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Edith de Cornulier – lovers are gone: les amants sont partis


image : machine volante réalisée sur les plans des dessins de Leonard de Vinci

Lovers are gone

Les amants sont partis, par la porte arrière. Il n’y a plus ni deltaplanes ni montgolfières dans leur ciel si fier. Il n’y a plus que l’océan bleu et ses vagues de nuages au-dessus de notre ville sans chef et sans bagages.

Les amants sont partis sans emmener les enfants. Ceux-ci sont assis dans les écoles, sur les bancs. Seuls au monde et seuls à souffrir sans le savoir, ils existent encore, sans mots, sans jeux, dans leur doux brouillard.

Les amants sont partis sans prévenir personne. Les cuisines laissées en plan exhalent les casseroles qui frissonnent. Plus rien n’a lieu aux alentours. Si l’amour est une trahison, la ville a mis ses beaux atours pour subir le vide et l’abandon.

Les amants sont partis hier avant midi. Ils ont assassiné leurs époux et n’ont rien dit aux enfants. Enfuis sur des machines volantes, ils ne reviendront plus. Je reste mère adoptive, ange gardien, soeur nourricière, du peuple des enfants perdus.

Edith de CL


Edith de Cornulier – Deltaplane


le rêve  d’Icare

-…

Deltaplane

à Siobhan H.

Ne plus jamais poser mes deux pieds sur la terre.
Ni herbe, ni béton, je veux mourir dans l’air.
Rêver, voler, nager dans le nuage bleu
Et les nuages blancs – enfin vous dire adieu.

Dans le champ de foin jaune à côté de la route,
Ma splendide auto rouge halète au soleil d’août.
Je me sens me confondre avec mon deltaplane :
J’ai des ailes et des larmes et je plane et je plane.

Ne plus jamais revoir l’humain artificiel.
Ne plus vous revenir, être un oiseau décent
Et au bout du voyage, expirer dans le ciel,
Une aile déchirée, le cœur-moteur en sang.

Pauvres tristes oiseaux qu’on a mis dans les cages !
Victimes de l’atroce et vil esprit humain !
Moi, j’ai pu m’échapper pour faire un long voyage ;
L’engin volant tiendra jusqu’au petit matin.

Alors le deltaplane épuisé tombera,
Alors je coulerai dans la tombe océane.
J’ai quitté les cités et les humains d’en bas,
J’ai des ailes et des rires et je plane et je plane.

Edith de CL, été 1999