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Personnages – ( RC )


Anna Malina    anim perso  livre  PERSONNAGE.gif

animation: Anna Malina

Ici, le récit prend une autre tournure:
il y a des êtres qui prennent consistance,
quand les pages se tournent .
L’auteur sait faire s’agiter
les lignes imprimées,
et, au fil des chapitres,
les personnages apparaissent.

Ils commencent à vivre, répondent aux situations.
Leur caractère se dessine,
se précise,
et on ne serait pas surpris de les reconnaître,
si un film s’emparait du scénario.
Ils seraient animés  » pour de vrai »,
mais nous seraient déjà familiers .

Nous les avons déjà rencontrés.
            Ils dessinent leur contour flou
            à l’intérieur même du livre
et peut-être ne demandent-ils
qu’à en sortir.
                                         Le font-ils ?
                  et à l’insu de l’auteur ?

Il est difficile de le savoir,
car, s’ils le font,
c’est quand nous dormons,
et ils s’emparent de nos rêves
pour les transformer à leur guise.
                         C’est pour cela qu’à notre réveil
l’oubli passant au-dessus,  nous ne remarquons rien.

Je me rappelle toutefois,
qu’un jour des personnages
que l’on croyait fictifs,
soumis au rang modeste
de créatures de papier
ont réellement demandé à être reçus
par l’auteur les ayant négligés.

C’étaient des gens bien ordinaires,
certes au profil un peu plat
( pouvant rentrer sans dommage dans les livres),
mais qui étaient parvenus à grignoter ceux-ci
de l’intérieur…
survivant , en se nourrissant du récit même
                  qui n’avait pas trouvé de conclusion.

Bien entendu, c’est une affaire qui a fait grand bruit,
et un dramaturge assez connu
a exploité ce fait divers
pour prétendre leur trouver un autre auteur,
et, par là même les intégrer dans sa pièce
( une pièce qui était toujours en construction…
–    ou plutôt qu’il n’arrivait pas à terminer )…

On peut imaginer le décor classique d’une pièce
de théâtre de boulevard:             un buffet,
      un canapé,           une bibliothèque
une table            où l’on a disposé des assiettes,
                                              et surtout des portes
où les comédiens peuvent passer selon les scènes
de côté cour à jardin ( et inversement ).

Ce qu’on sait moins,
c’est qu’une fois nos personnages
« concrétisés » pour jouer leur propre rôle
dans la pièce –    qui n’était pas encore faite  –
n’ont pas tardé à se trouver
dans la même situation
que celle du livre           dont ils étaient sortis.

                     A la première:
beaucoup de monde voulut assister ,
cette représentation des « six personnages en quête d’auteur »
                ( on allait enfin savoir le fin mot de l’histoire ! ).
Au lever de rideau on ne s’attendait tout de même pas
à ce que le décor soit entièrement grignoté
par les personnages.

Eux-même avaient disparu
                          dans un grand trou
qu’ils sont arrivés à creuser dans le plateau.
                   On ne les a jamais retrouvés.
Peut-être hantent-ils les rues,
les gares ou les ministères
ou sont-ils aller habiter jusque dans nos esprits ?

RC – nov 2019


Sommeil de la déraison – ( RC )


cesar-biojo---alejandra_1.jpg

Du sommeil de la déraison,
des rêves chavirent ,
fruits de la passion …

                           Faut-il s’appesantir ,
                           sur l’aube du réveil
ou laisser le miroir décider à sa place ?

Prolonge indéfiniment le sommeil      ,
si ton image s’extrait de la glace ,
sans que tu t’en rendes compte ,
et qu’avec ton corps ,
                                       tu affrontes
         d’autres volutes, et un décor ,
        qui partage celui de mes rêves .

Ils sont toujours en partance ,
et parfois la brume se soulève
assez pour qu’ils s’élancent
                             à travers le miroir,
        ( il suffit, pour cela, d’y croire )

RC – sept  2018


Juste une hypothèse sur l’existence des choses – ( RC )


Matisse  fenêtre noire      .jpgpeinture: H Matisse

 

J’ai crû que c’était le matin.
J’ai regardé ma montre.
Il est plus de 9 heures .
La météo n’en a rien dit
( on ne l’aurait pas crue ).
Ou bien ce serait un saut dans le temps .
            La nuit s’en engouffrée dans le jour
a profité d’une brèche :
J’ai ouvert la fenêtre.
L’éclipse du temps s’est étendue
pendant la nuit,
et se prolonge 
jusqu’à l’immobilité des choses.

