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Josyane De Jesus-Bergey – les amulettes


deux petits extraits « image »  d’un recueil paru aux  éditions encre et lumière

 

 

de Jes   09.jpg

 

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Guy Goffette – le jardin d’enfance


 

 

 

IMGP2700  Christophe Manguet.jpg

 

dessin – association du clos du Nid, Lozère

 

 

Peuplé de voix et de couleurs,

le jardin d’enfance persiste en nous,

royal malgré la chute et l’exil du roi ;

il rafraîchit les déserts traversés de l’âge,

rattrape l’aveugle dans la musique,

le sourd dans la contemplation.

Toujours ce qui manque à nos vies,

cet innommable vide tout à coup derrière la nuque,

qui nous remplit de regrets, de remords,

de nostalgie, toujours a la forme d’un jardin.


Magnolias de Lady Day – ( RC )


Billie's  -  flower.jpg

montage – RC

Comment dire en mots,
cette voix presque fluette,
les magnolias de Lady Day,
le blues intemporel,

de miss Billie,
à l’infinie fêlure :
j’y entends toujours,
le feu couvant sous les braises,
la langueur de vivre,
les pages d’amour,
déchirées de mots naufragés.

Si elle donne corps
aux plus simples mélodies,
le swing et sa détresse,
parfument le jazz, de son ivresse :
>        Comment dire cette émotion
en cristal fragile,
recueilli dans le désert,
mais toujours intacte ? .

>        Il y a les magnolias de Billie
qui jamais ne fanent,
le souffle de Lester :

         de la musique au firmament
>       des étoiles, des diamants …


RC – fev 2018


Comme se consument les heures – ( RC )


Image associée

peinture: Paul Klee

S’il faut laisser passer les heures ;
ce sont des images  fugitives,
elles se consument,   comme du papier qui brûle,
et il n’en reste rien.
Même pas un peu de cendre.

Alors, justement ,  où est l’empreinte,
d’où peut naître la future lumière ?
Il faut que je la creuse,
que j’y dépose des paroles,

que je sème quelque chose
pour marquer ce qui passerait
pour un désert  :
              fertiliser le temps
d’un poème,          avant que le jour ne s’éteigne .

Certains diront  que je n’ai pas vécu pour rien.

RC   avr  2017


Jean Arp – Place blanche


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relief:        Jean Arp:  horloge

 

Place blanche

(fragment)

Cette matinée ne place sur mon chemin que des bibelots de
la mort.

Ce sont des objets futiles,
des photographies fanées,
des flacons vides,

des coquilles ramassées à la mer,
un miroir qui reflétait la sérénité, la pureté, la gaieté calme,
la clarté que l’inéluctable ombre a engloutie.
Je suis envoûté par ces objets,

qui appartenaient à des personnes mortes depuis longtemps.
Des gestes se détachent de ces objets
comme des vapeurs mates,
comme des couronnes d’haleine.
Ils me traversent confusément.
Les cloches sonnent des années dans chaque minute.
Chaque minute produit une telle effusion de souvenirs
qu’elle prend l’importance d’une année.
Ces minutes ressemblent à des paniers sombres débordant
de fruits noirs.

Des années passent qui ont un éventail de fourmis sur la tête,
Tout en maintenant sa forme il grouille en soi et s’agite en
même temps intensément
pour éventer une vie stérile, un désert gris.

Jean ARP
« Jours effeuillés


Marcel Proust – dans le désert réel du silence sans fin .


p d.JPG

 

montage perso   2009

 

Après avoir entrevu ainsi une oasis imaginaire de tendresse,

il se retrouvait piétinant dans le désert réel du silence sans fin. 

 
Marcel Proust, Le Côté de Guermantes

 


Désintégration – un chant dans les hautes terres de Mongolie – ( RC )


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Le soir devient un fait établi,
et s’étale,          presque fluide,
sur les hautes plaines de Mongolie.

On perçoit dans la langueur des ombres,
un chant étrange,       comme si les pierres,
en tapis, étaient le fruit de paroles sèches,

une métaphore du désert chantant  :
le reste de l’explosion des roches,
répandu dans le désert de Gobi,

l’esprit des dunes,
une désintégration,
à échelle minuscule,

un fractionnement ( en tous petit morceaux ) ,
qui s’assemblent au gré du vent,
avec                 une fluidité lente .

>    On n’en cerne pas les formes,
car les dunes se déplacent
et ondulent,            dans le silence,

( ou presque, )
puisque ce chant ténu,
serait celui ,

produit par la friction
de quantités de grains de sable,
auquel l’horizon         répond,

en un bourdonnement continu
qui semble de loin,
horizontal,       justement,

mais recule,
de même     que les distances
alors que l’on s’avance .

Les ondes s’étirant,
tant dans l’espace aérien , qu’au sol,
arrivant à  fusionner.


RC – juill 2017

 

basé  sur la musique  de Tristan Murail  » désintégration »,

composée précisément par rapport au désert de Gobi .


Un corps à l’épreuve – ( RC )


 

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Montage perso 2016

 

Il y a quelque chose du désert,
là où tout s’arrête,
et même la mer,
coupée en deux,
se dresse, immobilisée.

