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Colette – Jour de l’an


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Vides, elles l’étaient quasi, les poches et les mains de qui me venaient pourtant toutes grâces et toutes libéralités.

Mais elles accomplissaient des miracles à leur portée.

L’aube du premier janvier, rouge au ras de la neige, n’était pas née que les cent livres de pain, cuites pour les pauvres, tiédissaient la cuisine carrelée de ma maison natale, et les cent décimes de bronze sonnaient dans une corbeille.

Une livre de pain, un décime, nos pauvres d’autrefois, modestes, s’en allaient contents et me saluaient par mon nom de petite fille.

Debout, juchée sur mes sabots et grave, je distribuais le pain taillé, le gros sou ; je flairais sur mes mains l’apéritive odeur de la miche fraîche ; à la dérobée, je léchais, sur le ventre en bouclier d’un pain de douze livres, sa fleur de farine.

Fidèlement, l’odeur de pain frais accompagne, dans mon souvenir, le cri des coqs sous la barre rouge de l’aube, en plein hiver, et la variation de baguettes, jouée par le tambour de ville devant le perron, pour mon père.

Qu’il est chaud à mon coeur, encore, ce souvenir d’une fête glacée, sans autres cadeaux que quelques bonbons, des mandarines en chemises d’argent, un livre…

La veille au soir, un gâteau traditionnel, servi vers dix heures, saucé d’une brûlante sauce de rhum et d’abricot, une tasse de thé chinois, pâle et embaumé, avaient autorisé la veillée.

Feu claquant et dansant, volumes épars, soupirs de chiens endormis, rares paroles — où donc mon coeur et celui des miens puisait-il sa joie ?

Et comment le transmettre, ce bonheur sans éclats, ce bonheur à flamme sourde, à nos enfants d’aujourd’hui ?

 

 

COLETTE  « Le Voyage égoïste »  (éd. Fayard)


Marie-Hélène Montpetit – Le matin en retour


photo: Jake Reinhart

photo: Jake Reinhart

Le matin crie Heïdi dans le chalet du lit

Mon corps est un sofa
dont les coussins bayent aux corneilles

Dans la corbeille du sommeil
j’ai lavé cette nuit du linge sale de famille

Le matin en retour de labour
s’étire
à travers les sillons de ma carte du ciel

 

de (40 singes-rubis, )


Ecrits des cendres – ( RC )


image – Anselm Kiefer – livre… extrait  de  « the  books  of Anselm Kiefer »

Point d’atouts de cartes,
D’une page, les taches,
Devenue brouillon, ça fâche,
Que d’une main j’écarte

L’écriture s’ensommeille,
Point de phrases ne rattrapent,
Sur la page , le stylo dérape,
C’est direction corbeille…

Mon roman ne veut pas se terminer,
Comme on dit   »  à l’eau de rose « ,
Les chapitres se décomposent,
Dans un autodafé de cheminée…

Aux flammes, et la fumée,
Tourbillonnent les mots,
Et les paroles en trop,
Autour du foyer, allumé.

Il n’y a plus rien à prendre,
S’éparpillent, points  et virgules,
Les belles lettres  et les majuscules
Se sont réduites  en cendres.

RC –  21juin et  3 juillet 2013

( incitation: « La page et moi »  de JoBougon…)

 


Pierre Louys – chanson de Bilitys – Selenis


CHANT PASTORAL

Il faut chanter un chant pastoral, invoquer
Pan, dieu du vent d’été.  Je garde mon
troupeau et Sélenis le sien, a l’ombre ronde
d’un olivier qui tremble.

Sélenis est couchée sur le pré.  Elle se
lève et court, ou cherche des cigales, ou
cueille des fleurs avec des herbes, ou lave
son visage dans l’eau fraiche du ruisseau.

Moi, j’arrache la laine au dos blond des
moutons pour en garnir ma quenouille, et je
file.  Les heures sont lentes.  Un aigle
passe dans le ciel.

L’ombre tourne: changeons de place la corbeille
de figues et la jarre de lait.  Il faut chanter
un chant pastoral, invoquer Pan, dieu du vent d’été.

carte du ciel