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Anna Jouy – Je n’oublie pas


peinture P Soulages ( détail )

Je n’oublie pas. Pourquoi le ferais-je. Le souvenir est le petit oratoire de la mélancolie.
J’entasse le passé, les fanes d’hiers bien secs. Une odeur de soleil en fleur
Et parfois glisse sur l’image du jour, ce voile qui tombe sur les berceaux.
Je n’oublie pas comme on a bâti ma robe de mots, comme il a fallu y faire entrer le corps et l’âme engoncée.
Je n’oublie pas non plus la nudité des mains, le frêle tirage des rêves dans les cartes du futur. Tout ce qu’on a dit que j’allais devenir. Le pire, l’ordinaire et la sorcellerie.
Je suis sortie de vos dires et de vos mutismes, je suis issue de ces chemins ronceux qui jalonnaient vos vies, de vos bras implorant misère, de votre dernière larme.
J’ai traversé chacune de vos paroles, je les ai décousues de ma chair
parfois terribles parfois maudites et celles que vous avez prononcées de lumière comme une lampe torche remise en mes doigts pour poursuivre.
Je n’oublie pas que c’est des autres souffles que j’ai volé et que ce vent toujours fut l’ombre transparente de ma ligne de vie.

du site de Anna Jouy


Laisser rebondir le soir – ( RC )


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Tu laisses rebondir le soir :
la harpe d’ombres
accompagne ceux
qui restent sur place .
Comme un rituel,
à la même heure, ou presque

avant que le jour ne grise,
et que le verger
fasse semblant d’oublier
la lumière solaire.
Les ombres s’allongent donc,
impudentes,

et voudraient traverser
les êtres, aussi .
Elles les questionnent
sur leur devenir .
(  C’est que se poseraient
les flocons de la nuit,

– encore épars – )
dévalant la pente du jour
dont les empreintes digitales
se confondent avec les ailes
feutrées des oiseaux nocturnes ,
qui en ont fait leur domaine .

RC – juin  2017

 


Yves Broussard – le souffle levé


étude de ciel 1 27x22 mus Bx Arts Le Havre

 

peinture:  Eugène Boudin   : étude de nuages . Musée  du Havre

 

Imprécise
la forêt s’étend
sous les vols épars
et les meurtrissures

Favorisant parfois
sous de belles enjambées
la poussée du vent
le braconnier disperse
les émondes
et affine son âme

Le poing serré
sur son bâton
il domine
Joue contre joue
les enfants s’aventurent
en leur devenir

A la faveur d’un geste
leur passion commune
devient rêve
imprécis

L’oiseau quitte sa branche

Et le ciel fendillé
s’offre à éclairer
nos silences
Dans l’infini bleu
se perdent les labours

Celle qui s’inventait
des anges après minuit
rejoint les restes du troupeau

Dans quel miroir
a-t-elle abandonné
ses rêves ?
L’après est dans l’avant

Yves BROUSSARD


En devenir … ( RC )


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Masque Ventral de Tanzanie

 

En devenir…

Les chairs enveloppées de fougères,
Ont des murmures clairs,
Qui repoussent les mers
Au delà- des lierres.

C’est un autre horizon,
Que tu portes en toi,
Cet enfant qui croît
Et sera peut-être blond.

Pétri de grondements,
Tes veines de murmures,
Disent les temps futurs,
Naissance et avènement…

Mais sa masse animale,
Nourrie de ton sang,
Se berce des avants
Et reviendra danser au bal,

Future d’indépendances
Aux heures lourdes, et lentes
Confiné dans l’attente,
Se prend soudain de danse

Dans les décors de rouges,
Ce tout petit fauve,
D’un incendie mauve,
Doucement se bouge,

D’un univers partagé, relié
A l’invisible outremer,
La navigation des chairs
Lui fait prendre pieds

Tu peux compter ses doigts,
Ses formes rondes, de haricot…
Si proche de ta peau,
Il n’est pourtant plus toi,

Si tu écoutes son être pousser,
Pour s’aventurer sans préavis,
Affronter les destins de la vie,
Vers laquelle il va s’élancer.

Au terme du voyage sommeil,
Porteur de tous les rêves,
A la mer immense, au coeur de sa sève,
Toute jeune bouteille…

Portée par les flots,
Une feuille blanche à écrire,
Toute sa vie en devenir,
Dont tu es le terreau…

RC – 15 juillet 2013

( sur l’incitation poétique  de Nath  ( bleu-pourpre) avec indocile – ancre )