voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “cuivre

Florence Noël – branche d’acacia brassée par le vent ( 1 )


Premier mouvement : Presto

branches  floues bougé.jpg

et si nous revenions, tu sais, le cuivre des saisons, le parfum blanc l’égarement, si nous revenions à cette source où le jour coule sans discontinuer
et si tu me prenais la main, le premier seuil à dépasser comme un jardin qu’on nomme,
et qu’ainsi on habille et qui s’étonne d’un pied – nous foulons la houle herbeuse
et si nous disions ce mot, éparpillé dans nos silences, rassemblé de ma lèvre, ange, de la mienne pure parce que la tienne, ce souffle encore y œuvrerait
et si nous nous laissions aux berges, main ballante dans l’air levé, si nous nous lisions aux rives, battant l’eau échappée des vapeurs

suffoqués sous les vœux givrés des aubes
encore venir tout de désir
lourds dans la lèvre unique
d’un matin retenir le pelage et sa texture stridulée par le souffle
prodigue et tant penche mon visage qu’il lape

je sais l’enjambée dessus ce pont – profilent ces arbres mères ceinturés de secret – là choit l’enfance et ses sommeils – tu sais ma volte dans leur branches
je sais le précipité de ta silhouette, sa course projetée sur les tessons de pierres, leur vibration de petites ombres, ton corps en avant et tu reçois la première brassée – hoquet brut, poitrine hachurée
je sais le feutre des murmures – ininterrompre laisser fuir – et mon oreille pour les récoltes, tapisserie de lourds dais, nous nous voyions par paravent – vole une feuille colle à ta joue

hurlé au tendre des côtes
la plainte plus tôt forera l’air
en son milieu
par mes poumons orgues à pétrir
cent fois sur le métier pétrir
et de nos blessures
fourrager l’évidence


Ivan V. Lalic -Lieux que nous aimons


photographe non identifié

photographe non identifié

Les lieux aimés n’existent que par nous,

L’espace détruit n’est qu’apparence dans le temps durable,
Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner,
Les lieux aimés ensemble, ensemble, ensemble.
Et cette chambre est-elle chambre ou caresse,
Et qu’y a-t-il sous la fenêtre : la rue ou les années ?
Et la fenêtre n’est-elle que l’empreinte de la première pluie
Que nous avons comprise, et qui sans cesse se répète ?
Et ce mur n’est-il pas la limite de la chambre, mais peut-être
de la nuit
Où le fils vint dans ton sang endormi,

Le fils comme un papillon de feu dans la chambre de tes miroirs,
La nuit où tu eus peur de ta lumière.

Et cette porte donne sur n’importe quel après-midi

Qui lui servit, à jamais peuplé
de tes simples mouvements, lorsque tu entrais

Dans ma seule mémoire, comme le feu dans le cuivre;

Quand tu es absente, derrière toi l’espace se referme comme l’eau ;

Ne te retourne pas : il n’est rien en dehors de toi,
L’espace n’est que temps visible d’autre manière;

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner.


Ivan V. LALIC
« Temps, feu, jardins »      (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973)


Grand accord ( RC )


untitled1-05Peinture : John Haro  ( qui,  dans ses toiles  évoque  souvent la musique)

 

Si tu joues la peinture,

Où la musique a son poids de corps

Et le cor, son poids de mots

Stridence des trompettes

Soutenu par le cuivre

Qu’enlace d’ombre

Le velouté de l’orchestre

Alors l’ocre, en crépuscule des bois

Flûtes et clarinettes

S’entoure de notes grises

Bientôt bues par le pourpre

Envahi de carmin

S’étendant aux confins du rouge

Sur le corps peint de la toile,

En grand accord majeur.

RC – 7 avril 2013

( une  série  des peintures de John Haro, sont visibles  avec ce lien)


If you play the painting,

Where the music has its own body weight

And the horn, its own weight of words

Shrillness of trumpets

Sustained by the copper

Embraced by shadows

The velvet of the orchestra

Then ocher, in twilight woods

Flutes and clarinets

Surrounded by gray marks

Soon consumed by the purple

Invaded with carmine

Extending the borders of the red

On the canvas’ painted body ,

In great major chord.


