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Le bestiaire – ( RC )


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Tu ne les as jamais vus
mais tu t’en fais une idée
à ce qu’on t’a colporté :
        Ils ont tendance, à leur insu
à se cristalliser
pour prendre consistance,
se construire une existence,
et se matérialiser.

Ce sont des récits épiques
avec des animaux hors norme
aux curieuses formes :
          des bêtes fantastiques…
que l’on dessine
et dont aucun dictionnaire
ne comporte d’exemplaire ,
               car tu l’imagines

aussi bien que je te vois :
un griffon sanguinaire ,
un aigle t’emportant dans ses serres,
des reptiles à trente doigts …
             Ils sèment l’inquiétude
dans les récits bibliques ,
( sans précision anatomique
ni grande exactitude ) .

Autun Cathedral Choir Capital - The First Temptation of Christ 12265096776.jpg

 

 

Cela remonte au plus profond des âges :
ce dragon a une mauvaise haleine   :
          compter neuf têtes à l’hydre de Lerne :
les légendes demeurent et voyagent .
Et si on parle d’animal,
on voit dans les fresques comme à travers le temps :
               ainsi ces figures d’éléphants
de l’armée d’Hannibal .

Ils nous semblent bien bizarres,
eux qu’on trouve sculptés dans les chapiteaux ,
par rapport à ceux qu’on voit en photo :
                l’imaginaire nourrissant l’art.
La comparaison n’est pas de mise :
Si on les reconnait pourtant
c’est bien que des éléments
rappelent leur présence grise…

Ce n’est pas un corps de libellule ,
et de grands yeux étonnés
côtoient une trompe ressemblant davantage à un nez
avec des oreilles minuscules .
               Les hommes les représentant
ne l’ont fait           que par ouï-dire
un vague récit pour les décrire ;
un souvenir persistant

de légendes terribles :
de ces récits rapportés,
                il a suffi de les interpréter
et de les rendre plus visibles
( et donc plus concrets
dans leur apparence ):
de quoi nourrir les croyances,
les faisant passer pour des faits .

Toutes les variations étant permises ,
il n’est pas étonnant que l’imaginaire
abonde dans le bestiaire ,
et qu’on l’utilise
souvent dans la religion :
               la bête,          opposée à l’humain
( et à plus forte raison aux saints )
est objet de suspiscions

et de hantise
pour l’inconscient collectif ,
             voila donc le motif
qui les place en dehors de l’église
souvent agressifs
et symboles de terreur ,
beaucoup plus rares à l’intérieur.
Des moutons, et autres inoffensifs

accompagnent les humains .
Ce sont des animaux domestiques
beaucoup plus pacifiques
qui occupent le terrain
            Pas de vautours
ni oiseaux de proie
autour de la croix
ce serait plutôt basse-cour.

On voit bien , avec les rois mages
             l’âne et le boeuf,
avec un petit Jésus ( tout neuf ),
réunis pour une belle image
             comme une photo de groupe
par contre pas de loup , ni de renard :
ce n’est pas pas hasard
qu’ils ne sont pas dans la troupe !

Il fallait bien faire une sélection :
on ne pouvait pas rassembler tout le monde
à des kilomètres à la ronde :
            ne sont venus à la réunion
que les animaux familiers
qui accompagnent
les paysans de nos campagnes
( pas les fourmiliers

ni les dromadaires
pourtant sympathiques ):
          les exotiques
du bout de la terre
pouvant rester chez eux ,
car ceux des tropiques
ne correspondent pas à la symbolique
décidée par les dieux

et puis de toute façon
on a beau faire des prouesses,
on ne peut y mettre toutes les espèces :
        —- il y en a à foison  !
– on a choisi les plus communs
>          les résultats de cette élection
mènent bien à une discrimination:
on en prend       quelques uns

que chacun peut identifier :
               entre les allégoriques
            les fantastiques,
        les carnassiers
    et herbivores,
il y a abondance
et même concurrence :
          une vision multicolore

A l’instar des papillons ,
on pourrait en dresser un catalogue ;
           ce ne sont pas nos homologues
– il y en a des millions –
les bêtes des antipodes
ou des profondeurs
ont aussi leurs admirateurs
( comme les scarabées et gastéropodes ) .

RC – juin 2017

 

Elephant and Castle (Fresco in San Baudelio, Spain) - Art mozarabe — Wikipédia

 

 

 

 

 


Lautréamont – Les Chants de Maldoror (30)


The Two Brothers - Kay Nielsen, from Grimm's Fairy Tales: The seven-headed dragon came and breathed fire, setting all the grass ablaze...

The Two Brothers –          Kay Nielsen, from Grimm’s Fairy Tales:              The seven-headed dragon came and breathed fire, setting all the grass ablaze…

 

 

 

 

 

 

Tremdall a touché la main pour la dernière fois, à celui qui s’absente volontairement, toujours fuyant devant lui, toujours l’image de l’homme le poursuivant.

