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Jean-Pierre Paulhac – Une voix


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Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir
J’entends
Des rires de palmiers qui se tordent de musique
Des pas de danse qu’invente une plage espiègle
Des chants qui montent sur des braseros ivres
Des crustacés qui crépitent leur saveur pimentée
Ici
C’est le silence gris des bétons déprimés
C’est la glace qui saisit tous les masques
C’est un jadis souriant embrumé d’ombre
C’est l’ennui qui ne sait que recommencer
J’entends
Des guitares rastas aux cris de parfum hâlé
Des bras nus de désir qui dégrafent la lune
Des hanches insatiables que dessoudent la salsa
Des nuits secrètes aux folles sueurs de soufre
Ici
C’est le mutisme morne des grimaces polies
C’est la morgue soyeuse des cravates policées
C’est la cadrature étroite des cercles vicieux
Qui soumet à ses ordres la horde quadrillée
J’entends
Mes souvenirs marins d’aurores océanes
Mes remords nomades de dunes vives
Ma mémoire exilée qui déborde en vain
De tant d’hivers que la chaleur a bafoués
Ici
Le temps se tait s’étire et se désespère
Le temps n’est plus une chimère bleue
Le temps se meurt de mourir de rien
Et chaque ride compte un bonheur perdu
J’entends
Un rêve qui papillonne son corail osé
Un rêve qui murmure un refrain salé
Un rêve qui soupire son souffle de sable
Sur l’éternel instant d’un été sans fin
Une voix
Comme un sourire
Une voix
Comme un soleil
D’océan indien
Une voix
Comme un horizon bleuté
Vers lequel voguent mes mots
Aspirés d’espoir

 


Désintégration – un chant dans les hautes terres de Mongolie – ( RC )


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Le soir devient un fait établi,
et s’étale,          presque fluide,
sur les hautes plaines de Mongolie.

On perçoit dans la langueur des ombres,
un chant étrange,       comme si les pierres,
en tapis, étaient le fruit de paroles sèches,

une métaphore du désert chantant  :
le reste de l’explosion des roches,
répandu dans le désert de Gobi,

l’esprit des dunes,
une désintégration,
à échelle minuscule,

un fractionnement ( en tous petit morceaux ) ,
qui s’assemblent au gré du vent,
avec                 une fluidité lente .

>    On n’en cerne pas les formes,
car les dunes se déplacent
et ondulent,            dans le silence,

( ou presque, )
puisque ce chant ténu,
serait celui ,

produit par la friction
de quantités de grains de sable,
auquel l’horizon         répond,

en un bourdonnement continu
qui semble de loin,
horizontal,       justement,

mais recule,
de même     que les distances
alors que l’on s’avance .

Les ondes s’étirant,
tant dans l’espace aérien , qu’au sol,
arrivant à  fusionner.


RC – juill 2017

 

basé  sur la musique  de Tristan Murail  » désintégration »,

composée précisément par rapport au désert de Gobi .


Eugenio de Andrade – le poids de l’ombre III


Rafael Milani  01.jpg

photo  Raphael Milani

 

.

Le poids de l’ombre III.
.
.
.
C’était septembre
ou bien tout autre mois
propice à de petites cruautés :
Que veux-tu encore ?
Le souffle des dunes sur la bouche ?
La lumière presque nue ?
Faire du corps entier
un lieu en marge de l’hiver ?

 

Estonie 2013
.


Eugenio de Andrade – La pupille nue


A large persian pottery jar, c. 3000 BC.:

poterie perse: 3000 av JC

La lumière est toujours la même, toujours :
Furtive au flanc des chèvres,
Cruelle dans la couronne des chardons,
Frémissant dans l’herbe
Rasante de ton corps et dans les dunes,
Toujours la même, la pupille nue.


Eugenio de Andrade – poids de l’ombre ( 2 )


..
Jeune est la main sur le papier
ou sur la terre !
Jeune et patiente : quand elle écrit
et quand au soleil
elle se transforme en caresse.

