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Un fil tendu dans le silence – ( RC )


Environnement plat,  ( à peu près  ),…
…brume,
–       peupliers.
Le tout  défile.

S’il fallait prendre la photo,
D’abord descendre la glace,
L’air humide  tout à coup engouffré,
Et le flou de mouvement.

Une vallée          paresseuse,
Bien pâle en ce novembre,
Et juste        les ailes coassantes
des corbeaux.

La voiture progresse,
mange les kilomètres,
pour un paysage         semblable
ou presque .

Une musique pulse,
C’est une chanson
à la radio
qui rape

La caisse fonce,
Du son plein la tête
Sur le ruban de la route,
luisante.   Flaques.

A la façon d’un coin
Dans l’horizontale  :
– Traversière,
Phares devant

Yeux fixés,
Droit devant,
Etrangement  étrange
– Trait bruyant        ( un fil tendu

Dans le silence . )
La plaine tolère juste
De ses champs gorgés  d’eau
Son passage  éphémère

Se refermant sur elle-même,
Lentement,
Le bruit   s’efface          comme il est venu.
Les corbeaux reprennent leur vol.

RC – sept  2015


Paul Vincensini – dans l’arbre


01 pompiers-01

Nantu à arburu

Sè tontu
Ùn micca mì
Ùn sὸ micca corba
Sὸ i me scarpi
Chè dormu calchi volta nantu à l’àrburi

 

Dans l’arbre
T’es fou
Tire pas
C’est pas des corbeaux
C’est mes souliers
Je dors parfois dans les arbres.

 

 

De ce poète corse, on peut lire  aussi cette page...

 


Camille Loty Malebranche – Van Gogh


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V G  : champ aux fleurs de maïs

Van Gogh,
Tel le champ de blé aux corbeaux,
Tu es une lande, une source dont je voudrais être l’oiseau ivre.
Et, comme le peintre excentrique, je t’offrirais volontiers mon esgourde
Pour savourer ta voix d’éther, rubis de sang,
Sève-brise de ma verdeur de Myrte multicolore,
Ta voix ! Refuge contre les loups anthropomorphes !


L’église d’ Auvers – (RC )


L’église d’Auvers           -Vincent Van Gogh

 


L’église d’Auvers, ondule,
Sous l’épaisseur d’un ciel,
Dont j’ai sondé la couleur.

L’outre-mer           est aussi profond,
Que celui      du dernier champ de blé,
Sous le coup de fouet de l’été.

Le peintre anticipe un futur
Aux chemins divergents,
Et la  mer est debout,  avec sa masse pesante.

Il n’y manque que les corbeaux,
Coassant sur la plaine…
Alors que chantent encore l’orangé des pentes,

Vers une danse de l’ombre,
Où s’éloigne une femme,
Bientôt disparue,   de la peinture.

 

RC-  Août   2014

 

 

en rapport, ce texte de Laurent Quintreau

 

Temps chaud et sec
Je fixe un arbre sans ciller
Des personnes passent comme en surimpression
Une jeune femme, une autre, un vieil homme et un enfant, deux autres femmes
Toujours l’arbre
Des voitures passent, fixer l’arbre
D’autres passants
Passe un bus
Yeux qui pleurent, tenir bon
Toujours l’arbre, bruits de klaxon
L’arbre
Arrêter, mal aux yeux
Maintenant l’église
Je fixe l’église sans ciller
Les voitures continuent de passer
Devant l’église, quelques clochards, ils se chamaillent
Je fixe l’église, mes yeux pleurent, je tiens bon comme j’ai tenu bon ces deux derniers jours pour le jeûne, je ne bats pas des paupières, toujours l’église
Ciel magnifique, lumière orangée
Des passants se découpent dans cette lumière sidérale
Toujours l’église, elle vibre au milieu de l’air
Elle se gondole comme sous l’effet d’un psychotrope puissant, et pourtant je n’ai rien pris, je n’ai même pas bu une goutte d’alcool
Où va la beauté du monde ?
Douleur, pleurs, je suis obligé de fermer les yeux
Les passants, je me décide à les fixer
Un, deux, trois, quatre, ils passent dans mon champ de vision et disparaissent
Vertige et tristesse du monde
Je fixe une grande blonde, quelle partie au juste ? Elle est déjà partie
Je fixe un couple de quinquagénaires, ils mangent une glace, déjà disparus
Je fixe un photographe qui s’est arrêté pour prendre un cliché de l’église
Je fixe son visage de dolichocéphale rasé
Je fixe
Tout à coup, son visage explose, comme s’il se confondait avec le monde extérieur
Phénomène visuel plus curieux encore, les personnes qui passent m’apparaissent comme des taches remuantes à la façon d’amibes qui se mélangent les unes aux autres
des larmes
trop de larmes
m’obligent à arrêter