Le juif errant se dit que, si le sceptre de la terre appartenait à la race des crocodiles, il ne fuirait pas ainsi. Tremdall, debout sur la vallée, a mis une main devant ses yeux, pour concentrer les rayons solaires, et rendre sa vue plus perçante, tandis que l’autre palpe le sein de l’espace, avec le bras horizontal et immobile.

Penché en avant, statue de l’amitié, il regarde avec des yeux, mystérieux comme la mer, grimper, sur la pente de la côte, les guêtres du voyageur, aidé de son bâton ferré. La terre semble manquer à ses pieds, et quand même il le voudrait, il ne pourrait retenir ses larmes et ses sentiments :

« Il est loin ; je vois sa silhouette cheminer sur un étroit sentier. Où s’en va-t-il, de ce pas pesant ? Il ne le sait lui-même… Cependant, je suis  persuadé que je ne dors pas : qu’est-ce qui s’approche, et va à la rencontre de Maldoror ? Comme il est grand, le dragon… plus qu’un chêne !

On dirait que ses ailes blanchâtres, nouées par de fortes attaches, ont des nerfs d’acier, tant elles fendent l’air avec aisance. Son corps commence par un buste de tigre, et se termine par une longue queue de serpent.

Je n’étais pas habitué à voir ces choses. Qu’a-t-il donc sur le front ? J’y vois écrit, dans une langue symbolique, un mot que je ne puis déchiffrer. D’un dernier coup d’aile, il s’est transporté auprès de celui dont je connais le timbre de voix.

Il lui a dit : « Je t’attendais, et toi aussi. L’heure est arrivée ; me voilà. Lis, sur mon front, mon nom écrit en signes hiéroglyphiques. » Mais lui, à peine a-t-il vu venir l’ennemi, s’est changé en aigle immense, et se prépare au combat, en faisant claquer de contentement son bec recourbé, voulant dire par là qu’il se charge, à lui seul, de manger la partie postérieure du dragon. 


Quine Chevalier – ensorcelées sous le soleil – II


relief: disque  solaire aztèque ( Teotihuacan)

relief:        disque solaire aztèque ( Teotihuacan) – Mexique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chimères dans la bouche
inscrites au livre noir

faux dragon quand le feu
n’est plus qu’une bougie.

Les visages anciens chuchotent
autour des flammes
ont perdu leur pouvoir
et maléfices vains.

L’enfant revient
ailé d’un autre feu
des rubis sur la lèvre
qu’attisent les étoiles

il jongle sur l’étang
dans les arbres si purs

se pare d’écorces
de plumage
et le vent dans tout ça

qui l’attire et l’enchante.

–  II  –


Natha Boucheré – le Rêve Mutant


 

photo: lézard volant ( draco volans )

 

le Rêve Mutant

 

Protéger, porter le rêve, sans le questionner,
Garder intacts sa fibre et son tissage,
Le voile posé comme un reflet,
Est l’opercule,
Est la transpiration immobile de son mouvement de tresse,
L’attente d’une musique sacrée….

Le ressac des vagues rythme le profond va et vient de la récurrence de nos cycles,
Le nid se creuse, devient refuge
Puis devient coquillage sous l’assaut des marées ;
Son chant est une transcription de tout ce que le silence englobe,
Du respiré des choses
Dont nous avons voulu déflorer les mystères tandis que nous étions en train de perdre l’écoute viscérale…
Pourtant nous en avons gardé la trame, le grain, l’effleurement de la première spirale,
Elle feule, effiloche ses particules le long de nos parois….
Tapisse de son feutré toutes nos absences, nos bulles de mémoires reptiliennes

Approche,
Le murmure est là, il clapote ses vagues sous-jacentes
Internes, souterraines
Source pure
Source froide et si profonde,
De nos mystères autant que de nos fissures

Signer avec le pulsatile de nos marées intérieures…
Maintenir ce va et vient giratoire de fleur sauvage
Translation et contre sens, tous les vents emportés dans un cercle imparfait
Puisque en son cœur le centre sait s’absoudre de toute direction,
Son écho est un courant, un bouquet éclaté d’éclairs luminescents

Et enfin, l’âme se dilate, et,
Distendue, innervée à outrance
Dépose la signature,
Une éraflure, tracée à la pointe de la griffe,
Désossée par cet instant fragile… très vite, une gageure….

Pourtant, le grenat de la sève des hommes,
Quand la perle s’arrondit sur la pulpe de son index
Est un rubis brut,
Un joyau opiacé

L’œil du dragon me regarde….
La pupille arquée

…Je ne sais plus quand le rêve est venu me dire sa prophétie,
J’ai retiré l’opercule et j’ai plongé dans la vision de mes yeux fermés sur son méandre souterrain,

J’ai gouté le salé de mon sang,
Sa soudaine fraîcheur
Née de tous les jaillissements versés par les grands soleils bleus,
Les étoiles multiples,
Le lait du ciel,

J’ai eu le mal de mer, le mal de terre, le mal de vie,
Un besoin intense de me régurgiter dans le feu vorace.
Je sais que seuls l’eau vive, l’œuf du ventre
Et le cendré des dunes sous la lune
Sauront calmer ce déversé déferlement.

