voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Thierry Metz – Je n’emporte rien


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Je n’emporte rien puisque tout tient dans l’intime et immense espace du regard.
Des instants de ciel sous les pas.

*
Tout ce que je pense n’a peut-être plus d’importance.

On dirait qu’il ne reste plus que les outils – que l’instrument.
Un instrument pour chercher.
Un instrument pour construire.
Mais je suis en direction de ce qu’il n’y a plus à comprendre, pour ainsi le comprendre, y laisser de l’écriture.

 

Extraits de Carnet d’Orphée, éd. Les Deux-Siciles, 2012


Sadegh Hedayat – je n’écris que pour mon ombre


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dessins          Ernest Pignon-Ernest

Je n’écris que pour mon ombre projetée par la lampe sur le mur ; il faut que je me fasse comprendre d’elle.


Benjamin Fondane – exode


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peinture  Marlene Dumas    exposée  à la biennale  de Lyon:  photo perso

 

 

 

 

                                                 C’est à vous que je parle homme des antipodes, je parle d’homme à homme, avec le peu de moi qui demeure de l’homme avec le peu de voix qui me reste au gosier mon sang est sur les routes, puisse-t-il ne pas crier vengeance !

 

L’hallali est donné, les bêtes sont traquées,

laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots

que nous eûmes en partage –

il reste peu d’intelligibles !

 

Quand une poussière entrait, ou bien un songe,

dans l’œil, cet œil pleurait un peu de sel.

Et quand une épine mauvaise égratignait ma peau,

il y coulait un sang aussi rouge que le vôtre !

Certes, tout comme vous j’étais cruel, j’avais

soif de tendresse, de puissance,

d’or, de plaisir et de douleur.

Tout comme vous j’étais méchant et angoissé

solide dans la paix, ivre dans la victoire,

et titubant, hagard, à l’heure de l’échec !

 

 

Oui, j’ai été un homme comme les autres hommes,

nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui,

j’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai haï, j’ai souffert,

j’ai acheté des fleurs et je n’ai pas toujours

payé mon terme. Le dimanche j’allais à la campagne

pêcher, sous l’œil de Dieu, des poissons irréels,

je me baignais dans la rivière

qui chantait dans les joncs et je mangeais des frites

le soir. Après, après, je rentrais me coucher

fatigué, le cœur las et plein de solitude,

plein de pitié pour moi, plein de pitié pour l’homme,

cherchant, cherchant en vain sur un ventre de femme

cette paix impossible que nous avions perdue

naguère, dans un grand verger où fleurissait

au centre, l’arbre de la vie…

 

J’ai lu comme vous tous les journaux tous les bouquins,

et je n’ai rien compris au monde

et je n’ai rien compris à l’homme,

bien qu’il me soit souvent arrivé d’affirmer

le contraire.

 

Et quand la mort, la mort est venue, peut-être ai-je prétendu savoir ce qu’elle était mais vrai, je puis vous le dire à cette heure, elle est entrée toute en mes yeux étonnés, étonnés de si peu comprendre – avez-vous mieux compris que moi ?

 

 

Et pourtant, non !

je n’étais pas un homme comme vous.

Vous n’êtes pas nés sur les routes,

personne n’a jeté à l’égout vos petits

comme des chats encore sans yeux,

vous n’avez pas erré de cité en cité

traqués par les polices,

vous n’avez pas connu les désastres à l’aube,

les wagons de bestiaux

et le sanglot amer de l’humiliation,

accusés d’un délit que vous n’avez pas fait,

d’un meurtre dont il manque encore le cadavre,

changeant de nom et de visage,

pour ne pas emporter un nom qu’on a hué

un visage qui avait servi à tout le monde

de crachoir !

 

Un jour viendra, sans doute, quand le poème lu

se trouvera devant vos yeux. Il ne demande

rien ! Oubliez-le, oubliez-le ! Ce n’est

qu’un cri, qu’on ne peut pas mettre dans un poème

parfait, avais-je donc le temps de le finir ?

Mais quand vous foulerez ce bouquet d’orties

qui avait été moi, dans un autre siècle,

en une histoire qui vous sera périmée,

souvenez-vous seulement que j’étais innocent

et que, tout comme vous, mortels de ce jour-là,

j’avais eu, moi aussi, un visage marqué

par la colère, par la pitié et la joie,

 

un visage d’homme, tout simplement.

 

(L’exode 1942)

 


Ryan Adams – J’ai juste peur d’être aimé


I don’t know

what I was thinking

I guess I just got sad

for a while

I was just afraid of being loved

and feeling good

being listened to listening

understanding

and being understood

Ryan Adams   just be understood

Je ne sais pas

ce que je pensais

Je suppose que je deviens triste

pendant un moment

J’ai juste peur d’être aimé

et de me sentir bien

d’être écouté ,écouter

comprendre

et être compris

 

Ryan Adams


Vers des mots d’une autre langue – ( RC )


 

travail de Daniella Spinat

 

Vers des mots d’une autre langue, le silence résonne,
Des mots  lui donnent suite ,comme
Happés de l’intérieur, ils restent submergés,

Et en attendant qu’ils se retournent,
Et prennent leur envol, il y a toujours un temps,
Une distance.

Elle mesure leur poids, toujours considérable,
Ce qu’il faut de temps, pour prolonger leur sens,
Et peut-être les comprendre.

RC- décembre  2013

Issu d’une parole  d’Alain Veinstein:

 »
Après un silence, un mot ne donne suite à la phrase qu’une faible part de lui-même. »


Giorgio Bassani- il faut mourir une fois au moins


L

photo: montage perso

 Le jardin des Finzi-Contini de Giorgio Bassani

 

Dans la vie, si l’on veut comprendre, comprendre vraiment ce que sont les choses de ce monde, il faut mourir une fois au moins.
Et alors, étant donné que c’est la loi, mieux vaut mourir jeune, quand on a encore beaucoup de temps devant soi pour se relever et ressusciter…