie…
et seule,
sous les dieux et les astres…
j’élève cette offre jusqu’aux cieux :
Etoiles…
vous êtes la lumière.
La Terre, une grotte ténébreuse sans lanterne
et moi, rien que du sang,
du sang,
du sang,
du sang…
L’Espagne n’a pas d’autre monnaie…
Tout le sang de l’Espagne
pour une goutte de lumière !
Tout le sang de l’Espagne… pour le Destin de
l’Homme !

Barcelone, 18 mars 1938