        Je distingue à peine les murs d’en face.
Le béton,     les cheminées,       d’autres fenêtres.
Elles portent un voile de deuil.
Aucune lumière.
Les lotissements sont bien là,           obscurs.
Les immeubles ne présentent que des surfaces,
plantés au sol comme des esquisses de décor.
A peine plus noirs       que le fond d’encre.
Les rues où rien ne circule.
          Tout a été happé par le silence.
A la façon d’un Malevitch
qui aurait peint du noir sur du noir.

        C’est bien le matin,
d’après l’heure   ,
mais peut-on l’appeler encore comme ça ?
        Le jour s’est perdu quelque part,
happé par l’infini,
–       que sais-je ?
A moins que j’aie seulement rêvé:
un rêve de lumière,       caressant les choses,
                                     la pensée d’un astre,
( juste une hypothèse sur
l’existence des choses ),
que rien ne viendrait confirmer .


RC – mai 2018


le spectre visible de la lumière – ( RC )


https://i0.wp.com/www.willtenneyphotos.com/Sundry/Resources/StairShadow.jpg

 

photo: Will Tenney

 

Bien sûr, nous respirons le jour
comme nous buvons l’eau .
La lumière s’est extraite de la nuit,
( ainsi         une fleur éclose ) .
             Le noir n’en est plus un,
et garde simplement    une présence,
             ramassé derrière les objets:
            prêt à tout envahir
lorsque le soleil clignote,
ou s’étouffe sous le tissu des nuées.

          Notre astre est seul et sans pensées,
sans concurrence immédiate,
il peut en prendre à ses aises
et nous faire transpirer,
s’il est suffisamment haut
        d’autant plus proche
de la verticale de l’horizon,
fait se tourner les ombres
qui semblent le fuir,
– comme si elles le craignaient…

        Les cadrans peuvent donner l’heure,
car on sait, ( sauf persistance des brumes ),
que les rendez-vous avec lui sont ponctuels:
sa trajectoire varie peu.
Les ombres vont donc dans le même sens.
        Elles ne réfléchissent pas,
– contrairement aux eaux –
elles concentrent un peu d’obscur,
déportent ailleurs la forme des objets
auxquels elles sont attachées.

        Il y en a même qui ont appris,
– dans leur fuite –
à descendre les escaliers,
mais il est rare quelles aillent très loin :
       C’est qu’elles ont peur de se perdre
et de se dissoudre dans d’autres formes,
ou dans l’indéfini.
      Elles restent légères,
encore davantage que la cendre ;
malgré leur opacité, et à jamais insaisissables.

C’est comme l’envers d’un décor :
le spectre visible de la lumière,
qu’on ne peut pas annuler .

 

RC-  sept 2017

 


Gilles Vigneault – Paysage


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photo DL Ennis

 

La lune a posé sur la plaine
L’argent d’un verglas sans pareil
À rappeler la porcelaine
D’une mer où dort le soleil.

Ah! Que la neige était plus belle
Aux saisons dont je cherche encor
La mystérieuse escabelle
Qui manque au coeur de ce décor

Pour que le jeu se recommence
Avec le splendide attirail
Du pays à la neige immense
Où la fenêtre était vitrail.

Ah! Que la neige était plus blanche
Et plus mélancolique aussi
Sa calme et paisible avalanche
D’un ciel au jour mal obscurci…

La lune a posé sur ma peine
L’éclat de son calme glacé.
Mon enfance ne fut pas vaine.
Voici déjà demain passé…

Gilles Vigneault


Papiers-pleins , pensées plates – ( RC )


 

 

 

 

Il y avait sur le mur,
Plein d’ailes portées par le papier.
Oiseaux  et papillons se multipliant
Identiques …  – papiers pleins
–  Conséquence d’anciennes générations,
Jungle de           gestations d’encre.

Ils ont même voulu,
De l’épaisseur plate de leurs pensées
Sauter le pas,       jusqu’au plafond
–        ( ce ciel leur tendait l’espace )
Et camoufler innocemment,
Tout ce qui faisait obstacle .

Mais il est difficile  d’aller
Jusque dans les  recoins.
L’ombre ne souhaitant pas trahir ses meubles .
L’idéal aurait été que tout fut       plat,
Et même notre corps ,
Notre cerveau, se mettant à penser plat :

( optimisation d’espace ) .
L’illusion serait parfaite
Nous allons peupler un décor,
Et l’être   aussi .
Voilà donc ,              cette pensée plate :

Livrée , prête à encoller…
….  Lés alignés  ,   de  décors des corps  .

