voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “confinement

Magnolias – (Susanne Derève)


John La Farge - fleur de magnolia

John Lafarge – Magnolia 

Arbres grêlés  de l’hiver qui griffez l’horizon

de vos bras nus

Les magnolias fleurissent déjà

étoiles roses     étoiles claires

et les mouettes décrivent de grandes arabesques blanches

au-dessus des toits    épousant le vent d’une aile légère

Qui voudrait  croire que c’est aujourd’hui

le printemps ?

Les rues déroulent leur ruban de silence jusqu’à la mer

et la mer elle-même est silence

Les fenêtres sont closes   la ville muette

les parcs  les jardins   déserts

scilles, jonquilles, violettes

furtivement écloses

et leur parfum vivace

enfoui dans le lit des sous-bois

Tu tentes bien d’en ranimer l’émoi

mais son souvenir te trahit

il s’évanouit et se dérobe

comme un voile trop fin

une image tremblée qui file entre les doigts

Alors, tu restes assis vainement  à rêver

de chemins creux

du vert acide des futaies

Tu voudrais éprouver encore le fourmillement

de la marche, l’élan que tu imprimais à ton pas,

le chant des cailloux sous tes pieds

tu te souviens     et tu voudrais   et tu oublies :

tu ne peux pas.

 


Politique d’un confinement – ( RC )


illustration: Olga Kazakova

illustration: Olga Kazakova

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Ces murs me retiennent  dans mes  élans  et se colorent
des années  passées à leur  côté .
Ils sont une  clôture,            à bonne  distance ,
et me protègent  des agissements  changeants de la lumière.
….  celle qui a fini par  défraîchir les parois,
A  souligner  l’emplacement des tableaux, en clair, ou celui des calendriers,
que l’on a fini par changer .

Les meubles taiseux  se sont contentés de recoins ;  
ceux  qui sont de petite taille, recouverts  de choses  déposées  ça  et là,
la plupart attendent  leur  tour.
Il faut la grande patience.
Des  lézardes  ont  fini par se montrer .
Elles  se jouent  de mon agitation, et ne craignent plus
les changements radicaux.

Ces murs m’ont tant regardé, soupesé ,
qu’ils  sont comme  des bras
Un jour,     il se peut  qu’ils se resserrent  sur moi,    se rétrécissent,
à la manière  d’habits profitant des lavages.
Le plafond se rapprochera  doucement  du sol,
et il ne restera aucun espace, aucune preuve de mon existence .

Un confinement hermétique .

 

Seul ce texte  s’en échappe.

 

RC –  janv 2015