Passé par le chas des ténèbres,
le corps reste extérieur,
une paroi invisible se tend
entre les espaces ;
Je n’arrive pas à les franchir .

Est-ce un astre noir,
qui absorbe la nuit entière,
et la défait ?
Le monde s’est échoué
à portée de main .

Mais c’est encore trop loin :
mes bras ont beau s’étendre ,
ils ne touchent rien.
Comme la parole dite : elle
se fige sur place, même avec un porte-voix .


RC – juin  2017

 

incitation:  une  création d’ Anna Jouy


Ce que dissimule le désert – ( RC )


photo: pochette de CD « Silencio »   Gidon Kremer

 

Il y a une  étendue plate,
–  Elle  se perd dans l’infini  – .
>        Elle  appelle un désert,
un océan,
ou un simple terrain inhospitalier.

Et rester immobile  tout ce temps,
debout,
on compte les heures en suspens –
ou plutôt on ne les  compte plus ;

c’est une  attente,
le regard  dans le vague.
Le ciel est trop haut,
Il écrase de son poids
tout ce qui s’échappe de l’horizontale.

Mais tu espères sans t’en rendre compte,
au-delà de la solitude,
La rupture des écluses,
que les lèvres  du temps  s’entr’ouvent.

Et la crainte, en même  temps,
Que les yeux  ne sachent pas  voir,
Ce que  dissimule  la surface unie
–   Un guetteur du désert des tartares  –
«  Anne, ma sœur Anne,  ne vois-tu rien venir ? »

Et si le vide  était une illusion,
et que continue dessous,
l’échappée des heures,
…Une  simple  dilution.

La vie est souterraine .
Elle  fait un grand détour,
vers toi
pour contourner le froid.

T’en rends-tu compte ?

RC – juill 2015


Salah Al Hamdani – Centré


 

NAT031.JPG

À genoux
Oui
à genoux dans la cruauté calme du jour
et cette absurdité sans limite
Marche, marche pauvre type
jusqu’à l’extrémité de l’ombre
et rejoins tes rêves
ensevelis sous la lenteur ridicule de leurs nuits

Laisse tes souvenirs à la traîne
l’éblouissement d’un quai désert
et au-delà
emprunte la courbe de ton exil

La gloire du couchant est là
sans écho
esseulée sur le lit de l’étranger
comme un appel de la falaise  .

 

 

( extrait du recueil  –   « Rebâtir les jours «   : ed Br Doucey )


Nuit rouge – ( RC )


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Image: Jakez Daniel

 

Quand j’appuie sur mes paupières,
je te vois dans une nuit rouge,
floue,          comme un souvenir
prêt à se dissoudre ….

mais c’est bien ta cambrure,
une posture familière,
qui danse
dans un désert brûlant

Ce désert       est en moi :
>       une incandescence,
qui surgit de l’intérieur,
occupe toute la place …

Et ton regard,
a la phosphorescence
la pose altière,
d’un oiseau de proie….  

Il y a      comme un vent de sable
qui se lève, en moi      et envahit tout       – soudain
et tu disparais, comme tu es venue…
dans la nuit rouge,       virant à l’indigo…

RC – mars 2016

 

(  en écho  avec un texte  de Laetitia  Lisa )


M2L – Roses des sables


desert roses -

photo-  montage  perso

 
Entendez-vous les flots de larmes dans le désert ?
Roses des sables qui fleurissaient à la nuit,
Mon rêve à la rosée du matin s’est enfui.
Vous me laissez ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Baignez-vous dans l’eau de mes douleurs amères.
Les yeux vers l’infini, effeuillant les années,
Je flotte sur les larmes de l’ espérance envolée.
Et moi qui reste ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Je suis misérable, sans arme, à découvert !
Roses des sables qui dansaient la lune venue,
Je ne puis revivre les joies de l’enfance perdue
Vous me laissez ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Roses des sables, vieillissant le cœur ouvert
J’ai tant espéré d’une vie remplie d’éternité.
Fleurs du désert, j’embrasse la fatalité
Et comprends aujourd’hui
Le cœur meurtri,
Flétri,
Ce qu’est, à l’aube de ma nuit, le sens de la vie.

Ecoutez le chant des regrets dans le désert.

———

Sand Roses
~ © M2L

Do you hear floods of tears in the desert ?
Sand roses that flourished in the night,
My dream in the morning dew ran away.
You let me so,
Bruised,
Withered.
Without life.

Take bath in the water of my bitter pain.
Eyes toward infinity, picking off years,
I float on the tears of expectancies flown away.
And me which thus remains,
Bruised,
Withered.
Without life.

I am miserable, unarmed, uncovered!
Sand roses that danced at moon coming
I can not relive the joys of childhood lost
You let me so,
Bruised,
Withered.
Without life.

Sand roses, aging open heart
I so hoped a life filled with eternity.
Desert flowers, I embrace the fatality
And understand today
The bruised heart,
Withered,
What is, at the dawn of my night, the meaning of life.

Hear the song of regrets in the desert.

—-

voir le blog  de M2L « Vertige  de l’oiseau »


Digérer le désert – ( RC )


 

Afficher l'image d'origine

 

Comme ces animaux, dont l’apparence se coule dans le fond,

Tu habites le désert, et t’y confonds.

