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Articles tagués “dormeur

René Guy Cadou – Journal inachevé


 

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   Juan Gris – La lampe

 

 

 

Dormeur inespéré je rêve

Et voici que soudain une petite lampe

Remue très doucement sa paille

Et qu’à cette lueur j’entrevois

Le malheur occupé au loin

 

Rien à frire

Dans la poêle sans fond de l’avenir !

Rien à tirer de la grenouille de l’enfance !

Mais surtout rien à boire

Dans la coupe de l’espérance

Sinon un vin de tous les jours

 

Rêvais-je encore ?

Quel ange éberlué me nommait ?

Les heures comme des carpes se retournaient

Tout près

Sur le sommier du fleuve

Et pour la première fois peut-être j’entendis

La corde d’un violon casser

 

Voici que l’acajou verdit que la chambre s’emplit

De la marée inaugurale d’un poème

Et que cet enfant d’autrefois

Se met à vivre à la fenêtre !

Laissez entrer tous ceux qui rêvent

Laissez-moi m’habituer

Au récipient à peu près vide de la lune

Qu’un chien traîne en hurlant sur le pavé du quai

 

Je te vois mon amour

Ensoleillée par les persiennes de l’enfance

Comme un matin trop beau couleur de thym

Avec ce frétillement d’ablettes de tes jambes

Et cette lente odeur de lessive et de pain

 

Marche un peu dans la rue sans ombre

Vers la flamme !

Redresse-toi un peu que j’accède à présent

Par le puits de tes yeux aux sources de ton âme

Où n’ont jamais plongé les racines du temps.

 

 

 

Comme un oiseau dans la tête

Poésie Points


Paul Vincensini – le dormeur


 

Eggleston, William (1939- ) - 1970c. Self-Portrait 8530661830.jpg

photo: William Eggleston

 

Le dormeur atteint par son silence
La clarté la douceur et la durée
Des racines heureuses
Qui ne voyagent qu’en elles
Loin des feuillages infidèles
Des oiseaux criards
Et des couleurs du ciel

« D’herbe noire », 1965.


S.M.Roche – Nocturne


372023

 

 

Des ailes bruissent au fond d’un seau,
des formes surgissent de la terre,
d’autres sont accroupies.

La rumeur de leurs mains nappe la ville.
Un dernier fruit tombe du ciel
sur la tôle du poulailler
et les coqs sont réveillés.

Personne ne pense aux étoiles,
il a fait trop chaud tout le jour.

Le dormeur amène la voile,
le songe s’engrave sur le lit,
le poème s’est perdu.

Il reste le bois fendu
d’une nuit sans sommeil.

 

– A lire, avec beaucoup d’autres  sur  le site « chemin tournant »


Diana Der-Hovanessian -Poème ouvert


peinture: artiste américain ( non identifié)

peinture: artiste américain ( non identifié)

la mort se trouve à côté chaque dormeur
ce jour se réveille
guette toutes les étapes
en posant le talon
qui rythme s’accélère à nouveau
et exhale chaque souffle
sauf où l’amour y respire

death lies beside each sleeper
that day wakes up
stalks every step
puts down the heel
that pace picks up again
and exhales every breath
except where love breathes in
ce texte, dont j’ai tenté la traduction,   est extrait du très riche  site  de la poésie  arménienne,  visible  ici.

Carlos Martinez Rivas – Portrait de dame avec jeune dormeur


peinture:         Fernando Botero           » le déjeûner sur l’herbe »

PORTRAIT DE DAME AVEC JEUNE DONNEUR

La jeunesse n’a pas où appuyer la tête

Sa poitrine est pareille à la mer.

Comme la mer qui ne dort ni de jour ni de nuit.

Elle est en formation

et non pas groupée comme la maturité.

Comme la mer qui dans la nuit

et alors que la terre dort comme une souche

se retourne dans son lit.

Seul.

Retiré dans ma toux.

De mon lit qui grogne j’entends couler l’eau.

Toute l’eau qu’on entend passer la nuit sous les lits.

Sous les ponts.

Les oiseaux du ciel ont leurs nids.

Nids étrangissimes

Les renards et les renardes ont de joyeuses tanières

où faire ce que bon leur semble.

En la laissant pour demain sa vie passe.

Et à la Pinacothèque de Munich,

sous le grand champignon, à l’ombre affable des Vieux Maîtres,

ou dans la marmite du plaisir,

renversant sur le sol son futur

Il dit à sa jeunesse, à son divin trésor il dit :

– J’attends seulement que tu passes pour me servir de toi.

Et apprendre à m’asseoir.

Commencer à prendre figure.

Voilà ce que fit Mister Carlyle, le dyseptique.

Ce que firent Don Pio Baroja et son béret.

Ou Emerson (« … une physionomie bien achevée est la véritable et unique fin de la Culture »).

Et tous les autres Octogénaires, ceux qui escamotèrent leur destin :

le propre, ce qui de l’homme fait une rosse

et finit en lunettes, museau, moustache individuelle et entêtée.

Voilà ceux qui parvinrent à ‘la fin et réglèrent l’affaire et méritèrent

un portrait dans leur vieux fauteuil rose

déjà chauve et beau à leur semblance.

extrait de recueil de poésie  sud-américaine


Marina Poydenot – Le rêve dans le dormeur


peinture: le berceau: Berthe Morisot

 

 

 

 

 

 

provenant de ses vers « libres »…  voila un aspect des créations  de Marina Poydenot

Le rêve dans le dormeur

Parcourant des milliers de comètes,
pieds nus,
le rêve
se change en ascenseur,

étoile dans un boyau noir.Dans un va-et-vient confus
quelqu’un te prend la main,
tu retrouves l’odeur de chlore
qu’il ne fallait pas respirer,
le timbre grave qui te faisait peur
et t’enfantait.Tu t’éveilles plein de voix
dans le silence de la nuit,
à te demander
qui rêve dans le dormeur,
qui parle
à qui,
ensemble séparés
par une mince feuille de temps.