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Charles Le Quintrec – Je suis aussi nu que le feu…


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Je suis aussi nu que le feu
Que la fougère
Que la nuit où crèchent les bœufs
Nu comme un ver.
Mes mains.
Des insectes dedans.
Mes mains me brûlent.
Les oiseaux y boivent souvent
Une eau de lune.
Mains qui consacrent
Qui consolent.
Messe des mains
Qui déplacent la nuit des hommes
Jusqu’au matin.
Suis-je si seul d’être si vieux
Quel est mon crime ?
Je suis aussi nu que le feu
Que Dieu domine…

Charles LE QUINTREC                    « Stances du Verbe Amour »


Oscar Wilde – La ballade de la geôle de Reading (II)


 

Martyre des saints Côme & Damien, par Fra Angelico vers 1438-1443.

Fra Angelico – Martyre des saints Côme & Damien

 

 

 

Nous l’avons vu dans la cour, six semaines,

Dans son costume gris-poussière,

Coiffé de sa casquette de cricket,

Sa démarche semblait légère,

Mais jamais homme n’avait regardé

Si passionnément la lumière.

 

Mais jamais homme n’avait regardé,

Avec ces yeux pleins de passion,

Ce petit pan de bleu que nomment ciel

Les détenus de la prison,

Et tout nuage entraînant dans sa fuite

Les brins mêlés de sa toison.

 

II ne se tordait pas les mains, ainsi

Qu’un insensé, osant vouloir

Que l’Espérance, enfant maudit, s’élève

Dans le caveau du Désespoir :

Regarder le soleil lui suffisait

Et l’air frais du matin à boire.

 

II ne se tordait pas les mains, pas plus

Qu’il n’avait larme ni chagrin,

Il buvait l’air comme s’il contenait

Quelque remède souverain ;

À pleine bouche, il buvait le soleil

Comme s’il eût été du vin !

 

Les autres âmes en peine et moi-même,

Dans l’autre préau de la cour,

Ne savions plus si nous avions commis

Faute vénielle ou crime lourd,

Nous regardions, comme accablés, cet homme

Qui serait pendu un beau jour.

 

Le voir passer nous paraissait étrange

D’une démarche si légère

Étrange aussi de le voir regarder

Si passionnément la lumière,

Étrange enfin de penser qu’il paierait

Une dette extraordinaire.

 

***

 

Six weeks the guardsman walked the yard,

In the suit of shabby gray :

His cricket cap was on his head,

And his step seemed light and gay,

But I never saw a man who looked

So wistfully at the day.

 

I never saw a man who looked

With such a wistful eye

Upon that little tent of blue

Which prisoners call the sky,

And at every wandering cloud that trailed

Its ravelled fleeces by.

 

He did not wring his hands, as do

Those witless men who dare

To try to rear the changeling Hope

In the cave of black Despair:

He only looked upon the sun,

And drank the morning air.

 

He did not wring his hands nor weep,

Nor did he peek or pine,

But he drank the air as though it held

Some healthful anodyne;

With open mouth he drank the sun

As though it had been wine!

 

And I and all the souls in pain,

Who tramped the other ring,

Forgot if we ourselves had done

A great or little thing,

And watched with gaze of dull amaze

The man who had to swing.

 

For strange it was to see him pass

With a step so light and gay,

And strange it was to see him look

So wistfully at the day,

And strange it was to think that he

Had such a debt to pay.

 

 

La ballade de la geôle de Reading ( Extrait – II)
Le livre de poche – Classiques


En pire d’un sourire – ( RC )


Avec l’exposition « L’Ange du Bizarre », le Musée d’Orsay broie du noir pour notre plaisir

dessin: Paul Gauguin (1848-1903) Madame la Mort , 1890-1891 Fusain sur papier –

la belle aux joues lisses,
a la bouche calice,
qui brille de toutes ses dents…
Comment oublier son oeil ardent
est celle dont le regard
fait que l’on s’égare ,
que l’on tombe sous l’empire,
aiguisé de son sourire,
comme un reflet de l’ âme,
où s’affutent les lames,
sous un masque aimable,
celles d’un sabre
dans un étui de velours.
C’est toujours l’amour,
et l’éternel désir,
qui toujours attire ;
l’envie de possession,
les fruits de la passion,
à placer dans la corbeille,
aux côtés d’une bouche vermeille …
Le galbe moelleux d’une poitrine,
– mais les roses ont des épines,
l’aventure libertine
cachait ses belles canines ;
c’étaient celles d’un fauve,
sous une robe mauve :
le baiser de la mort
embrassant encorps,
juste l’instant du crime,
– ce moment ultime…
tout en jouissant
du goût du sang :
un très court avenir
confié à une vampire

RC- dec 2015


Alain Borne – Étonner l’espace


 

On avait fauché dans les fleurs hautes et les herbes une tranchée où marchèrent les enfants, vêtus de blanc, agitant les encensoirs.

