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Articles tagués “douleur

Franck Venaille – Face tragique, corps menacé, rebelle à jamais


 

 

 

sc  M Claire  -   viel - miroir.jpg

 

A jamais différent de ceux pourvus de tout.

Croyant pourtant à semblables chimères en d’
identiques rêveries conservées de l’enfance.

Il fredonne et cela donne ce léger clapotis
dans sa pensée, bleuté toutefois, pareil à cet
alcool trop amer que, frissonnant, l’on boit.

Tout juste un homme fait de sa propre mort
qui apprivoise les moineaux ceux-là gris de
douleur compagnons modestes de chambrée.

L’égal des grands soleils, du midi formidable,
de cette lame à vif qui perce le couchant.

Face tragique, corps menacé, rebelle à jamais.


Le vitrail rouge – ( RC )


 

Vitrail: Marc Chagall

 

Il y a un mur, entre moi et la lumière.
Ce mur a beau être de verre,
à chaque fois, il s’obscurcit,
au sang des cœurs trahis.

C’est une fontaine vermeille.
Elle joue avec le soleil,
mais les oiseaux sont englués
à travers le vitrail ensanglanté .

C’est une lave de couleur ,
qui traduit la douleur,
contrepoint de surfaces grises ,
qui , peu à peu envahit l’église .

Un amour sans fin était promis ;
il faut croire qu’il a péri .
Il se suffira pas de quelques prières,
pour le revoir de sitôt sur la terre .


RC – nov 2016

 

( en rapport  avec le texte  de  Mokhtar El Amraoui, visible sur son blog )


Paul Vincensini – Des paniers pour les sourds


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Peinture:  JF Millet : paysans bêchant

 

L’âcre odeur de sueur
Qui monte de la terre
A dissipé l’encens
Et ronge les suaires
Les mains durcies fermées par le labeur
Et les mains sans limites
S’effilochant en rêves
Se cherchent et se crispent
Dans la même douleur.

« Des paniers pour les sourds », 1953.

L’aspra adori di sudori
Chì cresci di a tarra
Hà alluntanatu l’incensu
È runzicheghja i fossi
È i mani induriti è senza fini
Chì si starpiddani in sonnia
Circhendusi stantarati
In un stessu dulori


Janos Plinszky – Estaré mirant-ho


Mathieu Grymonprez   état de Kerala Inde.jpgphoto:     Matthieu Grymonprez        état de Kerala Inde

 

Je regarderai l’eau couler

les chemins hésitants et tendres ,

l’écriture où se mêlent  douleur  et hasard ,

leurs longs dessins,

  • sur des pierres mortes

sur des visages vivants –

Je les regarderai avant

de mériter l’oubli .


Catherine Pozzi – Vale


Christophe Possum  rêve de ver.jpg

peinture  aborigène: Clifford Possum  1997

La grande amour que vous m’aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons —
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrée
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée
L’orbe pour nous de l’être sans second
Le second ciel d’une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu
L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte
L’extrême instant de notre seule étreinte
Vers l’inconnu.

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre
Du vin perdu.

J’ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l’angoisse est désir.
Le haut passé qui grandi d’âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t’avais donnée
Pour la douleur.


Vale

Del gran amor que tú me habías dado
El viento de los días los rayos destrozó —
Donde estuvo la llama, donde estuvo el destino
Donde estuvimos, donde, las manos enlazadas,
Juntos estábamos

Sol que fue nuestro, de ardiente pensamiento
Para nosotros orbe del ser sin semejante
Segundo cielo de un alma dividida
Exilio doble donde el doble se funde

Ceniza y miedo para ti representa
Su lugar, tus ojos no lo han reconocido
Astro encantado que con él se llevaba
De nuestro solo abrazo el alto instante
Hacia lo ignoto.

Pero el futuro del que vivir esperas
Menos presente está que el bien ausente
Toda vendimia que él al final te entregue
La beberás mientras te embriaga el
Vino perdido..

