voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “douche

Véronique Bizot – l’odeur de la prison


Matthew Saba - Breathing [2015].jpg

peinture: Matthew Saba – Breathing – 2015

Dans la maison arrive, sans prévenir et pour quelques jours, un journaliste de radio assez connu.
La maison étant pleine, il dort, comme tous ceux qui font escale ici, sur un canapé du salon, et ne semble pas souffrir de la chaleur, ni de la promiscuité, ni de rien.

Agités comme nous le sommes, nous apprécions son élocution tranquille, son timbre posé, la texture de sa voix,       le son apaisant qu’elle produit –         l’apaisant son France-Culture -, nous le faisons donc parler,        prêts à entendre n’importe quoi de cette voix,         un bon vieux conte de Noël,          un récit de pêche,          et, en écoutant, nous apprenons qu’il a autrefois fait un peu de prison – ce que ses auditeurs en principe ignorent.

Nous le faisons donc parler de la prison où aucun de nous n’est allé, et dont il se rappelle essentiellement les bruits et les résonances métalliques.
Ainsi que l’odeur.             L’odeur de la prison – où, nous dit-il, il écoutait déjà France- Culture – est très proche de l’odeur des studios de la Maison de la radio – où il retrouve celle de la prison.

La preuve en est les anciens prisonniers, désormais écrivains ou scénaristes, qu’il lui arrive d’inviter dans son émission.

Il les voit, à peine assis, renifler l’air du studio, parcourir du regard les murs capitonnés, s’attarder sur la vitre fumée qui sépare les gens de la technique, approcher leur nez de la mousse du micro, avec le résultat qu’ils deviennent nerveux.
Il est en effet, nous dit-il, impossible de se débarrasser tout à fait de l’odeur de la prison qui resurgit çà et là à l’improviste alors même qu’ayant purgé notre peine nous sommes supposés avancer dans l’existence d’une âme tranquille et dans nos habits neufs.

En aucun cas naturellement nous ne conservons à l’extérieur nos habits de la prison, nous laissons ces habits à l’intérieur de la prison, à la disposition de nos camarades encore détenus, ou bien nous les fourrons dès notre sortie dans la première poubelle que nous rencontrons, après quoi nous n’avons en tête que de nous frictionner la peau sous une interminable douche.
Mais les jours passant, jours de supposée liberté, nous finissons par comprendre qu’il est parfaitement illusoire d’espérer la disparition de cette odeur dont nous sommes en réalité infectés jusqu’à la moelle de nos os, et qui, où que nous allions sur cette terre, est comme un signe d’appartenance par lequel nous nous reconnaissons entre nous.

De sorte que, dit-il, pour ce qui est de ces anciens prisonniers que je reçois à la radio, vient le moment où c’est moi qu’ils se mettent à scruter, quelques secondes à peine, et les voila tranquilles.

 

extrait de  « Une île ».                V Bizot   Actes/sud  2014


Mary Jo Hoose – Oh enterrez-moi !


 

 

 

photo extraite du film         » la ballade de Narayama » ( Sh Inamura)

 

 

 

Oh enterrez-moi en haut d’ une montagne de la région
Au flux des eaux cristallines s’écoulant comme une fontaine éternelle.

Avec sa colline de verte émeraude , piquetée de belles fleurs sauvages.
Et de grands pins parfumant l’air sous la chaude douche de l’été.

Trouvez un vieux chêne avec des branches pleines d’ombre.
Les petits oiseaux chantant pour moi depuis leurs nids .

Oh enterrez-moi auprès du lumineux et chaud soleil ,
Lorsque la pleine lune brille , sur une nuit étoilée.

Reliée à la cabane de mon pays bien-aimé ,
Regardée et protégée par mon chien fidèle .

Oh enterrez-moi auprès des dieux de la grande cathédrale bleue .
Où le vrai sommeil éternel est paisible .