 

RC – nov 2014

 


Histoire, as tu encore un royaume ? – ( RC )


Louis Philippe en poire –     caricature de Daumier

Histoire, as tu encore un royaume ?

Je ne me souviens plus des dates,

Des héros des gravures des manuels,

Clovis, Courtisanes en crinoline, Louis-Philippe en poire…

…   Est-ce grave ?

L’oubli tricote l’effacage de la mémoire,

On ne retient souvent que les mariages princiers,

Les heures de prestige – trompettes sonnantes,

Fêtes somptueuses et feux d’artifices,

Galerie des glaces et parquets cirés, – au château,

Les enfilades de pièces,

Inhabitées, ne sont plus que décor,

Un vernis où une peau d’apparence,

Ne soutient que l’absence,

Comme ces bois dévorés de termites.

Tout est brouillé,

Offert à la béance des jours.

Et le vide,

D’un bleu , aspirant la distance,

M’observe dans l’obscurité.

Pendant que les eaux lasses,

Continuent leur course sous les ponts.

…. Il passa ainsi dans la Seine,

pourtant si familière aux touristes

Tant de cadavres…

Et l’histoire se répète ,

De la Saint-Barthélémy

A l’octobre noir des Algériens…

Comme justement l’eau se renouvelle,

Et passe                      en silence,

> La vertu des faits d’armes,

Porte , incrustée,        son revers de doutes,

De lâchetés,

Passées                   sous le filtre du silence.

Histoire, as tu encore un royaume ?

RC- 4 octobre 2013


Opéra de silence ( RC )


photo:             François Berthon –         Macbeth              Opéra de Tours

https://ecritscrisdotcom.files.wordpress.com/2013/09/f8436-le2broi2bet2bla2breine2b3.jpg

Comme une scène désertée,

Où résonne encore ,

Sang du silence retombé,

Une voix cantatrice,

Chute un ruban rouge,

Depuis l’espace insondé des cintres,

Le sable blanc se dépose,

Sur le plancher gris,

Lentes strates,

Poussées de vaguelettes,

L’opéra s’achève face à la mer,

Les voiles écarlates,

Disparues derrière l’horizon,

La lune est l’unique projecteur,

Elle flirte sur l’écume,

Et le lourd rideau de velours,

Fermant le décor,

– Côté jardin.

RC – 10 septembre 2013


La Dame de Shanghaï ( RC )


( évidemment en rapport avec le film du même nom,  d’Orson Welles )

Tu as vu comme elle danse ?
Et avec        quelle élégance !

Elle, ou elles             – sont plusieurs
Semblables  comme  des soeurs

Les demoiselles  d’un soir
…                 Multipliées par les miroirs

Attraction foraine,  passer à la trappe
Magasin d’accessoires, farces  et attrapes ..

Le jeu des silhouettes,
–                        Le doigt sur la gâchette,

Trois coups  de revolver
–                          Et ma tête à l’envers

Que je retrouve dans les glaces            en miettes,
C’est une  drôle de fête

Et ça fait quoi comme effet
De combattre les reflets ?

On ne sait plus trop ce qui bouge
Derrière le rideau rouge

–                      La Dame de Shanghaï
Vient d’ passer la muraille, ….

En robe de soirée .
Ca va encore foirer  !

Cà n’me dit rien qui vaille
Toute cette pagaille

Ce jeu des illusions
Qui fait la confusion

—         « Nothing else?
Mister Welles ?  »

Je n’ai plus de cartouches,
c’est bientôt moi, la mouche !

Je vais bien me payer une balle,
Et tout ça          pour que dalle!

C’est vraiment pas de chance !
Pan !  PAN ! PAN !  Et puis  condoléances…

Le canon de l’arme qui pète,
N’a pas besoin d’interprète…

Claquement sec dans l’atmosphère
Et la fin des p’tites affaires !

A foncer dans l’ décor
C’était tenter le sort,

Immobilisé
Dans le verre brisé

Rira qui voudra
Tourne la caméra  !

Tu veux un autographe ?
Sur ma tombe, un épitaphe…

Une galette, quelque chose à boire ?
———Transformé en passoire

Trois coups de revolver
Quand  tout va de travers ….

La passion , la course du désespoir,
C’est   comme dans les films noirs …

Regardez, cet acteur qui déconne  !!
—-     Paraît qu’ y a eu maldonne,

Erreur sur la personne …
Encore un coup d’Orson…

RC  –  15 décembre 2012