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Jackson Pollock – ( RC )


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Ce sera comme une ivresse,
la tête vidée, informe,
et l’univers à soi,
qui tourbillonne.

La toile est déroulée sur le sol,
tu peux te permettre de la fouler aux pieds,
d’y lancer des éclats,

qui finissent en nébuleuses,
le noir combattant le blanc
à la manière d’un furieux yin et yang..

La main a le prolongement de peinture,
celle-ci goutte, jaillit,
à mesure que tu danses.

Tu perds la notion d’équilibre :
le haut et le bas peuvent s’inverser .
L’espace est un univers
d’une douzaine de mètres carrés,

et tu flottes au milieu
les gestes te répondent à peine,
tout ce qui arrive,
t’échappe des doigts .

Un vide à l’intérieur , et personne
ne comprend pourquoi tu tombes,
sans pourtant chuter

pourquoi les figures se dissolvent ,
pourquoi les lignes se nouent et se recouvrent,
presque à ton insu.

Et si c’est un excès, une fatigue
elle dépasse le ciel par sa transe,
dans une myriade d’éclaboussures.
Une fois jetées, violemment extraites du pot,

elles s’éparpillent comme des étoiles, :
un big bang renouvelé ,
des éclats figés sur la toile,
que personne ne peut rattraper.


RC – nov 2016

 

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Henry Miller – Vin


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C’est un vin qui glisse comme du verre fondu,
et qui coule dans les veines comme un feu fluide, lourd et rouge,
dilatant le coeur et l’esprit. On se sent à la fois lourd et léger ;
leste comme l’antilope et pourtant incapable de bouger.
La langue rompt les amarres, le palais s’épaissit agréablement,
les mains décrivent des gestes larges et lâches, de ceux qu’on aimerait tirer
d’un crayon gras et tendre. On aimerait peindre tout à la sanguine ou au rouge pompéien,
avec de grandes éclaboussures de fusain et de noir de fumée.
Les objets s’élargissent et se brouillent, les couleurs sont plus vraies et plus vives,
comme pour le myope quand il ôte ses verres.
Mais par-dessus tout, c’est un vin qui réchauffe le cœur.

Henry MILLER « Le Colosse de Maroussi » (Ed. du Chêne, 1948)