voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Dérive – Susanne Derève


BONNARD CAMPAGNE

  Pierre Bonnard – Le Cannet

 

 

Rouge bruyère du désir

Bleu pers des mers errantes

Sur  le vert profond des rivières

glisse ma  barque lente entre tes bras noués  

barque légère

 

Est-ce cette dérive qu’on nomme  bonheur

une fenêtre ouverte    un lit défait

 

quand la course des  heures

n’est plus un temps qui fuit  un futur

imparfait  un canevas qu’on file et défile

à regrets  mais une tendre ivresse  

qui rachète l’absence

 

Alors j’habille l’aube avec les ors du soir,

ceux que tu chantes, que j’imagine de très loin

tirés par l’aile rase d’un oiseau de nuit

 

avant que ne s’abîme l’horizon dans la lueur

du premier phare ou dans un fin rideau de pluie

 

cette pluie souviens-toi

elle ruisselait ardente sur Paris 

et nous nous ruisselions de vie

 

 

 

 


Homme qui chavire – (Susanne Derève)


 

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  Alberto Giacometti – L’homme qui chavire

 

 

Homme qui chavire

as-tu rompu l’amarre et laissé ta barque s’enfuir   

coulé tes désirs dans le bronze

foulé ce que la vie mendiait de patiente douceur  

et tu les mots  comme on renonce         

 

Homme qui supplie 

je n’ai plus de rêves à t’offrir

de bateau en partance

que l’étreinte de l’eau et les linges nus

de l’absence

 

Je n’ai plus que des nuits d’hiver

à brûler   des cheminées de cendre

plus d’aubes à partager

rien que des friches  des quais de gare

sans train à prendre

 

Homme qui supplie  

quand le  vertige nous  saisit  à l’instant 

où ton bras retombe 

faut-il encore que tout s’effondre

que le bronze retourne  à  l’amas de poussière

où se réduit le monde

 

 

 


Sous le masque du clown – ( RC )


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Sous le masque du clown,
le sourire élargi,
la bouche énorme pâteuse,
imagine celui          crispé
de l’homme politique.

Il cache         sous l’aspect jovial,
le puits sans fond d’un cynisme,
la pratique de la surenchère,
une pantomine de clins d’oeils
vers l’extrème droite

avec ce qui paraîtrait de l’humour  ;
–  mais à y regarder de plus près,
une fois la couche de maquillage fendillée,
toutes les manigances
de l’arriviste sans scrupules :

prêt à tout pour attirer à lui les suffrages,
acheter les consciences ,
s’attirer les faveurs
des multinationales,
placer de serviles exécutants

Se donner en spectacle,
Nicolas le petit,
faux jeune en jogging,
confondant politique
et couvertures « people »

porté par le consensus mou ,
main dans la main
avec les puissants,
trinquant avec eux sur les yachts,
— pendant que la pays part à la dérive.

 

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On peut  aussi se référer à ce beau texte d’Henri Michaux

 


Fabrice Farre – Padre


dessin perso. Reprise à la plume et encre de chine ( portrait de mon père )

dessin perso. Reprise à la plume et encre de chine            portrait de mon père )

 

 

 

Padre

 

Les vitres sont bien celles qui nous
séparent du monde. De ce côté
tu meurs. De l’autre, serai-je assez vivant
pour parvenir à accepter une telle dérive des êtres
l’absence aux rives du détroit
que ne relie aucun bateau même imaginé.

 


L’onde portée en soi ( RC )


 

 

Onde capitaine
Navire sans attaches,
Hollandais volant,

Fol éclat de rien,
Sous l’obscurité liquide
Orage de fond de miel,

Du vin dans mes veines,
Je dérive entre îles,
A l’exercice  du réveil,

Abordant une terre,
Amère de vérité,
Les voiles en lambeaux,

 

C’est un adieu au rêve…
J’étais porté par les songes
Et j’écrivais sur le sable,

Egaré,      enfui dans des inconnus,
Et le ressac emportant mes phrases,

Effacée,               ma mémoire,
Les pieds revenus sur la terre.

RC  –   27 mai 2013