Je suis sortie de ma reptation,
J’ai mangé une poignée de sable roux,
Quelques reflets d’argent,
Deux nuages ocellés
Et j’ai regardé au-delà des trois montagnes vomies par les brumes,
Dans cette heure qui n’existe que dans la naissance de la première bulle
Celle qui se pose sur le seuil de la parole,
Percée par le souffle innocent de l’enfant nouveau né,
Et j’ai vu

Plus un mot n’est à dire quand tes ailes se déploient…
Et quand le rêve m’a bue,
Je n’étais déjà plus que son vol assouvi.

 

Illustration: Giger  (  se référant à l'île des morts  d'Arnold Böcklin )

Illustration: Giger ( se référant à l’île des morts d’Arnold Böcklin )

 


Leeli – Au sujet de lui et autres considérations


peinture: Mark Bohne

peinture: Mark Bohne

Au sujet de lui et autres considérations

À toi qui l’aime tant
Puis je l’aimer un peu
Ce champ jaune immense
Un Matisse, une mer
Un Dragon sans malice
Où j’ai trouvé en friche
Un terrain mouchoir
Couvert de ronces
Mais foin fou fastueux
Sol sensible tu le sais et j’en passe

J’y ai posé une tente
Bleue ça va de soi
Et j’y dors le soir
Longtemps

Et toi qu’il fait rire
Faconde féconde étonnante
Tu aimes comme moi ce sourire
Certainement
Comme un fauve en cavale
Un pur sang
Sans boulier, ni bolo
Ni attaches

Vous…
Fous de bataille les frères
Deux chiens extravagants
Toujours en joute, en mêlée en tournois
Feintes et valses de mots
Poings sur les I
Virgile en virgule et point final

Je vous envie ce baroud
Et j’en garde le soir
Les mains bien à plat
Le repos du guerrier

Leeli


Laisser tomber la géométrie (RC)


femme de Vitruve          de Nat Krate

 

 

A se poser des problèmes, il y aurait des solutions
Et faire     de la logique  humaine  –       ostentation
Il vaut mieux  déposer              compas et rapporteurs
Pour faire de la vie     (de son avis ?)        un bonheur

Certains voient dans les tracés, une forme d’idéal
Qui ne se formerait                           qu’en diagonales
D’autres rêvent de sirène         , dragon ou cheval
Ou plus simplement la rencontre avec la femme fatale

Démonstrations ,              axiomes et théorèmes
N’ont pas cours ,                      avec les « je t’aime »
Vitruve avec son homme, en cercle , cadenassé
Jonglait avec la logique, qu’il faut outrepasser

Cercle et carrés sont                une chanson douce
Comme la pierre qui roule n’amasse pas mousse
Roule, roule donc,  et suis            donc ton destin
Quand tu déboules soudain,    sur mon chemin !

On ne sait alors si s’éparpillent  figures et losanges
Etoiles filantes,             et              matricules des anges
Car dans ma vie, sans géométrie,            tu t’es invitée
Avec ou sans carte d’identité, avec toi, l’unique vérité.

 

RC        1er mai 2012


Eden en Hespérides (RC)


peinture: Hercule et le dragon des Hespérides - Casino, Villa Lante

 

 

 

Au jardin d’hiver

C’était hier

C’était donc  Avant  ;

L’histoire  d’Adam …(date du printemps)

 

Celui qui, avec les pommes

Se vit devenir homme

Pour qu’il soulève

Aussi le voile  d’Eve

 

La légende ne date pas d’aujourd’hui

Elle parcourt les siècles et dit

Qu’il vaut mieux avec les patates

Les mélanger  d’ tomates

 

Les ramasser au jardin d’Eden

Cà vaut le coup, ça  veut la peine

De se pencher un peu

Pour se régaler à deux

 

C’est un homme  plein de ressources

Mais si on regarde de près,  la source

On n’est pas à mille lieues

Des héros et des  dieux

 

Devant ces fruits de fécondité

Hercule n’eut pas la probité

De laisser moisir ses doigts

Pour  ajouter un de ses exploits

 

Au paradis clos, poussaient dehors

Des arbres bizarres, dotés de   fruits d’or…

Et notre Hercule, qui n’est pas timide

S’en fut de suite ,voir aux Hespérides

 

Remplir sans façons, aux fruits de la passion

Son panier              …                            de tentations

Et tourner en bourrique

Un gardien peu sympathique

 

Ce dragon bien féroce

Mais trop benêt pour notre colosse

Qui revient  sans  bruit

Tout chargé  de fruits

 

Des fruits défendus

Qu’étaient bien pendus

Qui disaient l’amour

Eternité,             –            toujours.

 

Les pommes d’or

Ont changé d’couleur

Les voilà vermeilles,

et pleines de soleil

 

Mais alors,moins sucrées

Que les pommes nacrées…

On fait sauce tomate

Pour savourer les pâtes

 

Ou bien concentrées

( c’est pas un secret)

– Secrets culinaires

De la cuisinière  –

 

Ortolans et grives

( et puis l’huile  d’olive)

A faire des envieux

Parmi tous ces dieux…

 

RC     31 mars 2012