Les encensoirs touchaient un coquelicot, le fanaient, puis, revenant, couraient sus à une abeille, à un bourdon, touchaient un œillet des champs, repartaient en sens inverse effleurer une tige. Tant d’odeurs se mêlaient, du sol, du foin frais, des fleurs, de l’encens, du soleil.

De loin le cortège étincelait et fumait, surhumain, floraison en marche, passagère, silencieuse.

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Un ogre aurait pu, aurait dû, égorger ces enfants, livrer leur sang exprès ; teindre la terre, étonner l’espace d’un grand crime. Pas d’ogre.

Mais un Dieu, très lent, cruel, hagard, décidé, écrasant ses vendanges, souillant ses sources, plein de sommeil et d’envie.

Il laissa fondre le cortège, sa pestilence aux aguets, bien sûr de vaincre.

 

 

Alain BORNE        « Demain la nuit sera parfaite »(éd. Rougerie)


Cristina Campo – que la poésie comme prière


photo perso-  tirage argentique  - gare  de Toulon   - 1978

photo perso- tirage argentique – gare de Toulon – 1978

 

 

 

Moi je n’ai, vraiment, que la poésie comme prière – […]

Et quand la sentirai-je assez vraie (je ne dis pas pure, mais est-ce différent ?)

pour pouvoir la déposer sur cet autel

– dont je ne vois et ne verrai peut-être jamais les marches –

comme un panier de pignes vertes, un coquillage, une grappe ?

Chaque jour je suis de plus en plus persuadée que je n’ai pas d’autre rosaire,

d’autre épée, d’autre livre, d’autre cilice que cela.

Et je ne pars pas de l’amour de Dieu

– je suis dans le noir; pourtant je voudrais faire une chose

qui pour les autres semblera née dans la lumière.

Mais je dois me purifier,

vous n’avez aucune idée de mes péchés, je veux dire de mes crimes


En savoir plus sur http://www.paperblog.fr/3455248/cristina-campo-la-perfection-de-l-ange-par-zoe-balthus/#8Au7HJqyU63RXss6.99

 


Amin Khan – Inédit Passager


photo reportage  -  auteur non identifié -  Brésil

photo reportage        – auteur non identifié        – Brésil

 

Un des textes  que  l’on peut  trouver  dans  marsa-Algérie-Littérature…

 

publié dans Algérie Littérature/ Action. N°69 – 70

 

 

Or solitude
rêvée de mon quartier
de l’ombre derrière les persiennes rouges
la cour vide des cris
au fond assise la femme à demi-nue
à la peau de son ventre laiteux
rêvé de leur vie à eux
et à l’amour et au désir indistincts
dans la distance d’aujourd’hui

Villes quittées à l’aube dans la crainte
et l’amour de Dieu
vallées de pierres froides et nues
femmes de brume dévastée
enfants seuls de la vraie solitude
ombres compagnes de l’illusion
et ce doute comme une braise
au fond de soi

C’est un soir infirme dont le bleu n’est pas d’ici
bleu turquoise sombre de l’oubli
né du désert qui brûle le jour
des rêves enfuis
c’est à celui de mon coeur qu’il retourne
avant la nuit

Sens-tu
le frisson des racines
ce tatouage en ton sein volubile
la terre de ton sang
le pelage du jour qui s’ébroue
et l’eau de tes rêves pure
et l’ombre familière naître sur le mur
de ta demeure que la nuit abandonne
aux chiens qui aboient au lointain
aux oiseaux excités à l’odeur du café
à l’odeur du pain et aussitôt
à l’appel du chemin de l’exil

Je demande pardon
dans la prière
dans le labour
pour ces crimes de silence
pour la chance
et l’amour
que je n’ai pas mérités
je demande pardon
sans espoir
car le temps est passé
et du pardon
et de l’espoir