Volví a encontrar lo celeste y salvaje
El paraíso en que angustia es deseo
Alto pasado que con el tiempo crece
Es hoy mi cuerpo, mi posesión será
Tras el morir.

Cuando en un cuerpo mi delicia olvidada
En que estuvo tu nombre se vuelva corazón
Reviviré los días que fueron nuestro día
Y aquel amor que yo te había dado
Para el dolor.

Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán


Birago Diop – Sagesse


Bela Kadar - 21.jpg

peinture:  Bela Kadar

 

 

Sans souvenirs, sans désirs et sans haine

Je  retournerai au pays,

Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine

Enterrer tous mes tourments vieillis.

Sans souvenirs, sans désirs et sans haine.

 

Je rassemblerai les lambeaux qui restent

De ce que j’appelais jadis mon cœur

Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;

Et si tout n’est pas mort de sa douleur

J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

 

Dans le murmure infini de l’aurore

Au gré de ses quatre Vents, alentour

Je jetterai tout ce qui me dévore,

Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –

Dans le murmure infini de l’aurore  .


Rabindranath Tagore – au coeur de la création


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Tu es venu un moment auprès de moi, et tu m’as ému par le grand mystère de la femme,
qui palpite au coeur de la création.
C’est elle toujours qui retourne à Dieu le flot de sa douceur;
elle est la beauté toujours fraîche, la jeunesse dans la nature;
elle danse dans les huiles de l’eau, elle chante dans la lumière du matin;
en vagues bondissantes elle apaise la soif de la terre; en elle éclate l’Éternel,
jaillissant en une joie qui ne peut se contraindre plus longtemps et s’épand
dans la douleur de l’amour.

LVI.

 

(  extrait de la  « Corbeille  de fruits » )

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Rainer-Maria Rilke – Changement ,être et visage


​9 Roman Gods Who Weren't Just Rip Offs Of Greek Gods:

photo:          sculpture anthropomorphe aux jardins Bomarzo

 

« Nous ne sommes que bouche.

Qui chantera le cœur lointain
que rien n’atteint, qui règne au plus profond de toutes choses ?
Sa grande pulsation se partage entre nous
en pulsations moindres.

Et sa grande douleur,
comme sa grande exultation, sont trop fortes pour nous.
Ainsi, nous ne cessons de faire effort pour nous en détacher
et n’en être ainsi que la bouche.

Mais soudain fait irruption
secrètement la grande pulsation au plus profond de nous,
qui nous arrache un cri.
Et dès lors nous sommes aussi être,

changement et visage. »

 

Rainer Maria Rilke, Für Frau Agnes Renold

vintage 1940/50's dental mannequin "robot" for teaching:


L’écharde – ( RC )


peinture: John Haro

peinture: John Haro

 

 

L’existence, toujours, pivote sur la douleur :

          Des pas, encore des pas.

On ne sait où ils nous mènent ,

C’est comme si le cours des jours s’émiette,

et il faut vivre avec une écharde de fer,

la porter ,       la sentir sans cesse.

Elle se fait oublier, parfois,

au soleil rouge de l’amour,

mais re-surgit bientôt,

lorsque saignent les blessures.

Traversant la langue,

il ne reste plus alors

qu’à boire son propre sang   .

RC-  juill  2015

The existence, always swivels on pain.
Steps, and steps again….
We do not know where they lead us,
It’s as  the days crumbles,
and we must live with an iron splinter,
wear it, feel it continually.
It makes forget , sometimes
to the red sun of love,
but soon reappears,
when wounds are bleeding.
Crossing the thongue
We just  only have
to drink our own blood.


Pierre Mhanna – her body was a night



A travers le feuillage des étoiles
son corps était une nuit
couchée en signe de capitulation,
tremblant de la douleur
de mille soleils cachés.

Through the foliage of stars
her body was a night
lying in surrender,
trembling with the ache
of a thousand hidden suns.