Femme des sables, tu n’espères que les courants,

Les vagues d’un océan de dunes, qui, lentement, se déplacent.

Tu te couches dans le sable, tu t’étends sur l’horizon,

dont rien n’arrête la fuite.

 

Tu regardes passer les caravanes, mesurant le temps,

dans leur progression lente.

Tes désirs sont une piste, aspirée dans un mirage .

Et cette piste, s’efface avec le vent .

Ainsi la vie s’étire, blanche, sous la lumière brûlante,

écrasant tout de son feu.

 

Et comme l’ombre est rare, juste celle de  buissons épineux,

tu attends que le jour bascule, ne souhaitant rien .

Le violet de la nuit           s’orne d’une lune interrogative .

Si tu jette des cailloux vers les étoiles,  elles te les renvoient .

 

Tu peux les maudire, elles restent indifférentes à ton sort.

Elles contemplent d’autres pays.

Ceux dont tu n’as pas l’idée, enchaînée par la distance .

 

Il ne reste que les pierres, où se concentre ta colère .

Juste le temps que tu digères le désert.

 

RC – oct 2015


Jean-Joseph Rabearivelo – Ton oeuvre


                                                                peinture : G Braque   : l’atelier
 » Tu n’as fait qu’écouter des chants tu n’as fait toi-même que chanter ; tu n’as pas écouté parler les hommes, et tu n’as pas parlé toi-même. « 
Quels livres as-tu lus, en dehors de ceux qui conservent la voix des femmes et des choses irréelles ?
 
 » Tu as chanté, mais tu n’as pas parlé, tu n’as pas interrogé le sens des choses et tu ne peux pas les connaître  » disent les orateurs et les scribes qui rient de te voir magnifier le miracle quotidien de la mer et de l’azur.
 
Mais tu chantes toujours et t’étonnes en pensant à l’étrave qui cherche une route intracée sur l’eau étale et va vers des golfes inconnus.
 
Tu t’étonnes en suivant des yeux cet oiseau qui ne s’égare pas dans le désert du ciel et retrouve dans le vent les sentiers qui mènent à la forêt natale. Et les livres que tu écris bruiront de choses irréelles — irréelles à force de trop être, comme les songes.
Jean-Joseph RABEARIVELO

Bill Herbert – Ghost


 

***


Fantôme
(Variation sur un thème par Matthew Sweeney)

Le fantôme qui ne connaît pas son chemin mais doit rentrer chez lui
trébuche dans le désert en traversant le jour
et cherche par des cols, dans le noir.
Il rassemble des cailloux comme des cartes pour repérer son passage
de l’autre côté de la grande steppe en hiver.
Il s’immerge lui-même dans des lacs pour ressentir
ce que ressentent les racines des bouleaux, il s’assied
dans le corps des moutons et des chèvres
dont le sang ne peut stopper le froid.
Il voyage de moustique en moustique dans
l’air gras de l’été,
il s’enveloppe dans les écorces tombées des arbres
comme le texte dans un livre pourri.
Il ne connaît que le Nord et du coup
il peut voyager dans la mauvaise direction pendant des mois.
Parfois il pense reconnaître l’aspect d’un peuplier
alors une grande terreur descend.
Il s’allonge avec les asticots et les excréments sous
une rangée de toilettes dans la Ville Couteau.
Il se souvient des visages vus sans avoir su que c’était pour
la dernière fois. Les souvenirs ont diminué
et doivent être comptés l’un après l’autre comme des perles :
le cliquet dans la gorge de la vieille femme,
l’odeur du papier journal bon marché dans
un aéroport maintenant sans nom,
la main qui tire nerveusement un rideau,
la pupille noire de l’enfant qui bat.

 

 

Ghost
(Variation on a theme by Matthew Sweeney)

The ghost which doesn’t know its way but must get home
stumbles in the desert through the day
and searches through the passes in the dark.
It gathers pebbles into maps to guess at its passage
across the great steppe in winter.
It immerses itself in lakes to feel
what the birch roots feel, it sits
in the bodies of sheep and goats
whose blood can’t halt the chill.
It travels from mosquito to mosquito in
the fat summer air,
it wraps itself up in fallen trees’ bark
like the text in a rotten book.
It only knows North and consequently
may be travelling in the wrong direction for months.
Sometimes it thinks it recognises
a configuration of poplars
and a great dread descends.
It lies with the maggots and the excrement beneath
a row of toilet stalls in Knife City.
It remembers faces seen with no thought that this was for
the last time. Memories are diminished
and must be counted out like beads:
the ratchet in the old woman’s throat,
the smell of cheap newsprint in
a now nameless airport,
the hand nervously gathering a curtain,
the baby’s black button blink.

 

 

traduction  Roselyne Sibille


Confrontés à la matière, même… – ( RC )


 

photo Martin Pierre –                   falaises du Vercors

Confronté à la matière même,
il y a toujours cette  opposition,
ce défi qu’elle  nous propose,
en particulier quand les dimensions font,
qu’il s’agit d’un obstacle.

