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Patrick Aspe – Les rires sont des oiseaux de passage


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Les rires sont des oiseaux de passage
la mémoire une éponge
la nuit une dissidente
tangue la vie des fuites lentes
mascarades sans limites
comme un filin d’acier au dessus du vide
je revois l’olivier des allées
la maison rose sous les cyprès
les grands peupliers jaunes d’octobre
précipice sans fond
sabordage des illusions
danse macabre aux sons des tamtams
le cri vient du ventre friable et déchiqueté
attirances des bleus voilés d’or sur la mer qui balance
la forêt d’endort aux silences des pins
chagrin parfumé d’oranges
imaginons cette vague sur le sable doré
lancinante passion des mains qui passent sur ton dos l’huile frémissante
la colline des horizons
sables mouvants de l’enfance
mon chevalier foudroyé d’ignorance
dragon frissonnant de flammes
la lune échappe aux brouillards
élève toi élève toi vers les neiges des cimes mon cœur brisé
l’azur pur tourmente l’épée qui s’agite …


Erri De Luca – Arbres en lecture


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peinture : Henri le Sidaner

 

Nous apprenons les alphabets et nous ne savons pas lire les arbres.

Les chênes sont des romans, les pins des grammaires, les vignes sont des psaumes,

les plantes grimpantes des proverbes, les sapins sont des plaidoiries, les cyprès des accusations,

le romarin est une chanson, le laurier une prophétie.

In « Trois chevaux »


Xavier Grall – Solo


 

 

 

Chapelle  Méné  Bré   520.jpg

 

photo perso  . Le Méné-Bré   2011

 

Seigneur me voici c’est moi
Je viens de petite Bretagne
Mon havresac est lourd de rimes
De chagrins et de larmes
J’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
Ce fut ma foi un long voyage
Trouvère
J’ai marché par les villes
Et les bourgades
François Villon
Dormait dans une auberge
A Montfaucon
Dans les Ardennes des corbeaux
Et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
Les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
Dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
De Bretagne suis
Ma maison est à Botzulan
Mes enfants mon épouse y résident
Mon chien mes deux cyprès
Y ont demeurance
M’accorderez-vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris
J’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
J’ai marché
Les grands chemins chantaient dans les chapelles
Les saints dansaient dans les prairies
Parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie J’ai marché
J’ai marché sur des terres bleues
Et pèlerines
J’ai croisé les albatros
Et les grives
Mais je ne saurais dire
Jusques aux cieux
L’exaltation des oiseaux
Tant mes mots dérivent
Et tant je suis malheureux
Seigneur me voici c’est moi
Je viens à vous malade et nu
J’ai fermé tout livre
Et tout poème
Afin que ne surgisse
De mon esprit …./

 

( début du long poème  « Solo »…  ed Calligrammes )


Gaspar Jaén i Urban – A l’amour actuel


Fontainebleau  chateau   escal  b                                                   photo perso … tirage argentique   1988

A l’amour actuel

De Del temps present /Du livre Du temps présent (Edicions Bromera, Alzira)

à J.V.P.

Je voudrais tant que tu sois tous ceux
Pour qui j’ai écrit une fois un poème,
Avoir vu avec toi des villes du Nord de l’Italie,
Des hivers, des automnes de l’Europe centrale,
Et lors des nuits rougies au feu, d’aube et de jasmin,
Avoir traversé avec toi d’anciennes routes
De palmes près de la mer,
D’oranges et de cyprès sur les lèvres.

Je voudrais tant que ce présent que tu es,
Plaisant et aimable aujourd’hui,
Vienne de très loin,
De ces années sans toi qui nous laissaient sur la peau
Des nuits d’écume et des étoiles,
Un perpétuel désir qui ne cessait jamais,
Une première jeunesse qui n’était pas consciente
D’être elle-même.

Mais je sais combien est inutile le désir qui m’habite
Dans cette nuit de pluie et de printemps
Qui fuira comme les autres.
D’autres amours étaient là, avant toi,
Et ont occupé la place que nous occupons maintenant,
Ainsi que nos pensées, nos bras,
Et notre bref présent.
Nous le savons sans le dire.
Nous n’avons besoin ni de faits ni de témoins.

Com voldria que fosses tots aquells
pels qui alguna vegada he escrit algun poema,
haver mirat amb tu ciutats del nord d’Itàlia,
hiverns, tardors a l’Europa central,
i, en nits de foc roent, d’albada i gessamí,
haver creuat amb tu antigues carreteres
amb palmes vora mar,
taronges i xiprers a frec de llavis.

Com voldria que el present que tu ets,
plaent i amable ara,
vingués de molt lluny,
d’uns altres anys sens tu que a la pell ens deixaven
nits d’escuma i estels,
un perpetu desig que no finia mai,
una joventut primera que no era conscient
de ser ella mateixa.

Mes sé com és d’inútil el desig que m’habita
en una nit de pluja i primavera
que haurà de passar com totes.
Altres amors t’han precedit
i han ocupat el lloc que ocupem ara nosaltres,
els nostres pensaments, els nostres braços,
el nostre breu present.
Ho sabem sense dir-ho.
No cal tenir dades ni testimonis.