Le poids de l’ombre III.
.
.
.
C’était septembre
ou bien tout autre mois
propice à de petites cruautés :
Que veux-tu encore ?
Le souffle des dunes sur la bouche ?
La lumière presque nue ?
Faire du corps entier
un lieu en marge de l’hiver ?

Le poids de l’ombre XXXVI.


Digérer le désert – ( RC )


 

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Comme ces animaux, dont l’apparence se coule dans le fond,

Tu habites le désert, et t’y confonds.

Femme des sables, tu n’espères que les courants,

Les vagues d’un océan de dunes, qui, lentement, se déplacent.

Tu te couches dans le sable, tu t’étends sur l’horizon,

dont rien n’arrête la fuite.

 

Tu regardes passer les caravanes, mesurant le temps,

dans leur progression lente.

Tes désirs sont une piste, aspirée dans un mirage .

Et cette piste, s’efface avec le vent .

Ainsi la vie s’étire, blanche, sous la lumière brûlante,

écrasant tout de son feu.

 

Et comme l’ombre est rare, juste celle de  buissons épineux,

tu attends que le jour bascule, ne souhaitant rien .

Le violet de la nuit           s’orne d’une lune interrogative .

Si tu jette des cailloux vers les étoiles,  elles te les renvoient .

 

Tu peux les maudire, elles restent indifférentes à ton sort.

Elles contemplent d’autres pays.

Ceux dont tu n’as pas l’idée, enchaînée par la distance .

 

Il ne reste que les pierres, où se concentre ta colère .

Juste le temps que tu digères le désert.

 

RC – oct 2015


L’inonde – ( RC )


 

 

C’est se situer au bord de la rive,
Et poser son regard, là où il le peut
On ne sait plus où,              (  ou  bien si peu )
Tant bien , lentement , qu’ il dérive.

Le sol est comme un éponge,
Va-t-il aussi se diluer,
Rétrécir et diminuer,
Ainsi on sait que l’acide ronge

Les métaux les plus lisses …
Abandonnant leur netteté,
Leur carapace de dureté,
En montrant leurs cicatrices…

Le ciel se confond,
Avec la surface liquide,
Et se dévoie en rides,
Menaces et affronts.

Un saule pleure et se désole,
Cherchant consolation dans des reflets,
Brisés, ceux d’une lune couleur de lait,
Suspendue dans du formol.

Les terres partagées,
Aux lèvres sales,
Déglutissent et avalent,
Ce qu’il reste de zones émergées.

Si j’ose m’aventurer,
A pas prudents,
Je progresse si lentement
Que j’oublie la durée.

Voila un banc de sable,
Et quelques herbes humides,
Me servant de guide,
–   Si j’en suis capable.

Avec de l’eau jusqu’à la taille,
Je soulève au-dessous,
Des nuées de boue,
Malgré la rocaille ;

Que reste -t-il à dire ?
Bien peu de choses,
D’une étendue morose
Lente coulée  des souvenirs,

Et celui du chemin,
Celui de l’espoir,
Enseveli sous la mémoire,
D’un autre destin…

Ici, rien à la ronde,
Quelques poissons au ventre blanc
Les yeux morts, et répandant
Une odeur nauséabonde ;

Les flots passant par-dessus les dunes
Ont aussi emporté
Quantité de bois flotté,
Enchevêtrés sur l’eau brune.

On pourrait rire
Et aussi – ( à propos -,  dire  : ),
S’il faut périr un soir
Ce n’est pas la mer à boire…

Car ce n’est pas la mer,
Le cortège de la nuit,
Cette eau de suie,
Etale comme un suaire.

RC – janvier 2014


Colette Peignot (Laure ) – d’où viens-tu ?


 

peinture  – Ferdinand  Hodler       Dents-du-Midi- dans les nuages  (Jungfrau )

 

D’où viens-tu avec ton cœur

déchiré aux ronces du chemin.

Les mains calleuses de casseur de pierre

et ta tête gonflée comme une

outre piquée ?

.

Nous sommes ceux qui crient dans le désert

qui hurlent à la lune.

.

    Je le sens bien maintenant : « mon devoir m’est remis. » Mais

lequel exactement ? 