Un miroir refuse de répondre ( RC )


 

Les  sorcières  de Macbeth, en effet
Se posent des questions
En ne voyant plus, de la lune, le reflet
A l’intérieur du chaudron.

Ce sont dans les vieilles  casseroles
Qu’on fait les meilleures  soupes
Mais ce n’est plus très drôle
Quelle que soit la taille  de la croupe

De ces dames, qui s’activent,
Incantations  et recettes
En préparation corrosive
Qui nous laisse stupéfaite…

Et le bouillon, qui tangue
Dans son récipient  de cuivre
Mêlé de cheveux et de langues,
De son fumet va poursuivre,

Sa matière épaisse et visqueuse,
Mais confisquer la lumière
Déchirure pouilleuse
Des mondes temporaires

Une planète noire
S’est échappée des reflets
D’habituelles trajectoires
D’un coup de balai

Comme les bassins des Tuileries
Décrits par Proust, comme des yeux
Vides de regard,          où aucun ciel ne rit
Et un absurde jet d’eau, jaillissant d’un creux.

La fresque des frasques du temps
Va soudain se dissoudre
En un combat de géants
Et territoire des foudres.

Le miroir refuse de répondre
Et de renvoyer les  rayons
Comme dans l’épaisse brume de Londres
L’emprisonnant d’un bâillon .

C’est sans doute qu’il n’y a  rien à voir
Qu’une suite gigogne, emboîte
Ne pouvant percer le brouillard
Ni les volumes, recouverts  d’ouate.

RC  – 3 février 2013


Ile Eniger – Pas d’indice


La gravité des terres désertiques inscrit dans son histoire, des recommencements sans souvenir. Pas de sens, pas de bout, pas de côté ni de visage. Seule, traversant le temps et les marécages, l’inhumaine étendue couchée aux planches des sols. Dans les replis, la présence immobile des heures marque les pleins et déliés des routes ordinaires. Le regard se meurt avant d’atteindre l’horizon. Pas de message pas d’indice, un souffle lourd et lent. Le cuivre grumeleux garde au creux de l’inhospitalière condition, la marque du fer, le poids des hommes. Des labours ligneux et obstinés invitent au parjure d’une humanité de pacotille. L’âge, de force vive, dessoude l’amertume. Il reste des grains âpres à sucer dans la solitude et la sueur.

Ile Eniger – Les Terres Rouges – Éditions Cosmophonies


Ivan V. Lalic – Lieux que nous aimons


peinture: Chardin: cruche, verre et eau 1760

 

 

Lieux que nous aimons

Les lieux aimés n’existent que par nous,

 

L’espace détruit n’est qu’apparence dans le temps durable,

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner,

Les lieux aimés ensemble, ensemble, ensemble.

Et cette chambre est-elle chambre ou caresse,

Et qu’y a-t-il sous la fenêtre : la rue ou les années ?

Et la fenêtre n’est-elle que l’empreinte de la première pluie

Que nous avons comprise, et qui sans cesse se répète ?

installation: E Kienholz 1964 l'anniversaire

 

Et ce mur n’est-il pas la limite de la chambre, mais peut-être de la nuit

Où le fils vint dans ton sang endormi,

Le fils comme un papillon de feu dans la chambre de tes  miroirs,

La nuit où tu eus peur de ta lumière.

Et cette porte donne sur n’importe quel après-midi

Qui lui servit, à jamais peuplé

de tes simples mouvements, lorsque tu entrais

Dans ma seule mémoire, comme le feu dans le cuivre;

Quand tu es absente, derrière toi l’espace se referme comme l’eau ;

Ne te retourne pas : il n’est rien en dehors de toi,
L’espace n’est que temps visible d’autre manière;

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner.

 

Ivan V. LALIC   « Temps, feu, jardins »  (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973)

photo perso 2004 - Languedoc