Tout gravite sur l’immobile – ( RC )


www.lamontagne.fr - A la Une - AIGUEPERSE (63260) - François Lassere révolutionne l’art funéraire en proposant de personnaliser son cercueil:

voir  article de « la montagne »

—-

Chaque ville  a ses particularités..
Là,        tout  gravite  sur l’immobile,
Derrière des rubans noirs et argentés,
Un échantillonnage  complet d’urnes en file.

Ambiance propice à la concurrence  entre deuils,
Chacun vante la qualité des cercueils,
juxtaposés sur les  rayonnages,
quelquefois empilés, faute de place à l’étalage.

Leur confort capitonné,       – bien tentant
Le choix des étoffes, allant du cru :
– des couleurs intenses pour ceux qui ont vécu ..
(-  plus tendres pour les enfants)…

Et la place de s’y glisser,
sans être à l’étroit…
L’ergonomie étudiée:
Le tout doit être         de choix  :

Angles  subtilement vernis ;
Des bois veinés, les meilleurs
Des poignées aux  formes arrondies …
Un look confié aux meilleurs  designers…

Certaines de ces boîtes allongées,
possèdent une  fenêtre arrondie,telle
qu’au verre biseauté,
l’écho de la lueur des chandelles…

On peut y voir à travers
le visage du défunt ;        vérifier sa présence
C’est            un dernier témoin d’existence
avant qu’il n’occupe son dernier univers :

Un sombre caveau, bien ordonné
encadré  d’allées  gravillonnées,
et au dessus duquel prolifèrent
couronnes , bouquets et objets divers…:

Les plaques aux regrets sincères,
des signes affirmés d’appartenance religieuse
–   ( cocher la version pieuse ) …
>       Les boules de verre

où une rose en plastique
est maintenue prisonnière,
et brille sur la pierre,
à la gravure emphatique.

Ou bien  ( selon les deniers ) ,
marquant la dernière volonté,
le granite luisant,  où se reflètent,
des cyprès,     les  crètes…

Les boutiques rivalisant  d’ingéniosité,
Proposent aussi    des produits recyclés,
( ayant accompagné  d’autres vies )
–   avec un souci affiché  d’écologie   –

Les cercueils les plus innovants,
comportent toutes options pouvant,
joindre la fantaisie et l’imaginable
un peu comme les  voitures  ( climatisables) :

Les dispositifs  d’aération
– télécommandés -,( mais sur option )
Le diffuseur « parfum subtil »;
Les roulettes  rétractiles,

Les suspensions hydrauliques,
Le profil aérodynamique,
Avec parfois des tiroirs,
Pour les petits objets de la mémoire…

On peut y glisser des voeux,
Ou des piécettes, facilitant,
c’est  sûr, le passage élégant
vers un au-delà heureux…

Toute  métempsychose souhaitée,
Peut  faire l’objet d’une médaille  animalière,
Que l’on dispose sur la bière,
dans un emplacement réservé ,

généralement  sur un côté vertical…
C’est  dire  que l’on n’oublie aucun détail,
chacun exerçant ses prières,
– et réservant son suaire…

Le décès est vécu comme une promesse,
Et on quitte la vie  avec allégresse ;
et puis … pour ces  circonstances;
On ne regarde pas à la dépense.

La mort ainsi mise en scène,
En vaut toujours la peine:
pour ces actions souterraines,
c’est pour l’éternité ( quand même ! )…

On ne va pas se faire prier
Pour se faire enterrer…
quel est votre avis ?
( ça n’arrive  qu’une  fois  dans sa vie !  )

–    enfin justement  quand  elle n’est plus là   –
ce que l’on nomme le trépas
après une  durée assassine…
ce qu’il faut pour alimenter les racines

et laisser le temps,
faire que les petits enfants,
n’aient plus  qu’en tête,
de devenir un jour squelette…

( se rappelant un jour les ancêtres,
dont l’âme flottante,      peut-être ,
veille  sur  le petit  quadrilatère,
de location,           au cimetière ).


RC

(  si ça  vous inspire )…  

je n’ai pas  dit  vous expire, notez bien…


Aria – ( Comme un air d’Italie ) – ( RC )


peinture: B Gozzoli – détail-

 

 

 

C’est en franchissant les portes  des jardins,
que la vue se porte, sur les collines.
Elles se dandinent, dans une  robe chamarrée  d’ors.

On y trouve  des villages  à mi-pente
Où les maisons  s’épaulent  de leurs lignes.
Les cyprès forment une  couronne, sur les lignes  de crète.
Ce serait une  lumière, comme  celle que peint Botticielli ;

La transparence diaphane  de l’air, et le vent léger soulève les voiles de la Vénus,
La caresse du regard enchante même les parterres  de fleurs .
Les mains  se tendent  et les  bras  s’arquent en chorégraphie.

