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Pentti Holappa – depuis le rivage


 

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Depuis le rivage
Semant ses bienfaits un nuage vole puis un aigle,     messager.
Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,
quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.
Et la mort du nuage et la fin de l’aigle
et le dernier cri sont une suffisante genèse.
Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,
et les lumières de l’Ouest
ne recouvrent pas l’homme qui regarde.
Seul jusqu’au destin du rivage résonne
le chant de ceux qui s’en vont :
Adieu, étranger aux visages enfouis.

( Le fils de la terre 1953)


Il est minuit depuis si longtemps – (RC )


photos

photo  Arthur  Tress

 

Il est minuit depuis si longtemps
…. Le long des parcours du jour.
J’ai traversé le sommeil,

>  Et dehors,      la caresse
Des courants tièdes,
N’atteignait pas le mur.

J’y étais enfermé,
Et mes bras menus ne pouvaient rien
Contre le froid,          contre l’attente …

Et la douceur des choses
N’était       qu’à deux pas.
Des promesses de l’été.

Les paroles gelées sous les lèvres,
La jeunesse habillée d’oublis,
Les yeux grand ouverts

Derrière des paupières inutiles
Sont à l’écart des champs de jeunes blés,
Où le vent s’ondoie.

Il faudrait que la terre tremble,
Que les lézardes prolifèrent,
Et que les pierres se descellent,

Pour que le sortilège tombe avec,
Et que le regard puisse enfin,
Goûter vraiment, à la douceur des choses.

Le baiser à la terre,
La ronde du soleil …
Le temps d’un autre départ,

Pour retrouver le désir,
Sa propre route, au dedans,
Pour y courir librement, les pieds nus .


RC – juillet 2014

 


Colette Fournier – Au matin


photo Andreas Feininnger

photo Andreas Feininnger

Longtemps, mon cœur a battu au flanc du jour.

L’aube était pure, si pure,

Un lever de mystères blancs,

Une pluie d’instants menus dessinés au fusain noir,

La rue et son appel rauque et volage,

La prairie songeuse au soleil,

Et immobile sous un ciel d’extase,

L’eau dormante d’un étang blond.

Longtemps, je suis restée suspendue aux matins,

Aux histoires de fées et de lutins,

Osant à peine, à peine, poser mes pas pointus,

Sur l’herbe mouillée de peur de l’abimer un peu,

Craignant de réveiller juste par mon souffle,

Les esprits endormis de la forêt,

Et les fleurs assoupies dans leurs corolles soumises,

Et que le vent, doucement, plie.

Je ne veux pas, donnant à mon cœur du repos,

Oublier l’odeur des départs,

La nuit couchée en coin comme un chat dispos,

Je ne veux pas refuser tes larmes,

Quand tu te penches sur la vie et que tu l’aimes encore,

Je ne veux rien effacer dans tes yeux, pas même ta mémoire,

Juste goûter encore la ferveur des matins, encore, demain….

( visible dans le blog de phedrienne : http://colettefournier.com/2013/02/21/au-matin/)


Edith de Cornulier – Les soeurs douloureuses


Chez Almasoror

photo Gary Isaac

photo Gary Isaac

Les sœurs douloureuses

Minuit dans le hangar ! et nos sœurs douloureuses
S’avançaient à genoux, fuyant la paille en feu.
La nuit de la Saint-Jean s’achevait malheureuse.
Qu’avions-nous fait, Seigneur ? de terrible à tes yeux.

Amis, Ô survivants ! Il fallait fuir. La lune,
Masquée de brume grise éclairait nos adieux.
Moi, je me retournai depuis la haute dune,
Pour un dernier regard aux frères malchanceux.

Ils étaient morts déjà. Seules les sœurs en lutte
Rampaient hors de la grange et leurs cris silencieux
Sonnaient comme un remords qui titille et percute
Comme je cheminais à rebours sous les cieux

De fonte. Savaient-elles au milieu de leur mort,
Qu’elles mouraient ? Bien sûr ! Et ces anges précieux
S’étonnaient en douleur de la frontière hardcore
Qui séparait nos vies de leur départ affreux.

Fêtes de la jeunesse, à ceux qui vous survivent,
Vous ressemblez parfois à de douces chansons.
Mais les anges qui sombrent et se noient sur vos rives
Sont le tribut payé par la génération.

Nous étions trente gars, trente filles en fleurs
A la dernière fête estivale de l’an.
Nous étions quinze gars, quinze filles en pleurs
Au village le jour du grand enterrement.

Edith de CL,            juillet-août 2010

 


Ahmed Mehaoudi – Où ira le soir ?


Ahmed Mehaoudi, poète algérien – dont  j‘avais déjà publié  » A ce désert », est l’auteur  d’autres  productions  intéressantes  qu’il nous donne à lire  et dont je fais l’écho ici  de  son « où ira le soir »

 

création perso info –

 

où ira ce soir

d’avoir si peu appris à comprendre les départs

de ces nids autrefois silencieux à la saison de paix

si peu vu dans le ciel ces éclairs de feu attendrir tes yeux

comme chercher dans les rêves l’insensé désir de se réveiller

où iras-tu ce soir

d’avoir déjà perdu le fil du chemin

la porte par où entre ton bonheur

si peu écouter que la nuit est parti loin

et toi

dors à l’endroit où ce soir tu apprendras

à regarder le jour

là se fait les mots …

 

repro: Edward Munch

 

 

 

 

 

 

 

 


Claude Albarede – Poème


photo perso: à partir d'un recueil

 

 

POEME

Le poème tient dans la main
le temps d’un voyage à fleur de chair

A la lisière d’un bruit fragile
dont l’envie dure

Au remous des sables galants
quand la mer se retrousse
pour arranger l’étoile…

Avec ses trous d’oiseaux
c’est la maison du printemps

Avec ses veines bleues
c’est l’habité par ses douleurs

Avec ses feuilles
qui ont plus que du vent à raconter
c’est la permission de séjour

Avec ses fruits
tombés à terre
il décide des grands départs.

 

Claude Albarede