O toi ami
de retour dans la tendresse obscure de l’exil
je te salue incarnation seul
parmi les ombres à la chair arrachée
par les crocs du piège du temps inutile

Contre les murailles rouges
l’ombre trop proche du jacaranda
la rumeur du peuple
inaudible
au bord du fleuve
de jeunes vieillards fument
retournent les pêcheurs
au coeur ouvert de la ville
où les passantes
ont le regard noir
un dernier regard
noir pour le jour fragile

Le voyage comprend la mort et la naissance
je sens le parfum du temps qui coule dans mes veines
la pâleur de ton visage est de chaque instant
je rêve de nos mains nouées dans l’asthme du matin
grâce à Dieu les heures du voyage sont précises
je range mes pensées il n’y en a aucune
mon destin est écrit d’une encre noire et brute
j’ai perdu l’usage des mots du poème
inutile et vivace blessure

Souvent je me demande ce qui se passe ici
dans le désordre de mon coeur
où les temps se mélangent
dans un langage étrange
que je ne comprends plus
alors dans cette idiotie
je me demande encore
qui je suis

Je sens que tu t’éloignes
sans un mot sans un geste
sans morgue ni soupir
sans même te souvenir
toi ombre précise parfum
condensation du vide
animal de lumière
trop sombre tentative

C’est ce que je sculpte dans l’obscur
ce travail et ce corps
que je sépare pour un temps
tel le rêve qui se dénoue
de l’illusion

O comme elle me manque
cette ville blanche et bleue
au soleil des étés
où l’amour est rêche
comme un feu amer
où les femmes ont des yeux
d’une lumière qui fait mal
et des corps pleins midis de secrets
et des voix dont les accords font vibrer
la chair comme un sabre heureux de tant de fécondité
O comme elle me manque
celle qui ne savait pas attendre
celle qui ignorait la rumeur
et insouciante et grave et tendre
se lavait après l’amour
dans la pluie
1
Luths et mandolines
O ces mains fiévreuses qui tissent étrangères
douleurs proches et la saveur lointaine
à moi seul au coeur de l’absence en feu
ici je rêve d’arcades douces et de regards sombres
par-dessus la fontaine aux pierres lisses
ocres vertes roses et bleues de cette ombre
qui vient seule de tes yeux
notes mesquines
elles se consument du désir de ta voix
sur la peau blanche de l’instant silencieux

Ce que tu tiens et refuses
au seuil turquoise des escales
entre la lumière et l’ombre
des chambres vides et nues
où personne ne compte plus
la lenteur du voyage
de ceux qui n’ont plus
de visage ni de nom
sache que cela
et cela seulement
est ce qui me revient du partage

J’aime la chair de ce pays
où les chemins ne s’ouvrent qu’à peine
j’aime les oliviers tenaces sentinelles
et soudain l’aveu de la pluie
sur la poussière âcre des orangers
j’aime contre le ciel
les murailles épaisses roses parfumées
qui retiennent le temps précieux
j’aime les yeux noirs des femmes
sans âge à l’instant
où ils se ferment sur le deuil silencieux

Je redoute le voyage
cette lumière à peine rouge
rose du désir de la terre inconnue
je ressens le passage
brutal d’un état à un autre
cette corde de chanvre à mon corps nu
je revois le paysage
ces maisons en flammes parmi les oliviers
et la trace de tes pas et leurs bruits
je reconnais cette image
de l’amour dans la lenteur de la nuit
mais ton visage je ne m’en souviens plus

Pères morts terres calcinées
tu caresses la mâchoire du temps enragé
il y a un cercle de rouille et d’ocre
sur le mur de la maison abandonnée
des perles de sueur à ton front
dans ton regard une lueur comme de feu
peau contre peau sang mêlé
O comme j’aime ton ventre de mère
et ta langue acérée
et nos dents vives dans la morsure
et cette peine à la longue exprimée

O cette douleur étrange
qui me fait mourir sans rien
celle-là qui me désire
est encore si loin

C’était si bon de marcher dans les ruines
dans le bruit à peine des oliviers
et l’odeur de la mer
et prendre ta main pour la première fois
à toi fille de Cléopâtre Séléné
et d’un homme d’ici
c’était si bon de marcher dans le soir
parmi les pierres et les broussailles
un de ces soirs-là avant l’exil