 

De Pierre Mhanna,  on peut  consulter  son site, « fontaine de grâce » bien sûr,

 

et aussi  ces  petits textes  en forme  de haiku, qui ont  fait l’objet d’une publication précédente… (amour et silence )


Irène Assiba d’Almeida – chairs éparpillées


 

 

 

Chairs éparpillées

 

Les dieux ont perdu la parole

Les hommes ont perdu la sagesse

Les femmes ont perdu la raison

Car les enfants ont perdu la vie

Et mes entrailles folles de douleur

Eclatent et s’éparpillent

A chaque fois que meurt

L’enfant-sida

L’enfant-soldat

L’enfant-souffrance

Comment rendre la douleur muette ?

Comment recoudre mes chairs éparpillées

Pour que les dieux retrouvent la parole

Les hommes la sagesse

Les femmes la raison

Et les enfants la vie ?

 

Irène Assiba d’Almeida


Giacomo Leopardi – A la lune


 

 

O gracieuse lune, je me souviens qu’il y a maintenant un an,

je venais sur cette colline plein d’angoisse, te contempler,

et tu planais alors, comme tu fais à présent, au dessus de cette forêt que tu illumines tout entière.

Mais ton visage m’apparaissait nébuleux et tremblant à travers les larmes qui perlaient sous mes paupières,

car douloureuse était ma vie, et elle l’est encore et n’a pas changé, ô lune bien-aimée.

 

Et cependant j’aime à me souvenir et à calculer l’âge de ma douleur.

 

Oh ! comme il est doux, au temps de la jeunesse, quand la carrière à parcourir

est encore longue pour l’espérance et courte pour la mémoire, de se rappeler les choses passées,

encore qu’elles soient tristes et que le chagrin dure !

 

1819


La chaise rouge – ( RC )


 

peinture: Mark ROTHKO : Marron et Noir sur des rouges, 1957

 

 

Dans l’image a surgi

Le grain, la palpitation

L’émotion rougie

Presque la déflagration

 

D’ une barre courbe

Un signe du sombre

De puissance encombre

C’est ce rouge fourbe

 

Il n’est ni sang ni cerise

Se détache lumière

En donnant à sa guise

Forme à la matière

 

Un éclair de couleur

Traverse ma page

Un éclair de douleur

De la photo, l’otage.

 

Aux accents de lave

Des blancs et bleutés

Opposés, ameutés

Les autres sont esclaves

 

 

dec 2011  RC

 

photo:     national Geographic

Et avec les « commentaires »…

  1. le rouge est la couleur de l’ensanglantement…
     » debout il y a trop de bruit
    à l’usine des dentelles…

    Alors je m’asseois »

    Là, sur la chaise rouge…

    Des bises Ren

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    12/19/2011 à 12 h 55 min Modifier

    • On peut avoir cette interprétation, moi, je la vois distincte ds autres couleurs, justement parce qu’elle est chaude

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  2. oui, et le sang, c’est chaud…et c’est la vie…j’ai toujours été impressionnée de celui qui coule en chacun de nous, mais dans le bon sens, je dirai…je n’aime pas le voir couler, parcequ’en génèral c’est  » mauvais  » signe, mais j’aime imaginer chaque humain comme un arbre empli de cet ensanglantement qui pulse et pulse encore..c’est ça qui m’est passée dans la tête avec la chaise rouge…et m’asseoir sur une chaise rouge, ça équivaudrait à m’ésseoir dans la vie…
    Sourires…
    En réponse à ce que tu viens de poster, un sourire avec de la lumière à l’intérieur..oh; oui, je vois ça parfois autour de moi, c’est absolument cadeau des sourires pareils…

