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Passer par le mur de l’eau ( les migrants ) – ( RC )


photo: naufragés maliens sur les côtes italiennes. Provenance Maliactu.net

C’est sec, épineux, et ici on mange des pierres .

On survit comme on peut .

Et puis ceux qui ne peuvent pas,

Mangent leur désespoir.

Ils se décident alors, à franchir le mur.

Un mur différent des autres.

Pas de béton, ni de barbelés.

Il s’étend à l’horizontale,         liquide.

Tes frères ont embarqué

Dans des bateaux si lourdement chargés,

Qu’ils penchent de leur poids de misère .

La mer, puisque c’est elle,

Se termine dans les esprits, quelque part,

                     Bien au-delà de l’horizon ,

Par des pays que l’on dit riches .

C’est              ce que dit la télévision,

Le rêve est à portée de mer.

On ne sait ce qui est vrai,

( Ceux qui sont partis ne sont pas revenus ) ,

               Le rêve entretient l’illusion,

Nombreux sont les candidats,

Ils ont misé leur vie pour un voyage

        qui n’a rien d’une croisière :

Ils ont chèrement payé les passeurs

Comme en jouant à la roulette :

Faire confiance au destin,      aveugle

Sans savoir où il mène.

Les dés jetés sur le tapis bleu  :

Avec la question

          « Coulera, coulera pas ?  »

Cela ne dépend plus de toi

Le mur d’eau        reste à franchir :

C’est un espace sauvage,

Avec tous ses dangers

         La progression est lente ;

                        Elle n’en finit pas

On dit qu’il y eut de nombreux naufrages,

On dit,    (  car les morts ne parlent pas  ) ,

Mais les cris, avec le gémissement du vent,

Ou les vagues hostiles,

Qui se lancent avec fracas

Contre la frêle coque  .

           Si tu vois un jour les îles,

         Des pays étrangers,

Tu auras eu la chance, beaucoup de chance,

         – remercie les dieux –

         De voir de tes yeux

          Cette carte postale   ! –

Que tu pourrais envoyer,

     – Si tu survis,-

Une fois arrivé  ,

A ceux de ton pays natal.

Maintenant, il te faut plonger,

Nager,           nager  jusqu’à épuisement

Car          la traversée ne comprend

pas de canots pour les naufragés.

Après cette épreuve redoutable,

          Migrant, si ton corps

T’as permis d’arriver à bon port,

Te voilà sur le sable .

           Mendiant de la vie

Avec une dizaine de rescapés.

Ils ont eu comme toi la chance,

Que le hasard leur ait souri,

Touristes malgré eux, arrivés

Dans un club de vacances .

        D’autres se sont échoués,

Dans la nuit, dans ce havre.

        Mais ils sont immobiles,

Sur la plage lisse.

Ce sont des cadavres,

Que vient compter la police.

Au concert des nations,

      Le mur de la mer,

Est aussi une frontière ,

D’où suinte la misère,

Celle des pays en guerre.

Un mur des lamentations .

RC –  juin 2015

Au sujet des touristes  « malgré  eux »…on pourra  se reporter  au film de Costa-Gavras,  « Eden à l’Ouest »

ainsi  qu’à cet article tout récent relatant la juxtaposition des « vrais » touristes, aux migrants, sur l’île de Kos  ( Grèce )


Barque sur le lac ( RC )


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Quelque part sur un lac,
Les rames  se reposent…
S’est arrêtée la barque

Suspendue quelque temps
Entre ciel et eau,
Atmosphère de brume

Que ne cerne aucun repère,
Où,  même situer le matin,
N’est pas utile,

Alors que s’installe le silence,
Sur l’étendue d’eau.

Juste le reflet de la coque
Si je me penche,

Et quelques  herbes visibles
Que l’on devine

Prolonger par dessous
Leur vie aquatique.

De temps à autre, une vaguelette
Vient lécher le bord,
Fait grincer une planche ;

Un chapelet de petites  bulles,
vient  crever à la surface,

Echo peut-être d’une carpe
Dont l’ombre lasse se déplace.

Ainsi lentement le temps passe…
Ou je passe à travers lui,
Quand  doucement je dérive

Et que les  saules penchent
Leur tête par-dessus la barque
En annonçant la rive

Que j’avais oubliée
Un instant où l’immobile
Glisse vers le temps  dilué.

RC-   18  fevrier  2013


William Blake – Je suis debout au bord de la plage…


peinture: G Courbet:                bord de mer à Palavas,    Musée Fabre, Montpellier

Je suis debout au bord de la plage
Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’océan.

Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.

Quelqu’un à mon côté dit :
« Il est parti ! »
Parti ? Vers où ?
Parti de mon regard. C’est tout…

Son mât est toujours aussi haut,
Sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
Pas en lui.

Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit : « il est parti ! »
Il en est d’autres qui, le voyant poindre à l’horizon et venir vers eux,
S’exclament avec joie :
« Le voilà ! »…

C’est ça la mort.

 

William Blake.