    C’est parfois si lourd et si dur que je voudrais courir dans la

Campagne.

    Nager dans la rivière

    oublier tout ce qui fut, oublier l’enfance sordide et timorée.

Le vendredi saint, le mercredi des cendres.

    l’enfance toute endeuillée à odeur de crêpe et de naphtaline

L’adolescence hâve et tourmentée.

Les mains d’anémiée.

Oublier le sublime et l’infâme

Les gestes hiératiques

Les grimaces démoniaques.

    Oublier

    Tout élan falsifié

    Tout espoir étouffé

    Ce goût de cendre

    Oublier qu’à vouloir tout

    on ne peut rien

    Vivre enfin

    « Ni tourmentante

    Ni tourmentée »

    Remonter le cours des fleuves

    Retrouver les sources des montagnes

    les femmes les vrais hommes travailleurs

    qui enfantent

    moissonnant

    M’étendre dans les prairies

    Quitter ce climat

    Ses dunes, ses landes sablonneuses, cette grisaille et

    ses déserts artificiels,

    Ce désespoir dont on fait vertu,

    Ce désespoir qui se boit

    se sirote à la terrasse des cafés

    s’édite… et ne demanderait qu’à nourrir très bien son homme

    Vivre enfin

    Sans s’accuser

    ni se justifier

    Victime

    ou coupable

    comment dire ?

    Un tremblement de terre m’a dévastée

.

    On t’a mordu l’âme

    Enfant !

    Et ces cris et ces plaintes

    Et cette faiblesse native

    Oui –

    Et s’ils ont vu mes larmes

    Que ma tête s’enfonce

    jusqu’à toucher

    le bois

    et la terre

 

 

LAURE (Colette Peignot)

photographie –             Garry Winogrand –         El Morocco, 1955

 


La joie ( Ile Eniger) – Pluie d’été ( RC )


A partir du beau texte  de Ile Eniger,  ( le premier), j’ai écrit le second…

 

photo:Jacques Hemery          1978 –               lavandes à Valensole  –  scan de tirage  argentique

 

La joie

 

Le pain brûlé des terres

La lumière en bras de ruisseaux

La perfusion du jour sur les heures de nuit

Les veines au cou de la montagne

Les vignes lourdes de vin vert

Le ciel marine à force de brasure

Les oursins de lavandes dans l’océan des champs

Les fenêtres ouvertes pour reprendre leur souffle

Et les rideaux fleuris

Les pas derrière la porte

La présence

La vie pleine forge

La centaine des blés pour un seul coquelicot

Le rouge du soleil en face

La joie

Légère comme une espadrille.

 

Copyright © Ile Eniger

 

 

pluie  d’été

 

Légère comme une espadrille

Le pas suspendu

Au dessus des brumes

Elle flirte avec les dunes

Et se saisit des montagnes

Pour en faire des chapeaux

Qu’elle repose,de biais

Dans l’océan des champs

Si bien peignés de blés

Et qu’elle va visiter

Lorsque le ciel caresse le sol

Encore chaud de l’hier,

Et d’une fin d’été

Aux parfums de lavande

Et de la terre mouillée.

 

RC  – 11 septembre 2012

 

en rapport avec la photographie  voir  aussi cet article

 

 

 

Copyright © R Chabriere

 


Eugenio de Andrade – Ni rossignol, ni alouette


 

peinture: Edvard Munch nuit étoilée

 

 

Tu appuies ton visage sur la mélancolie et tu n’entends
même pas le rossignol. Ou est-ce l’alouette ?
Tu peux à peine supporter l’air, partagé
entre la fidélité que tu dois

à la terre de ta mère et au bleu
presque blanc où l’oiseau se perd.
La musique, donnons-lui ce nom,
a toujours été ta blessure, mais aussi

au milieu des dunes ton exaltation.
N’écoute pas le rossignol. Ni l’alouette.
C’est en toi
que toute la musique est oiseau.

 

dessin perso: oiseau de îles Salomon, croquis effectué au musée des Arts Premiers – Paris –  encre de chine  – dec 2010