    12/19/2011 à 14 h 42 min Modifier

  3. En fait j’ai écrit ça l’autre jour en pensant à une photographie que j’ai faite ( une diapo) sur laquelle j’aimerais bien remettre la « main ».. j’avais mesuré l’intensité de la couleur avec une cellule faite pour çà, et effectivement le rouge était « criant » de vérité…

    quant au sourire de E De Andrade, l’allusion sexuelle est criante aussi, j’avais même dans un de mes textes écrit quelque chose d’approchant avec un sourire « vertical »… il faudrait que je le retouve…. j’ai déjà idée où il peut être…

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    12/19/2011 à 15 h 09 min Modifier

  4. 2 choses:

    « Le rouge est la lumière dans le temps. »

    Rupprecht GEIGER

    et http://corpsetame.over-blog.com/article-1112-ceux-qui-restent-43321780.html

    pour un travail d’ Elke KRYSTUFEK

     

  5.  

Camillo Sbarbaro – Tais-toi, âme lasse d’être heureuse


montage perso

      montage perso,       août 2013

 

Tais-toi, âme lasse d’être heureuse
et de souffrir –vers l’un et vers l’autre tu vas résignée-
J’écoute et m’arrive une voix tienne.
Pas celle des regrets pour la misérable
jeunesse, pas celle de colère ou de révolte
Pas même celle de l’ennui

Muette

Tu gis, le corps dans indifférence
Désespérée.

Nous ne serions pas surpris,
N’est-ce pas, mon âme, si maintenant
Le cœur s’arrêtait, si notre souffle
était coupé.

Au contraire nous marchons.
Et les arbres sont des arbres, les maisons
sont des maisons, et les femmes
qui passent sont des femmes, et tout est
ce qu’il est.

L’alternance de joie et de douleur
Ne nous touche pas. Elle a perdu la voix
La sirène du monde, et le monde est un grand
désert.

Dans le désert
avec des yeux secs je me regarde.

Camillo Sbarbaro


Vahagn Davtian – Pierre sculptée avec croix


photo perso-          Croix sculptée,     Vallée du Lot,        Lozère

photo perso- Croix sculptée, Vallée du Lot, Lozère

Pierre sculptée avec croix



 

Dans les épines,
dans les rochers,
dans le vent,
dans les tempêtes,
à travers les neiges
à travers le grillage
inamovible
têtu
l’effritement
droit
indéchiffrable
simple,
seul et modeste
contre le ciel
contre le soleil
un pilier de la douleur
une colonne de conscience
contre le temps
, comme la beauté
crucifiée.

 

Stone Carved with Crosses
Vahagn Davtian

In the thorns,
in the rocks,
in the wind,
in the storms,
through the snows
through the scorch
unmovable
stubborn
crumbling
straight
undeciphered
simple,
alone and modest
against the sky
against the sun
a pillar of grief
a column of conscience
against time
like beauty
crucified.


Bernard Perroy – Vue sur la mer…


(  du site de Bernard Perroy, où beaucoup de ses écrits sont visibles…)

P0303283

Je me mets à genoux

devant la brise légère

qui veut me réchauffer

de l’intérieur,

.

faire renaître de leurs cendres

ces mots que la douleur entrave,

ce cœur en moi

qui ne sait plus reconnaître la flamme

ni les promesses du jour…

.

Brise légère,

apprends-moi,

de tout ce que je parcours,

cette sorte de  joie qui ne s’en va pas.

.

Bernard Perroy

.


Anna Akhmatova – Rupture


photo  Gilbert Garcin:           la rupture

 

 

Rupture

Voici le rivage de la mer du Nord.

Voici la limite de nos malheurs et de nos gloires,

— Je ne comprends plus : est-ce de bonheur,

Est-ce de regret que tu pleures,

Prosterné devant moi?

Je n’ai plus besoin de condamnés,

De captifs, d’amants, d’esclaves ;

Quelqu’un que j’aime et qui soit inflexible

Partagera seul mon toit et mon pain.

Automne baigné de larmes, comme une veuve,

En vêtements noirs;   le coeur est embrumé…

Elle se remémore les mots de son époux,

Elle ne cesse de sangloter.