Comment  traverser  l’obstacle,
comment s’y appuyer,
le palper, en jouer , comment en tirer parti,
pour essayer de surpasser ses propres limites
( les nôtres  et les  siennes ).

Mais la matière est.
Elle  s’impose.
Elle n’est jamais  vaincue,
De par sa continuité, son existence,
de son inertie même.

Qui ,  des navigateurs,    se sont  risqués  sur la mer ,
en tablant sur  des vents calmes,
des oracles  favorables,
n’ont pas oublié les dangers qu’elle  recèle,
et leur sillage       n’a pas  laissé  d’empreinte .

Quand je vois le trapèze hautain de la montagne,
sa face  bleutée parcourue  d’ombres,
striée de troncs d’arbres,
la pente est toujours là .  Elle  s’oppose de le même façon,
même  si je l’ai franchie hier .

Quand  j’établis un itinéraire  sur la carte,
je sais que des détours  s’imposent,
qu’il me faudra contourner les précipices,
et  emprunter obligatoirement, les quelques ponts
jetés  au-dessus  de la rivière.

Supposons  que je doive franchir un désert,
c’est  toute une stratégie à mettre en place,
pour qu’on puisse s’assurer de subsister
matériellement,       pas seulement question climat,
mais en anticipant sur l’imprévisible…

Quelles  que soient les heures et moments,
ce qui a été  hier, est encore là aujourd’hui.
Ce n’est pas une  vue  de l’esprit,
Et justement,         par son essence même,
la matière impose sa masse par rapport  à l’abstraction.

C’est un corps,  un vrai corps,…. sur lequel on habite.
Il se manifeste de toutes façons,
Même  de la façon la moins perceptible
Comme  s’il déguisait, selon les  circonstances,
Sa façon d’être…

Il affirme  obstinément sa présence.
Ce corps  est matière, et se rappelle  à nous.
C’est  en quelque  sorte une partie  de notre existence  .

RC-  juin 2015

(  texte  né  de la  confrontation  avec des  écrits  de Claude Dourguin,  dont  voici  deux  courts  extraits ).

Les pins reviennent, clairsemés, avec leurs branches irrégulières, mal fournies, leur port un peu bancal qui
témoigne assez de ce qu’ils endurent. Nul tragique, pourtant, ne marque le paysage, entre conte et épopée
plutôt la singularité des lieux soumis à des lois moins communes que les nôtres, obligés à un autre ordre.

Chaque arbre tient à son pied, qui s’allonge démesurée et filiforme son ombre claire, grise sur la neige. Ces grands peuplements muets et fragiles d’ombres légères comme des esprits, le voyageur septentrional les connaît bien, une affection le lie à eux. Il traverse sans bruit leur lignes immatérielles dans le souvenir vague, qui les fait éprouver importunes, grossières, de la densité, de la fraîcheur, de l’odeur terrestre ailleurs, sur quelque planète perdue.

La contemplation de la montagne implique une intériorité plus grande que celle de la mer…. /…

C’est toute une trame narrative, avec ses anecdotes en sus, le passage d’un bateau de pêche, l’apparition d’une  voile là-bas, le train des nuages au ciel, qui se met en place. La montagne, elle, souvent déserte, immobile ne connaît que les modifications de la lumière, beaucoup moins rapides sous les climats qui sont les siens.


Pierre Reverdy – chemin tournant


photographe non identifié - rencontres  d'Arles

photographe non identifié – rencontres d’Arles

Il y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l’eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
des voix rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d’orgue dans les sentiers
Le navire du coeur qui tangue
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s’éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme des
brins d’herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles
Le matin à peine levé
Il y a quelqu’un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
A travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte
règle le mouvement et pousse l’horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
Tout ce qui s’est passé au monde
Et cette fête
Où j’ai perdu mon temps

 

Pierre Reverdy, Sources du vent, Poésie/Gallimard


Est-ce que le nom suffit à ton existence ? – ( RC )


gravure:         Zoran Music:         paysage de Dalmatie            Tate Gallery

 

Si à chaque chose on peut donner un nom,
Dessiner un destin,
La distinguer des autres,
Lui prêter une couleur,

Pour les hommes,
Il y a toujours ceux qui renient
Les autres,
Pour leur présence même,

Il ne suffit pas d’une carte d’identité,
Pour les faire exister,
Au-delà d’un morceau de papier,
Ou d’un tiroir à fichiers,

Classés non seulement par ordre alphabétique,
Mais aussi selon leur origine,
Quel que soit le désert,
Ou la ville,       dont tu viens.

Quand, encore , on ne juge pas utile,
De dresser une barrière de béton,
Autour              de ta non-existence,
Ou de te coudre   une étoile jaune .

RC – février 2014

NB la gravure  qui accompagne  ce texte n’est pas  directement  évocatrice, comme  certaines  de ses oeuvres, relatant la déportation et la Shoah, lui-même  ayant été interné  au camp de Dachau


Main-mise de la sécheresse – ( RC )


photo perso -  route de Ouazazate Maroc

photo perso –                  route de Ouazazate                   Maroc

Je suis des yeux le mince ruban d’un chemin

Il progresse lentement entre les pierres,

Un convoi laisse sa trace, en ruban de poussière

Derrière on ne distingue pas encore les engins,

La main-mise de la sécheresse est partout,

Elle a mis à nu les pentes rousses,

Où aucune plante ne pousse,

Et aucun arbre n’est debout.

