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Bernat Manciet – Je tiens dans les doigts ces quelques grains encore


Red-figured lekythos  depicting Paris and Helen attributed to the Painter of the Frankfort acorn  Gr 481973724.jpgvase grec lekythos Pâris & Hélène

 

XVIII
Je tiens dans les doigts ces quelques grains encore

et de mon pouce naît ce psaume
rare éclaircie de ma journée
mon été tient dans cette paume

je les regarde sans étonnement
et sans plaisir et sans raisonnement
sans nul regret :

ils sont ce qu’ils sont la nuit arrive sérieuse et calme

pourtant je te les donne
pour l’amour du jeune malade
qui m’a guéri d’être un homme accompli

et qui ressemble tellement à ton sommeil
pour le dédain qu’au soir tombant je porte
et pour la honte aussi d’avoir aimé


Moins que des natures mortes – ( RC )


peinture: portrait W L von Nassau

peinture:              Michiel van Mierevelt,        portrait de W L   von Nassau-Dillenburg

Un jour,     – que je m’aventurais
A visiter les salles des musées,
Suivant les galeries des portraits,
Les enfilades de parquets cirés,

Princes et généraux,
Ducs et cardinaux,
Chacun en habits d’époque,
Qui                     de sa toque,

Qui       de son manteau de renard,
Ou                        de son pourpoint,
Toisant l’assistance d’un regard,
Pour la postérité – avec dédain…

Pourtant        l’histoire oscille,
Au rythme des années,
….       Ce sont des objets futiles,
Que l’on a conservés.

C’est une                         triste cohorte,
Figée derrière son vernis
Ce sont moins que des natures mortes,
Leur vie s’est évanouie…

… – Et recroquevillée…
Ils ne représentent plus rien,
Ils ont été oubliés,
( on a perdu le lien )

Un peu comme ces papillons,
Du musée d’histoire naturelle,
Faisant partie de la collection,
– couleurs ,        élégance des ailes      –

Epinglés sur leur support ,
Avec dessous un nom latin ,
Ce n’est que celui d’un mort…
En habits de satin   .

Les natures mortes, elles,
 » Still living » , in english,
D’où la lumière ruisselle,
Associent aux fruits, une fraîche miche.

Au bal des coquilles vides,
Les musées fourmillent,
De portraits insipides,
De vieilles familles,

Il fallait          orner les demeures,
Attester de l’origine,              de la lignée,
La comtesse          et sa belle-soeur,
Leurs descendants,                 tous alignés,

Sous les perruques poudrées …
Le peintre ayant posé une lumière,
Subtilement             cendrée …
Maintenant avalée par la poussière.

portraits au château de Bussy-Rabutin

Ces familles    satisfaites ,
A l’attitude altière,
En habits             de fête,
Ruban             à la boutonnière

Chapeaux de plume    , ou armures…
–     Les couches de peinture jaunie,
Enfermées        sous cadres et dorures,
Sont maintenant ternies.

Des symboles de pouvoir,
Ces objets désuets,
Ne sauraient nous émouvoir….

– Ils sont maintenant muets   .

RC – février 2014

peinture: Willem Claesz    1648

peinture:        Willem Claesz                    1648


Max Jacob – A un filleul de quinze ans


aquarelle perso,  d'après Egon Schiele, portr  d'Erich Lederer,  Bâle  musée  d'Art

aquarelle perso,       d’après Egon Schiele,           portr d’Erich Lederer,          Bâle musée d’Art  – mars 2013

 

 

A UN FILLEUL DE QUINZE ANS.

Tu réprouves ce que je dis,
Tu parais écoeuré de moi,
Tu salues (ô torticolis) !
Et tu souris (ô quel empois)!

Tu méprises un vieux citharède
dans une enjambée de tes pneus.
Le dédain ce n’est pas une aide :
Comprendre c’est aimer un peu.

Tu te crois un très beau jeune homme,
et plus encore intelligent!
tous les romans que tu consommes
moisis, pivotent dans ton sang.

Si c’était blesser que tu souhaites…
mais non!! tu es doux et poli..
vrai Dieu, je te mettrais en boîte
et ficelé comme un colis.

Jean, ta ressemblance m’angoisse
avec mes quinze ans de jadis.
Songe à de futures disgrâces :
J’en suis le miroir aujourd’hui.

 

MAX JACOB. »derniers poèmes »