Il en ira ainsi tant que la neige silencieuse

N’aura pas pitié de la malheureuse lasse…

Oublier la douleur, oublier les caresses —

On donnerait pour cela plus que sa vie.

1921


Nicolas de Stael – grand concert ( RC )


peinture; N De Staël :              le grand concert    1955    (avant le suicide  de l’artiste)

Face au grand mur de la douleur,                           Nicolas de Staël
A accompagné dans leur vol, les oiseaux , à toutes profondeurs.
Face au mur de la vie, si le bleu le noir et le blanc ne s’épousent pas.
C’est par un cri de couleur que tu as plongé dans le                     vide.

Peut -être pour retrouver l’espace des grands a-plats
Le reproche de l’ombre et            le tragique  du rouge

Il fait nuit sur  ton corps, qui n’a pas suivi celui des oiseaux
Il fait nuit sur ta vie,                        qui nous disait l’inverse,
L’éclat d’un citron, d’un vase, et les rythmes des voiliers
Posés d’aplomb sur les surfaces         peintes au couteau.

Mais si tu es gisant, brisé au pied des rochers
La musique des teintes, nous invite, symphonie

Où jouent les masses         dressées sur l’écarlate
L’ombre du piano noir, l’ocre de la contrebasse
A ton grand  concert,        la neige des partitions
Des musiciens absents, à écouter les couleurs.

RC   25 mai 2012

 

– – voir  aussi  « le pinceau de la ville »

Faced with the great wall of pain, Nicolas de Staël
Accompanied in their flight, the birds, at any depth.
Facing the wall of life, if the blue black and white does’nt embrace.
This is a cry of color that wherefrom you plunged in the vacuum.

Perhaps to find space for a large flat-painted surfaces
The reproach of the shadow ,   the tragic of red

It’s dark on your body, which did not follow the birds
It is night of your life, who said the opposite,
The splendor of a lemon, a vase, and the rhythms of sailboats
Placed squarely on the painted surfaces with the painting knife.

But if you’re lying, broken at the foot of the rocks
Music of colors, invites us,          symphony

Where the masses are standing on the scarlet
The shadow piano black, the ocher  of the double bass
To your great concert, the snow of music sheets
Absent with musicians,            listening  to the colors.

voir  aussi  cet  article  dont  je fais  référence

———–>

Emma/mj

Ce tableau évoque d’abord pour moi l’incommunicabilité : Malgré le pont que font les partitions entre les deux instruments , la musique semble étouffée par l’horizontalité de ce rouge écrasant , horizontalité contre laquelle semble s’élever péniblement la voix du violoncelle dans sa tonalité incertaine..
Pourtant ,, quand le regard s’attarde sur le tableau , l’éclat que donne cet agencement de couleurs au blanc éblouissant des partitions pourrait être un hymne à la musique ?
Je ne sais pas . Deux impressions contradictoires …

05/25/2012 à 21 h 20 min (Modifier)

Ta lecture est « plausible »,… étant donné que j’ai une vue plus « abstraite », je ne la partage pas ici, mais par contre oui, pour certains de ses tableaux: par exemple un nu sur le même fond rouge…

voir aussi  le poème  de Jean Senac, ici…


Céleste N .Snowber – traces de la terre


Photo of Celeste Snowber by Gary Bandzmer

Elle est marquée de cicatrices
identitaires , d’où les contes
sont nés: une terre à la fois de
beauté et de génocide.

En fait, ni
l’histoire par l’oralité
ni l’histoire vécue
qu’elle entendit comme un
enfant de la diaspora.
Elle souffre pour
l’odeur de la terre
les textures des montagnes
les couleurs de peau
du vieux pays,
natal de sa mère.

La géographie détient
sa propre histoire –
un récit de savoir
caché dans le parfum
de boue et de ciel
du pain et les plantes
des fruits, à  moitié mûrs
sur le sol arménien.