O toi
sois douce à connaître
pour celui qui vient à toi
avec ce coeur qui brûle

O comme elle me manque
cette femme de cette race qui retient
dans les peines du silence
face au mur de pierres chaudes
où l’ombre ne tient pas
elle a tissé de ses mains
la couverture de ce sang-là
à l’heure du danger elle m’a parlé
des morceaux de soleil atroce
dans le corps de sa voix
elle m’a aussi laissé partir
dans le manque de mon pas
elle m’a aimé elle de cet amour-là

Je roulais un matin vers le petit aéroport de Bône
un de ces matins clairs où il fait un peu chaud
et la poussière est douce
où les enfants poussent des carrioles et crient
des mots détachés de cet air de triomphe
calme comme s’ils étaient des prophètes
la tête contre la vitre comme si j’étais mort
en passant sous la basilique j’ai entendu ta voix
chaude et claire et incompréhensible
qui faisait son passage
dans l’espace je crois de mon rêve endormi

O sang de l’esprit
je te bois à la source de la souffrance
comme l’animal obscur nourri
de la sève de fleurs éblouies
comme le coeur vieilli
du pêcheur près de sa barque
O amour comme
n’importe quel homme en sursis

O ma faiblesse
rivière profonde et calme
cours savant des anciennes larmes
O lumière de mon sang
O tendre douleur
O substance de mes heures

Elles ont sculpté le vent du voyage
et tracé des signes au soleil
elles ont reçu la pluie du naufrage
et baigné dans le parfum de l’exil
elles ont tenu des promesses sans âge
et fouillé le silence des entrailles
elles ont aimé l’être de passage
et ont pour lui la douceur du deuil

Je pense bien à toi
homme sans chemin
coeur douloureux
on a bien quelques images de toi
des rapports de police
quelques coupures de journaux
des photos circonstancielles
mais c’est difficile de trouver mon vieux
dans le fouillis de la mémoire
le fil de ton existence
alors que veux-tu
on n’y peut rien
salut ami
adieu

O saints fugitifs
O soldats misérables
j’ai ramassé le sable de vos pas
et les feuilles d’un carnet jauni
où il y avait une écriture fine
et des traces de larmes

Par quel miracle finira l’exil
quelle main étrange prendra ta main
quelle voix obscure te dira le chemin
quelle douleur encore faudra-t-il

O toi qui m’abandonnes
la seringue du vide à mon bras
l’encre du regard à mes doigts
les larmes de l’ignorance à mes yeux
et en moi le parfum de toi délicieux
il n’y a rien
rien dans cette vie que je veux

Je t’ai longtemps attendue
le coeur silencieux
des heures longues sous les arcades
qui retiennent ceux
qui aussi rêvaient de partir
je t’ai longtemps aimée
le coeur sombre
des jours et de longues nuits
sans connaître la fin
de la douleur de partir

Qui va calmer la rumeur de ta rue
qui va passer en silence la porte en fer bleue
qui va secouer de sa main l’ombre du chèvrefeuille
qui va m’éteindre le feu de tes gestes
qui va lécher la sueur de ta peau comme le soleil
qui va me faire oublier l’odeur de ton lit
où nous avons dormi si peu

O comme j’aime la fleur hystérique de ton âme
cette immensité libre et stérile où meurt le soleil
cette plaine tant pillée à la poussière si douce
où les naseaux frémissent et les passions s’éteignent
elle m’emprisonne toujours lente et tyrannique
et donne à respirer jusqu’au fond de l’ivresse
sa peau brûlante et sa sueur salée
profonde chair de l’illusion aux longues lueurs pleines
qui me retient jusqu’à l’instant qui précède l’instant

C’est lorsque je te surprends
prompte dans l’ombre
genoux de faiblesse
oeil de miel sombre
lèvres de tendresse
que je touche ma récompense
ce ciel noir soyeux immense
où seuls le vertige et la vérité
dansent

Donne-moi l’abri
où le temps se meurt
et la lumière neuve
d’après tes pluies
et le son de ta voix
le vent dans les branches
de l’amandier gris
qui rêve dans l’absence

O cheval perdu
dans la plaine du désir
O âme sombre
à l’heure de partir

O comme j’aime ton ventre
lourd et tes seins de feu
et cette cicatrice profonde
au-dessus de tes yeux
et ces mains qui dédaignent
ces matins lumineux
O Alger pleine de l’ardeur
du désir silencieux

