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Rabindranath Tagore – Au petit matin


 
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photo       Nicolas Grandmangin

 

Au petit matin on murmura que nous allions partir en barque, toi seulement et moi,
et qu’aucune âme au monde ne saurait jamais rien de notre pèlerinage nous menant éternellement vers un autre nulle part.
Sur cet océan sans rivages, devant ton sourire attentif, silencieux, mes chants s’amplifieraient en mélodies, libres comme les vagues, libres de la servitude des mots.
Le temps n ’est-il pas venu ?                  Qu ’il y a-t-il encore à faire ?
Vois, le soir est descendu sur la plage et dans la lumière faiblissante les oiseaux de mer regagnent leurs nids.
Qui sait quand, les amarres rompues, la barque, telle la dernière lueur du couchant, s’évanouira dans la nuit ?


Dom Gabrielli – Délire au couchant


nature   sunset  99

delirium at sunset

 

 

I dig deeper

 

gravels blooded into unspoken sounds

 

still i seek the invisible tides

 

reluctant to row that bewildered boat

 

through the rapids of innocence

 

boulders of the sun’s pain
bloodclotted on my forehead
I suck at banished figs insane

 

the bruised sun sends me away
to live with extinct memory
by the cypresses in the cemetry

 

I am seated there
I have a red book and a black pen

 

I am not leaving anywhere

 

I have the grey in my sights

 

I write your naked body there

 

in bark

 

I shall declare
all the emotions of sunsets rare

 

je creuse plus profond

 

les graviers de sang incarnés en sons indicibles

 

pourtant je cherche les marées invisibles

 

réticent à guider cette barque en perdition

 

à travers les rapides de l’innocence
les pierres de la douleur du soleil
explosent sur mon front
je suce la folie de figues bannies

 

le soleil meurtri m’expulse

je vis sans mémoire

près des cyprès dans le cimetière

 

je suis assis là

j’ai un livre rouge et un stylo noir

 

je ne vais nulle part

 

j’ai le gris en ligne de mire

j’écris ton corps nu là
en écorce

je déclarerai
toutes les émotions des couchants rares

 

 Dom Gabrielli

Kiril Kadiski – le couchant dégouline sur la vitre humide


peinture  : Marsden Hartley

peinture :         Marsden Hartley

Il ne pleut plus et l’après-midi est tiède.
Les mouches s’animent après l’apathie de leur sieste.
Dehors, le couchant rouge dégouline
sur la vitre humide et elles le sucent. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?
Les arbres balancent leurs branches dans l’ombre bleue.
Derrière, les toits éclairés ressemblent
à des flammes attisées par le vent. Ton cœur brûle.
Où aller ? C’est le soir…

Errant sans but
tu épies les jeunes femmes et tu vois que chaque soupirail
les attend dans le noir et leur met des chaussettes jaunes.
Les voitures tournent
un nouveau film sur le mur du coin ; n’est-ce pas un nouveau
Fellini ? Ou bien est-ce toujours le même réalisme
absurde autour de toi… Dans l’allée obscure
un vrai pauvre est assis et comment peux-tu savoir
si son pantalon est déchiré aux genoux
ou si ce sont les pièces de ses mains alourdies…

Le ciel brille sombrement. Tu vois une époque ancienne :
porte cloutée, trouée par des flèches enflammées,
enfoncée et jetée sur le ciel.

Par là les siècles sont entrés
dans nos jours… Quelque chose de miraculeux au loin :
la lune pourpre frissonne et court à travers des nuages déchirés,
mais de ses branches sèches un peuplier l’attrape –
coquelicot déchiqueté qui flamboie
au milieu du blé par une chaleur sombre et immobile…

Silence partout. Enfin tu vas rentrer.
Pendant longtemps tu resteras éveillé, les paupières lourdes.
Dehors, le couchant dégouline sur la vitre humide. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?

Kiril Kadiski


Kiril Kadiski – Par là les siècles sont entrés dans nos jours.


 

Peinture: Emil Nolde

 

 

 

 

Par là les siècles sont entrés
dans nos jours… Quelque chose de miraculeux au loin :
la lune pourpre frissonne et court à travers des nuages déchirés,
mais de ses branches sèches un peuplier l’attrape –
coquelicot déchiqueté qui flamboie
au milieu du blé par une chaleur sombre et immobile…

Silence partout. Enfin tu vas rentrer.
Pendant longtemps tu resteras éveillé, les paupières lourdes.
Dehors, le couchant dégouline sur la vitre humide. Déjà vide,
la boule de verre qui roule à l’horizon jette ses reflets dorés.
Encore un jour de passé. Mais qui s’en est aperçu ?

Kiril Kadiski

 

peinture: aquarelle Emil Nolde