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Blaise Cendrars – Squaw- Wigwam


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photo Edward Curtis

Quand on a franchi la porte vermoulue
faite de planches
arrachées à des caisses d’emballage
et à laquelle des morceaux de cuir servent de gonds
On se trouve dans une salle basse
Enfumée
Odeur de poisson pourri

Relents de graisse rance avec affectation.

Panoplies barbares

Couronnes de plumes d’aigle
colliers de dents de puma ou de griffes d’ours

Arcs flèches tomahawks
Mocassins
Bracelets de graines et de verroteries
On voit encore

Des couteaux à scalper
une ou deux carabines d’ancien modèle
un pistolet
à pierre ,des bois d’élan et de renne
et toute une collection de petits sacs brodés
pour mettre le tabac
Plus trois calumets très anciens
formés d’une pierre tendre
emmanchée d’un roseau.

Eternellement penchée sur le foyer
La centenaire propriétaire de cet établissement

se conserve comme un jambon
et s’enfume et se couenne et se boucane
comme sa pipe centenaire et

le noir de sa bouche et le trou noir de son œil.

 

Blaise CENDRARS « Far-West » in « La Revue européenne », 1924

 

 


Joseph Brodsky – un fantôme avait vécu ici


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J’ai jeté mes bras autour de ces épaules, regardant
Ce qui a émergé derrière ce dos,
Et vis une chaise poussée légèrement en avant,
Se fondant maintenant avec le mur illumimé.
La lampe semblait trop éblouissante pour montrer
à leur avantage le mobilier défectueux ,
Et c’est pourquoi un canapé en cuir marron
Brillait d’une sorte de jaune dans un coin.
La table avait l’air nue, le parquet brillant,
Le poêle assez sombre, et dans un cadre poussiéreux
Un paysage n’a pas bougé. Seul le buffet
M’a semblé avoir quelque animation.
Mais une mite tourna autour de la pièce,
m’arrêtant du regard
Et si, à un moment donné, un fantôme avait vécu ici,
Il était parti, abandonnant cette maison.

  • titre original:  mes bras autour de ces épaules

( tentative de traduction,: RC )

 

I threw my arms about those shoulders, glancing
at what emerged behind that back,
and saw a chair pushed slightly forward,
merging now with the lighted wall.
The lamp glared too bright to show
the shabby furniture to some advantage,
and that is why sofa of brown leather
shone a sort of yellow in a corner.
The table looked bare, the parquet glossy,
the stove quite dark, and in a dusty frame
a landscape did not stir. Only the sideboard
seemed to me to have some animation.
But a moth flitted round the room,
causing my arrested glance to shift;
and if at any time a ghost had lived here,
he now was gone, abandoning this house.

Joseph Brodsky


Véronique Bizot… mon couronnement 02


Ben Vautier.       Peinture murale  Paris

Passé quatre-vingts ans, la rue paraît différente lorsqu’on a quelqu’un avec soi, les gens qui viennent en face ne se précipitent pas sur vous comme s’ils comptaient vous éliminer de la surface de la terre, ils ralentissent puis s’écartent, et parfois même vous accordent un regard.

Mon fils, dans son harnachement de cuir, avec ce manteau qui lui battait les flancs, n’y était sans doute pas pour rien – aussi bien a-t-il quelque chose d’attirant, ai-je pensé en lui coulant un regard de biais, sans parvenir à me faire une opinion -ou était-ce l’assortiment contradictoire que nous formions. Toujours est-il qu’il m’a semblé que j’avançais avec plus d’assurance,  bien qu’un pas en entraînant un autre, nous sommes arrivés place de la Madeleine sans que j’aie pratiquement fait usage de ma canne ni ressenti le plus petit essoufflement. 4 000 m² dédiés à l’homme, ai-je pu lire, puis je me suis retrouvé sur un escalator.

La suite m’échappe qui s’est perdue dans des détails d’encolures et de boutonnières agités par deux jeunes vendeurs apparemment très au fait de leur métier, et, pour finir, la fameuse question des souliers, sur laquelle, malgré leurs mines navrées, je suis resté intraitable.

Mon fils a insisté pour m’offrir tout l’attirail, et lorsqu’on nous a remis ce grand paquet, j’ai pensé qu’il ne contenait rien d’autre que mon ultime achat vestimentaire, ce qu’il savait aussi bien que moi, de sorte que l’épisode prenant tout à coup un tour inutilement solennel, nous avons traîné un petit moment du côté des accessoires, examinant une chose et l’autre, après quoi nous avons repris l’escalator.

Dans la rue, et alors que nous attendions à un passage piéton, j’ai demandé à mon fils où il vivait maintenant. J’ai ainsi appris qu’il avait racheté notre ancienne maison de Picardie, un corps de ferme en plein champ dans lequel sa mère s’est suicidée et que j’ai vendu du jour au lendemain, deux choses qu’il ne m’a pas pardonnées.

 

avec ce  deuxième extrait  que  je publie ici,    voir  aussi  l’article sur un autre ouvrage  de cette  auteure   » un avenir »

(  et du même coup visiter  le blog  très  documenté de  « ritournelle » )