En s’aventurant dans les creux,

Des maisons d’argile se dressent,

La fantaisie les délaisse,

Elles se distinguent à peine du sol rocheux.

Au pied de pentes raides,

Quelques palmiers      survivent,

Bordée de roches coupantes, la rive

A peine humide,          de l’oued…

Le regard des enfants a l’éclat de la fièvre,

Il n’y a pas d’herbes,  mais un sol orange.

On se demande        ce que mangent,

Les quelques troupeaux de chèvres…

Tu as le visage cuivré au grand air,

Buriné de rides,

Cuit au soleil de l ‘aride,

Offrant du cuir, plutôt que de la chair.

L’astre du jour monte en puissance,

Tant, que l’éblouissement prolifère,

Et           la mince croûte de terre,

S’ouvre en béances,

Sans ombre protectrice,

Ce sont d’abord   quelques fissures

Puis sol se lézarde  en brisures,

Aux plaies du sacrifice.

Sous l’abri des tentes berbères  ;

Le thé à la menthe …..

Et les heures passent,       lentes,

Aux portes du désert…

RC – 17 novembre  2013

 

photo perso - Maroc   octobre 2013

photo perso –                       Maroc octobre 2013


Camillo Sbarbaro – Tais-toi, âme lasse d’être heureuse


montage perso

      montage perso,       août 2013

 

Tais-toi, âme lasse d’être heureuse
et de souffrir –vers l’un et vers l’autre tu vas résignée-
J’écoute et m’arrive une voix tienne.
Pas celle des regrets pour la misérable
jeunesse, pas celle de colère ou de révolte
Pas même celle de l’ennui

Muette

Tu gis, le corps dans indifférence
Désespérée.

Nous ne serions pas surpris,
N’est-ce pas, mon âme, si maintenant
Le cœur s’arrêtait, si notre souffle
était coupé.

Au contraire nous marchons.
Et les arbres sont des arbres, les maisons
sont des maisons, et les femmes
qui passent sont des femmes, et tout est
ce qu’il est.

L’alternance de joie et de douleur
Ne nous touche pas. Elle a perdu la voix
La sirène du monde, et le monde est un grand
désert.

Dans le désert
avec des yeux secs je me regarde.

Camillo Sbarbaro


Raymond Farina – Sommes nous cette fable ?


 

 

 

 

-

 

 

 

 

 

 

 

sommes-nous

cette fable

que notre corps

raconte

sommes-nous

le mot de l’énigme

un presque vivre

ou un presque mourir

quelque chose d’étrange

entre Dieu et poussière

sommeil

comme désert

ou village

sous la neige

 

extrait de Virgilianes,    Rougerie 1986


Amin Khan – Inédit Passager


photo reportage  -  auteur non identifié -  Brésil

photo reportage        – auteur non identifié        – Brésil

 

Un des textes  que  l’on peut  trouver  dans  marsa-Algérie-Littérature…

 

publié dans Algérie Littérature/ Action. N°69 – 70

 

 

Or solitude
rêvée de mon quartier
de l’ombre derrière les persiennes rouges
la cour vide des cris
au fond assise la femme à demi-nue
à la peau de son ventre laiteux
rêvé de leur vie à eux
et à l’amour et au désir indistincts
dans la distance d’aujourd’hui

Villes quittées à l’aube dans la crainte
et l’amour de Dieu
vallées de pierres froides et nues
femmes de brume dévastée
enfants seuls de la vraie solitude
ombres compagnes de l’illusion
et ce doute comme une braise
au fond de soi

C’est un soir infirme dont le bleu n’est pas d’ici
bleu turquoise sombre de l’oubli
né du désert qui brûle le jour
des rêves enfuis
c’est à celui de mon coeur qu’il retourne
avant la nuit

Sens-tu
le frisson des racines
ce tatouage en ton sein volubile
la terre de ton sang
le pelage du jour qui s’ébroue
et l’eau de tes rêves pure
et l’ombre familière naître sur le mur
de ta demeure que la nuit abandonne
aux chiens qui aboient au lointain
aux oiseaux excités à l’odeur du café
à l’odeur du pain et aussitôt
à l’appel du chemin de l’exil

Je demande pardon
dans la prière
dans le labour
pour ces crimes de silence
pour la chance
et l’amour
que je n’ai pas mérités
je demande pardon
sans espoir
car le temps est passé
et du pardon
et de l’espoir

O toi ami
de retour dans la tendresse obscure de l’exil
je te salue incarnation seul
parmi les ombres à la chair arrachée
par les crocs du piège du temps inutile

Contre les murailles rouges
l’ombre trop proche du jacaranda
la rumeur du peuple
inaudible
au bord du fleuve
de jeunes vieillards fument
retournent les pêcheurs
au coeur ouvert de la ville
où les passantes
ont le regard noir
un dernier regard
noir pour le jour fragile

