voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “effroi

Justo Jorge Padrôn – Pierre


DSCN4031.JPG

photo : Pergé  – Turquie

 

 

Pierre
De la profondeur la plus dure de la pierre
guettent toujours la mort et son langage.

Le vert reste muet, exilé
devant son brusque effroi.
En son aridité de sphinx,
la pierre nous incite à la superstition
et à la haine qui s’épanche.
De près ou de loin, elle attend
et cherche la tiédeur la plus vive du sang.

Voyez-la ancrée dans la nuit,
occupant l’endroit où chante le jour.
Elle veut être la surprise qui nous aveugle dans ce silence
d’être pierre au milieu des pierres.


Franck Venaille – s’y laisser glisser – pour s’y jeter d’effroi


 

photo perso - falaises de Moher - Irlande 2007

 

 

 

Hurler Hurlant face à la mer

au grand dessous des glaciers bleus

S’en allant à grands pas vers la falaise

pour s’y laisser glisser – pour s’y jeter d’effroi

Hurlant – muet – la bouche à vif Et

à l’instant même de la chute

Ah ! sentir les ailes de l’oiseau

Ah ! entendre son chant ami

Hurler Hurlant face à la mer

Se taire contre le petit corps chaud

Puis y poser ses lèvres folles !

 

In La descente de l’Escaut © Poésie-Gallimard 2010,

 


Danièle Corre – Voix venues de la terre B


Des lianes-pieuvres enracinaient la pierre, la dague d’obsidienne haussée dans le soleil a fait jaillir le cri de la pyramide maya
à la voûte en plein cintre où la respiration assiégée chercha refuge, à travers les siècles.
En haut des marches s’effondrèrent les pas téméraires vers une cité de silence dont je ne suis.
Nous étions si loin alors du carré des herbes à sculpter d’autres matières que celle donnée sous les frondaisons de châtaignes, à forer mine de fer et parois de jour gris.
Proches pourtant étaient les Coeurs de Marte
sur les nappes d’autel
où nul ne demandait sacrifice
de mains douées et de regards confiants.
Il n’est plus de danger, plus de simulacre,
toutes les peurs sont venues goûter à notre sang,
nous avançons encore, guetteurs d’offrandes,
négligeant la faillite des voix
qui, au plus noir de l’effroi, nous laissèrent
maigre pitance d’amour.
Le chemin s’est ouvert aux rondeurs potagères,
l’enfant prodigue redresse les tiges, attache tuteurs de maîtres
à ses bonheurs de raphia,
reconnaît sans larmes le ver dans le fruit,
s’émeut de la beauté intacte, de la question sans pièges.