Les cloches  se répondent  de vallée en vallée .
La terre ne serait pas  comme on la voit ailleurs : blonde ou brune,
Nourrie à la tiédeur  solaire,

Presque  nourriture  à son tour ,
Elle en a le parfum, et son pesant de couleur
Qu’on retrouve  dans la robe des vins ,
Alignées dans les trattoria.

Les linges sont oriflammes en travers des rues ;
On a l’impression d’entrer de plain pied dans un tableau …
La langue italienne  est une porte ouverte  sur  sa  chanson.

Napoli ,Italy

photo Robert Schrader

photo:              Edmondo Senatore – atmosphère toscane

RC –  mai 2015

 


Philippe Delaveau – Voyage intérieur


peinture: Alain Sicard

 

 

 

VOYAGE INTERIEUR

La pièce qui me sert de bureau : une cabine
d’un bateau improbable sur les eaux des collines
pour affronter les rigueurs du poème et ses décisions :
il s’approche insuffisamment de la côte et nous escaladons
ensemble les enchantements du rêve. Ses caprices.
Vagues et vents : nous respirons à pleins poumons.

Pas de barre où installer mes mains. Ni d’instruments pour la navigation.
Une table. Un stylo. L’ordinateur comme un radar. Des mouettes
au-dessus, qui se moquent ! jamais plus. Jamais trop. Jamais
encore. Et nous allons au gré de l’aventure.
Les cyprès de la haie mendient de leurs mains. L’herbe
connaît la folie des boussoles sous les pylônes.
Tout tremble comme une salle à qui l’on joue la comédie.
Au juste que joue-t-on ?

Pourtant la journée lumineuse : à cette heure, froid bleu,
ciel blanc. Le soleil sur la piste s’apprête
à décoller cahin cahan. Même on entend gronder le réacteur
de la lumière. Tout l’Est est glorieux jusqu’aux lointains méandres
comme un matin de Pâques.

© – Philippe Delaveau –


Toscane l’étrusque ( RC )


sculpture;  art étrusque

sculpture;        art étrusque

Della Francesca couvre des panneaux,
Des     scènes de  sa foi,
Légende de la Vraie Croix
Dans la ville  d’Arezzo,

Mouvements croisés     de chevaux,
Ces peintures qu’on dit primitives
Multiplient les perspectives,
Sous  étendards      et drapeaux.

Le jour court, puis se fane,
Les        ombres des cyprès dessinent
Des pinceaux allongés sur les collines,
Et vallons de Toscane,

Qui portent jusque
Aux statues     blanchâtres
De    translucide  albâtre
Du pays étrusque

Mythologie      et divinités,
Les années entassées,
Restent les témoins du passé,
Emergeant de l’obscurité

Défile au dessus des murs,
Tout ce qui parle d’heures grises
Le soir.        Il enveloppe Assise
De sa robe  d’azur.

 

…Que l’on évoque    Volterra,
Ou d’autres cités anciennes,
La nuit  s’empare de Sienne
Dans   ses habits d’apparat…

– Le soleil,      en son vol d’or,
Verse      sa coupe de volupté,
A l’horizontale de l’été,
Et joue les  sémaphores,

Derrière les créneaux,

De San Giminiano

 

Peinture:          Fresque de Piero Della Francesca: légende la Vraie Croix – bataille entre Heraclus & Khosro           XVè siècle —  église  d’Arezzo

RC – 25 juillet 2013


Enrico Testa – des temps concordants


peinture  John Singer Sargent - les gros rochers  du Simplon

peinture            John Singer Sargent –      les gros rochers du Simplon     aquarelle

dans des temps concordants, l’été,
bien qu’en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.

Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d’autre :
la déception de l’origine

elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.

Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu’à l’anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s’ouvre face à la mer.

Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t’appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur

sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.

Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)

-Enrico Testa, comme   un certain nombre de poètes italiens  intéressants  –  et méconnus –  peut  être retrouvé  sur le blog d’une  « autre »poésie  Italienne…


Maryline Desbiolles – la rue du cimetière


 

peinture: Andy Pankhurst

 

 

 

 

je prends la rue du cimetière
pour ce seul pan de mur avec les cyprès qui dépassent
ce seul mur de seules pierres blanches
qui troue les immeubles de sa lumières horizontale

la ville à nouveau
s’est élargie on respire
juste quelques plaques de neige très grise la neige m’a laissée sans
voix
je parle pourtant de ce que je vois mais mieux sans doute de ce que
je vois tous les jours comme si à force
de m’y cogner je creusais
en moi-même  au lieu de n’être qu’éblouie

j’arrive pas j’arrive
pas à m’arrêter vais dans tous les sens galope suis pressée galope
me  laissant entraîner comme une pierre par son propre poids et
même
peut-être redoutant de m’arrêter
redoutant
de ne plus traverser le vide seulement traverser le vide
mais de le recevoir tout d’un coup
en entier sur la figure

Je ferme les yeux le plus profond possible je n’ai pas moins d’agitation simplement
elle est plus au fond elle me fait presque
mal ainsi resserrée
en boule sous la cendre
je lave du linge à l’eau froide ça me remet du frais à l’âme

MARYLINE  DESBIOLLES

extrait de la revue ENTAILLES n°22