Je ne sais pas ce que tu fais de ta vie
dans ce jour infini où la lumière n’a aucune réponse
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où la peur augmente et le désir luit
je ne sais pas si tu sais qui je suis
avec ces armes à mon coté endormies
et ce rêve obscur qui me hante encore dans la nuit

On est seul dans la défaite
seul dans la fuite éperdue
seul dans la courbure du soleil
seul dans la douleur
seul dans les pas
du chemin perdu

Le temps te prend
la vérité te fore
la beauté t’épuise
et chacun te laisse
à l’autre dévastée

Tous mes mots
ils ne veulent rien dire
ils ne sont que des larmes
que je peux retenir

Je hais cette langue
qui n’est pas mienne
et je suis dans son jeu
égaré
je dis le désir et la peine
avec ses mots
elle a fait de moi
un bègue
un poète absurde
un dériveur un étranger

C’est une trace
de sang noirci
la trace
d’un seul instant
la trace d’un homme
qui s’en est allé
loin d’ici

C’est là que je pense à toi
quand le ciel soudain s’obscurcit
et qu’elle lève les yeux vers lui
c’est là que je pense à toi
O toi aux yeux pleins de larmes
d’une autre vie

O figure obscure
force du minerai en sangs
matière même de ce rêve
et de sa douleur sans trêve
parfois vêtue de ce drap
de turquoise et d’ocre
parfois présente
dans la lumière nue
invisible dans la peine
muette dans le travail
du désir absolu
O toi vers qui je vais
où es-tu ?

Toi qui pardonnes
les existences gâchées
j’accepte de tout coeur
que tu ne puisses pardonner
j’ai perdu j’ai perdu
ce que tu m’as donné

Salut à toi
homme parmi les autres
ombre parmi les ombres
avec le sang de ton âme infecté
passant dans la foule
marin dans la houle
brindille dans l’incendie
de la vaste plaine du pays dévasté

Salut à toi
ami au coeur pur
en cette heure si près
de la déchirure
j’ai trop peu d’espoir
pour ce qui advient
et je me souviens
qu’à l’instant où le coeur s’alarme
il faut déjà partir
salut à toi seul
dans cette lumière
qui maintient mon dos contre le mur

J’ai connu l’amour d’abord
l’amour et le danger
et puis la solitude
alors j’ai désiré
la mort pour la quiétude
du coeur tourmenté
j’ignorais le chemin
encore à faire
avec ma douleur d’étranger

Il n’y a pas de place pour toi ici
avec tes pur-sang
tes femmes de haut lignage
tes empires désertiques
où l’horizon et l’armoise
s’unissent pour l’ivresse
pas de place pour tes crimes
tes couteaux initiatiques
les soupirs de tes victimes
tes rançons disparates
et la fièvre du soir
lorsque la lune descend

O douceur de la porte fermée
sur la chambre nue
de la prophétie
O douce douleur des signes
qui reprennent leurs sens
O douleur du coeur abandonné
dans le labeur féroce
de l’oubli

C’est un jour de défaite
un jour comme les autres
un jour d’exil
dans la foule des jours exilés
un jour qui meurt dans la même courbure
que les autres jours
un jour maudit
en bloc
avec les autres jours
un jour banal
plein
de clémence et d’amour
Cette chienne de terreur
qui mordille la chair de mon coeur

elle a le poil humide et l’oeil jaune
et ce feu du désir en elle
qui nous consume dans la haine
du sang partagé

Je suis à cette heure de ma vie
où la mort je voudrais qu’elle soit mienne
elle parmi les belles de la tribu obscure
qu’elle me choisisse et vienne
et pose sa main sur mon épaule éclairée
par un peu de cette lumière humaine

O cher amour
mon seul espoir
est que ton coeur se souvienne

Amin K

On peut aussi trouver certains  de ses poèmes  dans  « la pierre et le sel »


Jean Daive – Le monde est maintenant visible .


photo perso, Burkina Faso,  environs  de Bobo Dioulasso

photo perso, Burkina Faso, environs de Bobo Dioulasso

 

 
Le monde est maintenant visible
entre mers et montagnes.

Je marche entre les transparences
parmi les années
les fantômes
et le matricule de chacun.

Les pierres
les herbes sont enchantées.

Tout se couvre
jusqu’au néant
de pétroglyphes.

