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Louis Aragon – Les roses de Noël


Chanac    résine de cimetiere    -12- .JPG

photo perso – Chanac

 

 

LES ROSES DE NOËL (extrait)

Quand nous étions le verre qu’on renverse
Dans l’averse un cerisier défleuri
Le pain rompu la terre sous la herse
Ou les noyés qui traversent Paris

Quand nous étions l’herbe ]aune qu’on foule
Le blé qu’on pille et le volet qui bat
Le chant tari le sanglot dans la foule
Quand nous étions le cheval qui tomba

Quand nous étions des étrangers en France
Des mendiants sur nos propres chemins
Quand nous tendions aux spectres d’espérance
La nudité honteuse de nos mains

Alors alors ceux-là qui se levèrent
Fût-ce un instant fût-ce aussitôt frappés
En plein hiver furent nos primevères
Et leur regard eut l’éclair d’une épée

Noël Noël ces aurores furtives
Vous ont rendu hommes de peu de foi
Le grand amour qui vaut qu’on meure et vive
À l’avenir qui rénove autrefois

Oserez-vous ce que leur Décembre ose
Mes beaux printemps d’au-delà du danger
Rappelez-vous ce lourd parfum des roses
Quand luit l’étoile au-dessus des bergers

Louis ARAGON          « La Diane française »(éd. Seghers)


Marie Hurtrel – Parole recluse


sculpture: tombe du cimetière de Vérone

Pourtant, tu avais un écho, et le silence baignait seulement une note plus bleue que le soleil des anciens décembres.

Sous la neige sans consistance où l’hiver s’était perdu… à jamais perdu. Il poussait des fleurs.

Quand de raison qui déraisonne, les notes se sont mises à tomber d’un ciel déchu, c’est comme si ce soleil s’était éteint.

S’est-il éteint…

S’éteint-il…

L’obscurité marque son armure[1] et la portée[2] tremble.

Quand les mots manquaient de lettres, dans l’avant et l’été attendu, les rêves buvaient la tasse d’encre, et se noyaient les pupilles du doute dans leur inconsistance.

Pourquoi ces jours brisés boivent-ils maintenant le plomb et la parole recluse scelle-t-elle nos tombes…

Pourquoi l’intransigeance du voyage ferme-t-elle la bouche sur un pardon exclu, une larme tue, et l’été qui s’en va avant la saison…

Faut-il au sang d’égorger les hirondelles pour parer de peines la porte déjà trop lourde des cimetières ?

© Marie Hurtrel

 

 

[1] Armure : en musique, altérations réunies à la clef

[2] Portée : les cinq lignes permettant de représenter les hauteurs des notes