 

Mary Jo Hoose

 

( tentative  de traduction  RC )

 


Décor, lumière, extinction ( RC )


photo perso; panoramique  collines éclairage vallée du Lot

photo perso; panoramique collines éclairage      vallée du Lot…  voir le panoramique  dans  une dimension d’image plus grande ?   cliquer  sur elle

En tous sens,           coulissent des rideaux ,
–                 Des pans de décor, qui bougent
Se masquent,        grimacent une ambiance,
Tantôt légère, tantôt portée  d’inquiétudes

>                                C’est une scène de théâtre,
Une question d’étoffes,   de murs végétaux,
Où l’éclairagiste s’affaire,
Dans les hauteurs,  à combiner les lumières,

A rassembler les nuages
User de la douche,         des matités et brillances
Orage côté cour,     grand projecteur côté jardin.

Qui s’éclaire  et puis  s’éteint,
Aux vents fantasques,        il faut saisir l’instant
La mesure des secondes,         ne revenant plus,

S’il faut en faire un dessin.

 

 

RC –  24 mai 2013

–  A noter que ce type  d’éclairage ponctuel et fugace est une  des caractéristiques de la région et est effectivement perçu ( avec les pans de montagnes ou en lumière ou en ombre, selon la position des nuages), comme une scène –  un théâtre de lumières…..  Voir  sur la même  atmosphère  mon article  sur  » Lozère en causses »


Sempre0allegra – j’aime quelq’un en secret


 

peinture-dessin: Odilon Redon, figure de profil

amo qualcuno in segreto / j’aime qq’un en secret

27  mars 2011

J’aime quelqu’un en secret

Un que je ne verrai jamais

 

Quand  l’écran s’allume

Je crois de suite que c’est lui.

 

Ses mains dans ses cheveux

Me disent qu’il pourrait bien m’aimer

 

Il est dans mes yeux

Comme le soleil, lumineux

 

Illuminant mes pupilles

Je l’imaginais Or et Lumière

 

En réalité il est comme vous et moi

Dans ce  caléidoscope je vois

 

Le contraire de  ce je que je crois

Donc  amour impossible

 

Parfums de pays lointains

Miettes de leurs pains

 

L’amour me fuit

Se faufilant entre mes doigts

 

Il m’abandonne, à la fin de la nuit

Me laissant seule face à moi

 

Cet amour – là est tel

Une douche glaciale, que rien ne dégèle

 

Peu importe,  ce que je veux

Avant toute chose, c’est aimer

 

La douceur du danger

Car j’aime quelqu’un en secret

 

Quand vous verrez l’écran s’allumer

Vous croirez que c’est lui

 

Sa main dans son épaisse chevelure

Vous penserez,  c’est sûr

 

Quelqu’un qui peut m’aimer

J’aime quelqu’un en secret

 

Oui un jour peut être il saura m’aimer

 

 

Ecrite en italien le 31/01/2006

Traduite le 27/03/2011

Amo qualcuno in segreto
Uno che non vedo mai
Quando si accende lo schermo
Credo sempre che stia lui

Le sue mani nei suoi capelli
Mi dicono che potrebbe ben amarmi

Sta nei miei occhi
Come il sole, Lucenti
Illuminandomi i pupilli.
Immaginavo L’oro e la luce
Invece è come voi o me
Tale un caleidoscopico
Il rovescio delle mie idee
Anche un amore improbabile
Profumi di paesi lontani
Bricioli di soliti pani
L’amore si fuga di me
Filando tra i miei dita
Abandonnandomi
alla fine della notte
lasciandomi sola alla porta
L’amore è tale
una doccia giaciale
Che nulla possa sbrinare

Ma cio che voglio amare
Prima di tutto,
è la dolcezza del pericolo.

Amo qualcuno in segreto
Uno che non vedo mai
Quando si accende lo schermo
Credo sempre che stia lui

Vedo la sua chioma spessa sotto i suoi dita
Che mi dice che saprà amarmi

semrpeallegra@fr martedì 31 gennaio 2006