Une douleur, pour la terre
d’où on venait,
un désir plus profond qu’étant
Moins de / Plus debout
L’appel viscéral
du toucher et sentir
d’entendre la chanson
de la terre
et se lamenter.

( essai de traduction personnelle du texte  visible en langue anglaise  sur le site  de la poésie  arménienne,  et particulièrement  des  textes  de l’auteure:)



She’s compelled with traces
of identity where the tales
were born: a land of both
beauty and genocide.

Not for facts,
the orality of story
the lived history
she heard as a
child of diaspora.
She aches for
the smell of earth
textures of mountains
colors of skin
the old country,
birthland of her mother.

Geography holds
its own story –
a narrative of knowing
hidden in the scent
of mud and sky
bread and plants
fruit, half-ripened
on Armenian soil.

An ache for land
from whence one came,
a longing deeper than
under/over standing
visceral call
to touch and feel
hear the earth’s
song and lament.


Douleur orange ( RC )


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peinture  : W Turner –  Sun Setting Over a Lake-

Comme  tu es              loin … !
Plaquée en ombre sur le soleil
Aveuglé,       d’ une douleur   – orange.

RC –  26 avril 2013


Ton visage inconnu ( RC )


Il faut aller  de porte à porte
Laisser les courants d’air
Agiter les volets
Et claquer autant de gifles d’eau,
brutales
Entr’ouvrir les yeux sur la peine
La douleur, et le sang qui perle
A l’orée de tes paupières
Pour retrouver les sourires
Derrière les fonds de fard
Qui me laissent  ton visage
Inconnu.

RC   13 mars  2013


Lucien Blaga – j’attends mon crépuscule


from Universetodayregard, soleil, 

 

 

 

J’ATTENDS MON CRÉPUSCULE

Voûte étoilée où nage mon regard –
et je sais qu’en mon âme aussi je porte
étoiles en myriades
et voies lactées,
merveilles des ténèbres.
Mais ne puis les voir,
j’ai tant de soleil en moi
que ne puis les voir.
J’attends que se couche mon jour
et que mon horizon ferme ses paupières,
j’attends mon crépuscule, nuit et douleur,
que s’enténèbre mon ciel tout entier
et qu’en moi se lèvent des étoiles,
mes étoiles,
que je n’ai encore
jamais vues.

 

 


Le ciel ne se remplit pas de couleurs, aux fêlures du quotidien – ( RC )


 

 

 

 

A oublier de respirer,

Celui qui poursuit son chemin tranquille,

Ne s’aperçoit pas que, sous ses pas,

Se déroule le vide

Et que la falaise a cédé.

 

L’apprenti soldat, confond la réalité avec les jeux vidéos,

Et l’arme entre ses mains, n’a de différence avec le fusil en plastique

Que son poids, et l’odeur de l’huile

Alors qu’il caresse la gâchette,

Large, froide – vraie

 

A oublier de respirer,

On en oublie de penser

Et le monde a tourné sur lui-même.

Les larmes ont séché sur les visages

Au soleil disparu derrière les collines.

 

Enrôlés de force, les enfants soldats

Qu’on mène au combat

Délaissent la famine,

Pour les champs de mines,

Ont le goût du sang, dans leurs bouches d’enfants.

 

Le ciel ne se remplit pas de couleurs

Aux fêlures du quotidien,

Mais colporte la haine

Dans leurs poings serrés

Sur des branches de douleur.

 

 

RC – 8 février 2013


Leon Felipe – nous sommes en pleurs


peinture: Fr de Goya –         The Last Communion of St Joseph Calasanctius

NOUS SOMMES EN PLEURS

Evêques ambulants
remettez votre camelote à sa place :
les idoles à la poussière
et l’espérance à la mer.