(p. 308-310)

Laurent Quintreau, Mandalas (Denoël, 2009)


Seyhmus Dagtekin – Le versant obscur des corbeaux


 

 

 

LE VERSANT OBSCUR DES CORBEAUX

Ton beau tombeau
Et le regard déchiffré de cette vierge qui coule dans mes rêves
Comme si j’étais revenu de mes morts et de mes naissances
Comme si je sortais de tes bouches charnues vers ma pupille grisée dans la vue
de mes semblables
Avec cette soudaine déchirure de ma vessie jugulaire
Et ce bonheur qui transpercera mes larmes avec un orage de fin d’été

Ma voix sautille dans l’espace ténu des jours
bondit sur les joues de cette beauté éphémère qui m’hallucine
et retombe creuser le tombeau de ma chair
Je prends la vie de cet ange, je piétine, je me piétine
Mais je reste à la porte de la vie de cet ange
Son regard dans mon regard, sa bouche entrouverte à la pluie
qui traverse le ciel en lambeaux de ces enfances hachurées
Je me brûle la langue au seuil de ton cœur
Dans la douceur de l’ange sous une pluie sans ciel
Comme une profondeur de lumière dans la profondeur de ton cœur;

 

illustration  Carole  Collaudin

Seyhmus Dagtekin auteur kurde a obtenu le prix Mallarmé 2007 pour son dernier livre,

« Juste un pont sans feu », paru au Castor Astral.

 


Augusto Lunel – Chant IV


Augusto Lunel  est un poète  « rare »…  dont j’ai eu beaucoup de mal à me procurer des écrits  sur le net…

mais heureusement  j’avais  des archives   « extra net »,   dont  sont  extraits  ces  « chants »…

 

en mars 2012,  c’est  le  chant  3

—–

vitrail: Georges Braque: oiseau violet - fondation Maeght ( 06)

CHANT IV

Rivière en moi,
oiseau qui vole dans mes veines,
la voix qui ne sortait pas
restait suspendue
dans le précipice de la gorge
ou descendait tailler à couteaux le coeur.

La voix enfermée,
la voix dans la chair,
déchaînait la mer avec une larme.

Mais aujourd’hui est sortie la voix
qui coulait dans les veines,
la voix qui brûlait dans les ténèbres.

Une épée coupa le silence
et des nuages de corbeaux volèrent dans le vide.

La rauque obscurité roula par terre
et la panthère noire
qui se débattait dans mes poumons.
Foudre lente et obstinée,
soleil dans la gorge,
la voix de rocher brisé par la voix
a rompu la bête sans bouche.

peinture; John Marin - The Sea, Cape Split,- Washington, Dc

Les vagues chargées de couteaux
déversent dans l’air
des paniers de poissons.

La voix,
ce moment où le sang est transparent,
cataracte vers le haut,
fleuve qui saute le précipice,
est sortie m’emportant.

La voix poussée par des corbeaux,
poussée par des éléphants sous terre
poussée par des baleines,entre en toi jusqu’aux arbres
ou sans sortir de moi
t’entoure.

L’écho a fait crouler les murs,
le silence a brûlé dans le clocher.

Notre coeur sera bientôt notre bouche,
la voix sera vue, touchée et respirée ;

la pluie, uniquement ce que tu chantes.

Vers ta voix émigreront les hirondelles,
vers ta voix se tourneront les héliotropes.
Clair de ta voix sera l’espace,
profond de ta voix l’abîme.

Aujourd’hui c’est la vendange de l’air.

—-

en cliquant  sur le mot  clef  Augusto Lunel,  – (  lien  en bleu sous l’article )  -vous trouverez  d’autres parutions  liées  à cet auteur péruvien,  dont les  chants précédents,par exemple  le 7