Le voyage comprend la mort et la naissance
je sens le parfum du temps qui coule dans mes veines
la pâleur de ton visage est de chaque instant
je rêve de nos mains nouées dans l’asthme du matin
grâce à Dieu les heures du voyage sont précises
je range mes pensées il n’y en a aucune
mon destin est écrit d’une encre noire et brute
j’ai perdu l’usage des mots du poème
inutile et vivace blessure

Souvent je me demande ce qui se passe ici
dans le désordre de mon coeur
où les temps se mélangent
dans un langage étrange
que je ne comprends plus
alors dans cette idiotie
je me demande encore
qui je suis

Je sens que tu t’éloignes
sans un mot sans un geste
sans morgue ni soupir
sans même te souvenir
toi ombre précise parfum
condensation du vide
animal de lumière
trop sombre tentative

C’est ce que je sculpte dans l’obscur
ce travail et ce corps
que je sépare pour un temps
tel le rêve qui se dénoue
de l’illusion

O comme elle me manque
cette ville blanche et bleue
au soleil des étés
où l’amour est rêche
comme un feu amer
où les femmes ont des yeux
d’une lumière qui fait mal
et des corps pleins midis de secrets
et des voix dont les accords font vibrer
la chair comme un sabre heureux de tant de fécondité
O comme elle me manque
celle qui ne savait pas attendre
celle qui ignorait la rumeur
et insouciante et grave et tendre
se lavait après l’amour
dans la pluie
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Luths et mandolines
O ces mains fiévreuses qui tissent étrangères
douleurs proches et la saveur lointaine
à moi seul au coeur de l’absence en feu
ici je rêve d’arcades douces et de regards sombres
par-dessus la fontaine aux pierres lisses
ocres vertes roses et bleues de cette ombre
qui vient seule de tes yeux
notes mesquines
elles se consument du désir de ta voix
sur la peau blanche de l’instant silencieux

Ce que tu tiens et refuses
au seuil turquoise des escales
entre la lumière et l’ombre
des chambres vides et nues
où personne ne compte plus
la lenteur du voyage
de ceux qui n’ont plus
de visage ni de nom
sache que cela
et cela seulement
est ce qui me revient du partage

J’aime la chair de ce pays
où les chemins ne s’ouvrent qu’à peine
j’aime les oliviers tenaces sentinelles
et soudain l’aveu de la pluie
sur la poussière âcre des orangers
j’aime contre le ciel
les murailles épaisses roses parfumées
qui retiennent le temps précieux
j’aime les yeux noirs des femmes
sans âge à l’instant
où ils se ferment sur le deuil silencieux

Je redoute le voyage
cette lumière à peine rouge
rose du désir de la terre inconnue
je ressens le passage
brutal d’un état à un autre
cette corde de chanvre à mon corps nu
je revois le paysage
ces maisons en flammes parmi les oliviers
et la trace de tes pas et leurs bruits
je reconnais cette image
de l’amour dans la lenteur de la nuit
mais ton visage je ne m’en souviens plus

Pères morts terres calcinées
tu caresses la mâchoire du temps enragé
il y a un cercle de rouille et d’ocre
sur le mur de la maison abandonnée
des perles de sueur à ton front
dans ton regard une lueur comme de feu
peau contre peau sang mêlé
O comme j’aime ton ventre de mère
et ta langue acérée
et nos dents vives dans la morsure
et cette peine à la longue exprimée

O cette douleur étrange
qui me fait mourir sans rien
celle-là qui me désire
est encore si loin

C’était si bon de marcher dans les ruines
dans le bruit à peine des oliviers
et l’odeur de la mer
et prendre ta main pour la première fois
à toi fille de Cléopâtre Séléné
et d’un homme d’ici
c’était si bon de marcher dans le soir
parmi les pierres et les broussailles
un de ces soirs-là avant l’exil

O toi
sois douce à connaître
pour celui qui vient à toi
avec ce coeur qui brûle

O comme elle me manque
cette femme de cette race qui retient
dans les peines du silence
face au mur de pierres chaudes
où l’ombre ne tient pas
elle a tissé de ses mains
la couverture de ce sang-là
à l’heure du danger elle m’a parlé
des morceaux de soleil atroce
dans le corps de sa voix
elle m’a aussi laissé partir
dans le manque de mon pas
elle m’a aimé elle de cet amour-là

Je roulais un matin vers le petit aéroport de Bône
un de ces matins clairs où il fait un peu chaud
et la poussière est douce
où les enfants poussent des carrioles et crient
des mots détachés de cet air de triomphe
calme comme s’ils étaient des prophètes
la tête contre la vitre comme si j’étais mort
en passant sous la basilique j’ai entendu ta voix
chaude et claire et incompréhensible
qui faisait son passage
dans l’espace je crois de mon rêve endormi

O sang de l’esprit
je te bois à la source de la souffrance
comme l’animal obscur nourri
de la sève de fleurs éblouies
comme le coeur vieilli
du pêcheur près de sa barque
O amour comme
n’importe quel homme en sursis

O ma faiblesse
rivière profonde et calme
cours savant des anciennes larmes
O lumière de mon sang
O tendre douleur
O substance de mes heures

