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Bernat Manciet – dans la bruine de l’étang


Différents de ceux-là qui dans le Purgatoire s’étant reconnus
s’écartèrent et s’en allèrent tête basse
nous nous sommes étreints dans la bruine de l’Etang
qui nous inonde jusqu’aux os du charme bruissant

Car nous venons d’une brume de froid sans pareil
notre commun lignage de peine et d’ahan
ces aïeux de lande et de mer de mouette et de corbeau
qui trimèrent toussèrent et nulle grâce n’a ruisselé

par les hasards du mauvais temps par toutes les marées
par l’errance des Guerres d’Ecosse à Romagne en poussière lumineuse
ils ont déjà tressé notre destin

et de leur lointain ils nous regardent complices curieux
si nous saurons nous aimer sur les abîmes salés
et de leur dieu d’embruns sur la chevelure décoiffée

extrait de Sonnets


Léonard de Vinci – tristesse


La tristesse ressemble au corbeau qui, quand il voit ses petits naître
blancs , part dans un grand chagrin, et les abandonne avec tristesse,
lamentation, et ne les nourrit pas jusqu’à ce qu’il en voit quelques-uns
avec des plumes noires.

( extrait des notes de L de Vinci sur les oiseaux )

une autre:

Le pinson doré est un oiseau dont on raconte que, lorsqu’il est
en présence d’une personne malade,
si l’homme malade est en train de mourir, l’oiseau détourne la tête
et ne le regarde jamais; mais si l’homme malade doit être sauvé
l’oiseau ne le perd jamais de vue mais il est
la cause de sa guérison.

C’est ainsi que c’est l’amour de la vertu. Il ne regarde jamais aucune chose vile ou
élémentaire, mais plutôt s’accroche toujours à des choses pures et vertueuses et
s’installe dans un cœur noble; comme le font les oiseaux dans les bois verts
sur les branches fleuries. Et cet Amour se montre plus dans l’adversité
que dans la prospérité; comme le fait la lumière, qui brille le plus là où l’endroit
est le plus sombre.


Gustave Roud – campagne perdue


peinture: Maurice Brianchon

Sépare-toi de ton double endormi, quitte la chambre du Temps,
le seuil débouche dans une perle!

Nacre et nuit, l’espace gris et rose s’irise et tremble au seul battement de ton désir.

L’espace devient couleur de ta pensée. Tu peux choisir.
L’aube? Le ciel miroite aussitôt comme un ventre de truite.
La nuit d’août? Ce grésillement d’étoiles tout à coup sur le lac d’odeurs
où fermente le vin des roses mortes.
Décembre, si tu veux… La fontaine, sa voix d’été perdue,
coule sans mot dire sous les glaçons,
louche rappel des grelottants réveils d’adolescence.

Tu peux marcher dans l’herbe, dans la neige, cueillir une fleur,
une pomme au jeune pommier Lebel, mâcher le miel des premières violettes
en chassant d’un claquement de mains le corbeau d’octobre
noix au bec à travers l’essaim des feuilles jaunes.

Tu désires l’orage – et l’éclair fend d’un fil de feu la suie et l’argent des nues.
L’étendue n’est qu’un chatoiement du possible autour de tes mains et de tes lèvres.
Murmure pluie! et les molles flèches de l’averse ruisselleront à tes bras nus.

Ta main debout – le soleil flambe aux croupes fumantes des collines…
Tu es le maître de l’espace et le Temps n’est plus pour nous deux
qu’un présent inépuisé.

GR –Une solitude dans les saisons


Mouloudji – Cache-cache


C’est  de texte  de sa chanson….

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Vous êt’s-vous caché
Un jour de cache-cache
Sous la jupe lâche,
Quoiqu’ intimidé,
Dans l’intimité
D’une dam’ ombrelle
Aux senteurs si blêmes
Strident’s de douceur
L’avez-vous rêvé ?
Ce doux goût de peur
Couleur de péché,
Était-ce inventé ?
Sous la jupe folle,
Vous flairiez la chair
De dame prison
Ell’, dans son émoi

Ouvrait de plus belle
Ses ciseaux femelles
En prison de joie,
Vous étiez ému
Sous la chèr’ ombrelle,
Un soleil diffus
Éclairait tout bas
La tendre bastille
Vous, les yeux béats
La tête levée
Au ciel albinos,
Vous suiviez le vol
D’un corbeau velu
Entre chair et rose
Des cuisses jouflues
Et du pantalon
Comme rêve glauque.


Adonis – la plume du corbeau


Chapiteau roman: eglise d'oulchy-le-chateau-

Chapiteau roman: eglise d’oulchy-le-chateau-

LA PLUME DU CORBEAU

1.

Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons

Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin

Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux

Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir

2.

Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau

Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière

Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée

3.

Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière

4.

Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas

L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon

 

traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski

Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983


Xavier Lainé – seule ta main


peinture - gravure:  Jean-Pierre Pincemin

peinture – gravure:      Jean-Pierre Pincemin    (probablement  la Jeune fille  et la mort)

-A  retrouver aussi, le blog de Xavier Lainé: Itinéraire des poètes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, les paons ayant achevé leur roue
dans la cour du chateau pyromane
je cueillerai tes larmes sur tes joues de buées

Je dessinerai ton coeur dans la brume

Les broussailles avaleront nos pas

Un corbeau dans la plaine lancera son appel
nous tisserons les heures de toutes nos insoumissions

Nous serons libres apôtres d’un univers à construire
Nous en tisserons la toile invisible
Nos paumes se tendront au point cinétique de nos rencontres

Un rang de tic
deux rangs de tacs
nous tricoterons
mailles à l’endroit et à l’envers
une nouvelle histoire
fondue au creuset de l’avenir

Nous découvrirons une mine d’espérance
au filon où s’écoule la sève de nos coeurs battants

Epuisés d’ardeur
têtes posées à même la table
nous chercherons un vain repos

Seule ta main…

X L     – 21 mars 2010