voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “cuirasse

Luis Cernuda – Je dirai la naissance


photo:  montage perso   avril 2012

photo: montage perso avril 2012

Je dirai la naissance

Je dirai la naissance des plaisirs interdits,

Comme un désir qui naît sur des tours d’épouvante,

Barreaux menaçants, fiel décoloré,

Nuit pétrifiée sous la force des poings,

Devant vous tous, même le plus rebelle,

Qui ne s’épanouir que dans la vie sans murs.

Cuirasse impénétrable, lances ou poignards,

Tout peut servir à déformer un corps ;

Ton désir est de boire à ces feuilles lascives,

Ou dormir dans cette eau caressante.

Qu’importe;

On l’a proclamé : ton esprit est impur.

La pureté, qu’importe, les dons que le destin a portés jusqu’au ciel, de ses mains immortelles ;

Qu’importe la Jeunesse, un rêve plutôt qu’un homme,

Au sourire aussi noble, plage de soie dans le déchaînement

Ces plaisirs interdits, ces planètes terrestres ,

Membres de marbre à la saveur d’été,

Suc des éponges abandonnées par la mer,

Fleurs de métal,    sonores comme la poitrine d’un homme.

Solitudes hautaines,    couronnes renversées,

Libertés mémorables manteau de jeunesses;

Qui insulte ces fruits, ténèbres sur la langue.

Est aussi vil qu’un roi, ou qu’une ombre de roi

Qui se traînerait aux pieds de la terre

Pour ne quémander qu’un lambeau de vie.

Il ignorait les limites dictées.

Limites de métal ou de papier,

Car le hasard lui fit ouvrir les yeux sous un jour si intense

Que n’atteignent pas des réalités vides,

D’immondes lois, des codes, des rues de paysages en ruines,

et si l’on tend alors la main,

On se heurte à des montagnes d’interdits.

Des bois impénétrables qui disent non,

Une mer qui dévore des adolescents rebelles.

Mais si l’opprobre et la mort , la colère et l’outrage ,

Ces dents avides qui attendent leur proie,

Menacent de déchaîner leurs torrents,

Vous autres, en revanche, mes plaisirs interdits,

Orgueil d’airain, ou blasphème qui ne renverse rien,

Vous offrez dans vos mains le mystère.

Un goût qui n’est souillé par nulle amertume,

Un ciel, un ciel chargé d’éclairs dévastateurs.

A bas. statues anonymes,

Ombre de l’ombre, misère, préceptes de brume

Une étincelle de ces plaisirs

Brille en cette heure vengeresse.

Son éclat peut détruire votre monde.

——

extrait de   » Plaisirs interdits »


La mer, que l’on voit danser ( RC )


peinture :        Georgia O’Keefe

La mer, que l’on voit danser

Et se jeter sur les rochers, encore

Et encore, comme des chiens voraces

Sur ce qu’il reste de terre

A dissoudre et avaler, en taisant le temps

Qui s’étire, à faire des demains,

Les ressacs violacés

De profondeurs de nacre,

Les chevelures d’algues affolées

Au milieu de l’écume.

Le sable fauve,           participe à ce destin..

Et on ne sait, s’il appartient encore

A la terre, ou au liquide

Ou l’écume du temps,       portée des courants

Et des vents, jaloux des éléments ;

Il se tisse en cordons blonds,

S’accroche en dunes,                aux reliefs,

Reliant ,                                 le temps d’une marée,

Les   cachant,  

                  Au gré de ses sanglots,

Tout un monde,               …. loin de la surface.

Ce large,                             – si large

….. Qu’embrassent les courants

A l’écart des légèretés d’atmosphères

Où même la lumière se fait                 discrète,

Au sein                        de l’épaisseur secrète

Que parcourent rarement les hommes,

Cuirassés              de combinaisons et scaphandriers

Où évoluent des bancs de poissons           chatoyants

Aux détours de plages et rochers, ………  posés là

Sur le fond,    –    …..et les épaves aussi,

             – Sentinelles inutiles d’une autre époque.

RC         23 avril 2013