Elles ont sculpté le vent du voyage
et tracé des signes au soleil
elles ont reçu la pluie du naufrage
et baigné dans le parfum de l’exil
elles ont tenu des promesses sans âge
et fouillé le silence des entrailles
elles ont aimé l’être de passage
et ont pour lui la douceur du deuil

Je pense bien à toi
homme sans chemin
coeur douloureux
on a bien quelques images de toi
des rapports de police
quelques coupures de journaux
des photos circonstancielles
mais c’est difficile de trouver mon vieux
dans le fouillis de la mémoire
le fil de ton existence
alors que veux-tu
on n’y peut rien
salut ami
adieu

O saints fugitifs
O soldats misérables
j’ai ramassé le sable de vos pas
et les feuilles d’un carnet jauni
où il y avait une écriture fine
et des traces de larmes

Par quel miracle finira l’exil
quelle main étrange prendra ta main
quelle voix obscure te dira le chemin
quelle douleur encore faudra-t-il

O toi qui m’abandonnes
la seringue du vide à mon bras
l’encre du regard à mes doigts
les larmes de l’ignorance à mes yeux
et en moi le parfum de toi délicieux
il n’y a rien
rien dans cette vie que je veux

Je t’ai longtemps attendue
le coeur silencieux
des heures longues sous les arcades
qui retiennent ceux
qui aussi rêvaient de partir
je t’ai longtemps aimée
le coeur sombre
des jours et de longues nuits
sans connaître la fin
de la douleur de partir

Qui va calmer la rumeur de ta rue
qui va passer en silence la porte en fer bleue
qui va secouer de sa main l’ombre du chèvrefeuille
qui va m’éteindre le feu de tes gestes
qui va lécher la sueur de ta peau comme le soleil
qui va me faire oublier l’odeur de ton lit
où nous avons dormi si peu

O comme j’aime la fleur hystérique de ton âme
cette immensité libre et stérile où meurt le soleil
cette plaine tant pillée à la poussière si douce
où les naseaux frémissent et les passions s’éteignent
elle m’emprisonne toujours lente et tyrannique
et donne à respirer jusqu’au fond de l’ivresse
sa peau brûlante et sa sueur salée
profonde chair de l’illusion aux longues lueurs pleines
qui me retient jusqu’à l’instant qui précède l’instant

C’est lorsque je te surprends
prompte dans l’ombre
genoux de faiblesse
oeil de miel sombre
lèvres de tendresse
que je touche ma récompense
ce ciel noir soyeux immense
où seuls le vertige et la vérité
dansent

Donne-moi l’abri
où le temps se meurt
et la lumière neuve
d’après tes pluies
et le son de ta voix
le vent dans les branches
de l’amandier gris
qui rêve dans l’absence

O cheval perdu
dans la plaine du désir
O âme sombre
à l’heure de partir

O comme j’aime ton ventre
lourd et tes seins de feu
et cette cicatrice profonde
au-dessus de tes yeux
et ces mains qui dédaignent
ces matins lumineux
O Alger pleine de l’ardeur
du désir silencieux

Je ne sais pas ce que tu fais de ta vie
dans ce jour infini où la lumière n’a aucune réponse
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où la peur augmente et le désir luit
je ne sais pas si tu sais qui je suis
avec ces armes à mon coté endormies
et ce rêve obscur qui me hante encore dans la nuit

On est seul dans la défaite
seul dans la fuite éperdue
seul dans la courbure du soleil
seul dans la douleur
seul dans les pas
du chemin perdu

Le temps te prend
la vérité te fore
la beauté t’épuise
et chacun te laisse
à l’autre dévastée

Tous mes mots
ils ne veulent rien dire
ils ne sont que des larmes
que je peux retenir

Je hais cette langue
qui n’est pas mienne
et je suis dans son jeu
égaré
je dis le désir et la peine
avec ses mots
elle a fait de moi
un bègue
un poète absurde
un dériveur un étranger

C’est une trace
de sang noirci
la trace
d’un seul instant
la trace d’un homme
qui s’en est allé
loin d’ici

C’est là que je pense à toi
quand le ciel soudain s’obscurcit
et qu’elle lève les yeux vers lui
c’est là que je pense à toi
O toi aux yeux pleins de larmes
d’une autre vie

O figure obscure
force du minerai en sangs
matière même de ce rêve
et de sa douleur sans trêve
parfois vêtue de ce drap
de turquoise et d’ocre
parfois présente
dans la lumière nue
invisible dans la peine
muette dans le travail
du désir absolu
O toi vers qui je vais
où es-tu ?