Je sais.
Je sais que vous avez peint
un siège dans les nues
et une flamme de souffre
au fond du puits.
Mais je ne suis pas venu
quémander une place dans la gloire
ni mettre la peur
à genoux.
Je suis de nouveau ici
pour faire valoir par mon sang
la tragédie du monde,
la douleur de la terre,
pour crier avec ma chair :
Cette douleur aussi est mienne.
Et puis pour ajouter :
Au commencement étaient les pleurs…
et nous sommes dans les pleurs.
-Au commencement était le Verbe.
-Le Verbe est la pioche
qui se plante dans l’ombre,
la pioche
qui perfore l’ombre,
le levier
qui fait tomber les portes,
l’outil…
qu’attendait la glaise,
qu’attendent encore les pleurs
et que l’ombre attend toujours.
Le Verbe vint et dit : Voici la glaise ;
que la glaise se fasse pleurs
(non pas que se fasse la lumière).
Et la glaise se fit pleurs.
Au commencement était la glaise…
La glaise faite pleurs !
la conscience des pleurs !
la douleur de la Terre !
-A qui parles-tu ainsi ?
-A celui qui jeta le premier œuf
dans la glaise visqueuse de la mare,
à celui qui féconda la première mare du monde,
à celui qui fit pleurs la glaise.
-Et qui es-tu, toi ?
-La glaise de la mare,
la glaise faite pleurs,
terre de larmes…
comme toi.
Personne n’est allé plus loin.
Au commencement étaient les pleurs
et nous sommes en pleurs.
Car le Verbe n’a pas encore dit :
Que les pleurs se fassent lumière.
-Il le dira ?
-Il le dira, sinon,
à quoi sert la mer ?
(Nos pleurs sont les fleuves
qui vont se jeter à la mer…)
Ou la vie peut-elle éternellement
être une lamentation enfermée dans une grotte ?
Dieu est la mer,
Dieu est le sanglot des hommes.
Et le Verbe se fit pleurs
pour mettre la vie debout.
Le Verbe est dans la chair
douloureuse du monde…
Regardez-le, là, dans mes yeux !
Mes yeux  sont les sources
des pleurs et de la lumière !
Et nous sommes en pleurs…
Nous continuons l’ère des ombres.
Qui est allé au-delà ?
Qui a ouvert une autre porte ?
Toute la lumière de la terre
l’homme la verra un jour
par la fenêtre d’une larme…
Mais le Verbe n’a pas encore dit :
Que les pleurs se fassent lumière !

Mexico, 1939


Edith de Cornulier – Les soeurs douloureuses


Chez Almasoror

photo Gary Isaac

photo Gary Isaac

Les sœurs douloureuses

Minuit dans le hangar ! et nos sœurs douloureuses
S’avançaient à genoux, fuyant la paille en feu.
La nuit de la Saint-Jean s’achevait malheureuse.
Qu’avions-nous fait, Seigneur ? de terrible à tes yeux.

Amis, Ô survivants ! Il fallait fuir. La lune,
Masquée de brume grise éclairait nos adieux.
Moi, je me retournai depuis la haute dune,
Pour un dernier regard aux frères malchanceux.

Ils étaient morts déjà. Seules les sœurs en lutte
Rampaient hors de la grange et leurs cris silencieux
Sonnaient comme un remords qui titille et percute
Comme je cheminais à rebours sous les cieux

De fonte. Savaient-elles au milieu de leur mort,
Qu’elles mouraient ? Bien sûr ! Et ces anges précieux
S’étonnaient en douleur de la frontière hardcore
Qui séparait nos vies de leur départ affreux.

Fêtes de la jeunesse, à ceux qui vous survivent,
Vous ressemblez parfois à de douces chansons.
Mais les anges qui sombrent et se noient sur vos rives
Sont le tribut payé par la génération.

Nous étions trente gars, trente filles en fleurs
A la dernière fête estivale de l’an.
Nous étions quinze gars, quinze filles en pleurs
Au village le jour du grand enterrement.

Edith de CL,            juillet-août 2010