Je compte les mâts
penchés près du rivage.

À perte de vue, la prairie des cormorans
car chaque maison est un navire
qui se balance.

Plutôt le crime ou plutôt
la mort des amants ou
plutôt l’inceste du frère
et de la sœur ou ―

je prends le temps
de manger une orange.

Dans ces moitiés d’assiettes et
autres fragments trouvés
avec pierres taillées, dessinées ou peintes
masse de cailloux, graviers avec sable
mesurent un site
une ville que j’explore
avec l’énergie d’un oiseau.
.

Jean Daive, L’Énonciateur des extrêmes, Nous, 2012, pp. 39-40.

 


Pierre La Paix Ndamè – il est des regrets debout ou assis…


il est des regrets debout ou assis…

par Pierre La Paix Ndamè, vendredi 18 novembre 2011, 21:15 ·

peinture: Aboudia: peinture de la guerre civile ivoirienne.

le vide est loin

de la vie en rut

quand on brise le néant

par le sacre du crime

quand on fuit le ciel

par la porte d’à côté…

voici que la peur s’absente

aux murs remplis de vies

russes… que les souris

complices du pécu nié

cliquent à souhait…

mais le cri amer de la nuit

qui jette sur les toîts troués

du malheur

les versets maudits de la foi

ne s’entendra plus sous la dune…

il est des regrets debout

ou assis… qui nous guettent au passage

en oubliant parfois le bonjour abject

sur les lèvres de poussière

que la faim assèche mal…

nous tremblerons sous les seismes

fictifs des égoïsmes libéraux

abandonnés au froid des jours

et des nuits…

à cause de notre… Barraque

infidèle à la cheminée qui l’incendie…

mais que faire?

tant qu’elle S’Arque Aux I..dées de l’autre…?

mauvaise Polie Tic…

 


James Baldwin – interrogations de Stagger Lee 4 (début)


James Baldwin, conu pour ses positions très affirmées  sur le sort des minorités noires, a publié une  série de poèmes, dont  les « interrogations de Stagger Lee », dont  voici un extrait

 

Enfants de la cupidité, héritiers du pillage,
ils touchent à la fin de leur voyage ‘.
c’est surprenant qu’ils y touchent sans s’étonner,
comme s’ils étaient eux-mêmes devenus
cette terre brûlée et profanée,
le buffle abattu, les tribus massacrées,
à l’infini la plaine vierge gorgée de sang,
la famine, le silence, le regard des enfants,
le meurtre maquillé en délivrance, aguichant
l’oeil démocratique,
et bouches de la vérité et de l’angoisse bâillonnée
l’ivresse du viol dans le parfum du magnolia,
le fruit de leurs entrailles haché menu,
hé ! fils et neveux noirauds, nièces cuivrées,
et la noire queue de Tom tranchée
pour froufrouter sous la crinoline,
pour pendre, le plus lourd des bijoux de famille,
entre les seins crayeux et rosés
de la femme du Grand Homme,
ou pour être cousue a la ceinture
de la chienne créole ou de la. nièce tel
un bout de satin noir et brillant,
lorgnant, lorgnant comme l’unique ceil de Dieu .’
l’espèce brûle de recréer un temps
où nous étions capables de reconnaître un crime.

———————–

Les Inrocks publiant cet article, dont  voici la fin: dans  « soul et litterature »

Stagger Lee, ce mauvais garçon emblématique qui travaille souterrainement toute la culture noire américaine.

Noir, obsédé sexuel, violent, arrogant, hors-la-loi, Iceberg Slim/Stagger Lee incarne tout ce que la grande culture noire de l’époque exhibe, avec une fierté ostentatoire, en une sorte d’antipropagande militante : d’Iceberg Slim à Miles Davis, de Sly Stone à Ishmael Reed, tous les grands artistes noirs de cette époque sont les bâtards flamboyants du satanique Stagger Lee. Leur art violemment expressif, subversivement ironique, dénude et transcende tout ce que la société américaine ne veut pas voir : l’image inversée de ses valeurs ­ son portrait dans la glace, réel et terriblement fascinant.

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A  re-penser  au moment où on s’interroge  sur les  causes  du génocide au Rwanda…

 

ou de  façon beaucoup plus proche, sur la Côte d’Ivoire,   voir  l’article  de Telérama

 

photo de reportage: boucherie improvisée...