Toi qui pardonnes
les existences gâchées
j’accepte de tout coeur
que tu ne puisses pardonner
j’ai perdu j’ai perdu
ce que tu m’as donné

Salut à toi
homme parmi les autres
ombre parmi les ombres
avec le sang de ton âme infecté
passant dans la foule
marin dans la houle
brindille dans l’incendie
de la vaste plaine du pays dévasté

Salut à toi
ami au coeur pur
en cette heure si près
de la déchirure
j’ai trop peu d’espoir
pour ce qui advient
et je me souviens
qu’à l’instant où le coeur s’alarme
il faut déjà partir
salut à toi seul
dans cette lumière
qui maintient mon dos contre le mur

J’ai connu l’amour d’abord
l’amour et le danger
et puis la solitude
alors j’ai désiré
la mort pour la quiétude
du coeur tourmenté
j’ignorais le chemin
encore à faire
avec ma douleur d’étranger

Il n’y a pas de place pour toi ici
avec tes pur-sang
tes femmes de haut lignage
tes empires désertiques
où l’horizon et l’armoise
s’unissent pour l’ivresse
pas de place pour tes crimes
tes couteaux initiatiques
les soupirs de tes victimes
tes rançons disparates
et la fièvre du soir
lorsque la lune descend

O douceur de la porte fermée
sur la chambre nue
de la prophétie
O douce douleur des signes
qui reprennent leurs sens
O douleur du coeur abandonné
dans le labeur féroce
de l’oubli

C’est un jour de défaite
un jour comme les autres
un jour d’exil
dans la foule des jours exilés
un jour qui meurt dans la même courbure
que les autres jours
un jour maudit
en bloc
avec les autres jours
un jour banal
plein
de clémence et d’amour
Cette chienne de terreur
qui mordille la chair de mon coeur

elle a le poil humide et l’oeil jaune
et ce feu du désir en elle
qui nous consume dans la haine
du sang partagé

Je suis à cette heure de ma vie
où la mort je voudrais qu’elle soit mienne
elle parmi les belles de la tribu obscure
qu’elle me choisisse et vienne
et pose sa main sur mon épaule éclairée
par un peu de cette lumière humaine

O cher amour
mon seul espoir
est que ton coeur se souvienne

Amin K

On peut aussi trouver certains  de ses poèmes  dans  « la pierre et le sel »


Claude Saguet – Belle, pour quel désert suis-je promis ?


peinture - M Deroi

pastel  – Arthémisia  – « vers la ville  »  ( étude )

Belle, pour quel désert suis-je promis, pour quel autre

désert s’il faut, à chaque instant, retrouver sa solitude dans tous les yeux qui passent ?

Lorsque les routes se dédoublent et s’amoncellent les fleuves ; lorsque lentement, dans le matin, s’élève l’haleine rouge des heures, je voudrais m’ouvrir comme une parole privée d’air depuis longtemps.

La mer, de tous ces plis, m’apporte des chants sans mémoire qui vont, avec l’entêtement obscur de l’oiseau, pour retrouver un goût de terre et d’orage.

Désert, désert partout ! dans les cercles criants de la sève, dans l’arbre qui se tord pour ne plus exister

Et j’ai peine à croire à notre langage immobile sous les pierres, à ce reflet dans le miroir brisé à l’aube des cascades.

(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu 1980)

La nuit m’apporte

un poème d’eau fraîche.

La nuit venue du fond

de ton corps mutilé

je peux la prendre dans mes bras ;

je peux l’avaler toute jusqu’au premier rayon.

La nuit venue du fond de ton corps flagellé

est-elle femme

ou rose noire ?

J’ai fermé portes et fenêtres.

Est-elle femme,

est-elle écho

la nuit venue du fond

de ton corps décharné ?

Je veux en elle

trouver un visage, de quoi me remettre à vivre.

La nuit couvre la plaine

de son lierre fantôme

et j’imagine un corps vivant.

La nuit comme une forêt morte

sur un chemin hanté de plaintives lueurs.

(l’œil déserté version 2 éditions dé bleu1980)

peinture: Hans Baldung Grien

peinture:          Hans Baldung Grien


Zbigniew Herbert – Un nuage rouge


Un nuage rouge de poussière
provoqua cet incendie –
le coucher de la ville
au-delà de l’horizon

il faut abattre
encore une cloison
encore un choral de brique
pour effacer la douloureuse cicatrice
entre l’œil et le souvenir

les ouvriers du matin
avec leur café au lait et leurs journaux bruissant
ont ranimé l’aube et la pluie
qui tinte dans les gouttières de l’air sans vie

avec un filin d’acier
dans un silence chargé
ils hissent le pavillon
d’un espace déblayé

le nuage de poussière rouge retombe
passage du désert

à la hauteur des étages disparus
ont surgi des fenêtres hors de leur cadre
quand s’effondrera
la dernière pente
le choral de brique tombera
rien ne ruine les rêves

de la ville qui fut
de la ville qui sera
qui n’est pas

 


Songe en tourbillons ( RC )


Sculptures –       Marina Abakanowicz  – Chicago

 

Songe en tourbillons,

Comment extirper de sa gorge

La brûlure  du chagrin,

Et parcourir on le sait,

Seul encore,

La traversée du désert,

Où rien n’est dit de demain..

 

Il est une bouche béante

Qui boit la conscience

Et qui nous questionne

Nous dit

Que la joie s’est éteinte

Que le chemin n’est plus là

Et qu’on s’est perdu

 

Au milieu de nulle part.

On ne reconnait plus

Dans les humains

Que des statues debout

Sans regard, ombres

Marchant, courbées

Vers leur destin.

 

Ils semblent savoir

Où portent leur pas

Peut-être suivent,

Ou cherchent , leur étoile.

Moi je n’en ai pas,

Et je reste , immobile

Dans le temps arrêté.

 

RC  – 18 janvier 2013