voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “émeraude

Lorsque le paysage bascule – ( RC )


photo d’actualités _ conséquences du passage  du  typhon Haiyan (Philippines)

Aux horizons de langueur,

Supposons, des certitudes,

Cartes postales du bonheur,

Où rien n’apparaît de rude,

S’ouvre soudain sous nos pieds,

De ces gouffres qui fument,

D’une angoisse tout le temps niée,

De tout temps recouverte par la brume…

Alors, la ligne émeraude à travers les palmiers,

Se déchire avec les saisons,

Comme un tas de vieux papiers,

sous le passage du typhon.

Le bateau prend eau de toutes parts

On se trouve désemparé, minuscule,

Dans l’oeil du cachemar,

Lorsque le paysage bascule,

Et que les éléments, déchaînés,

Se montrent autrement qu’aimables,

S’il faut pour s’en échapper, se démener,

Et oublier l’idée même d’un monde stable.

 

RC – 13 novembre 2013


Promesses des couleurs ( RC)


                                                       Peinture            Fr Kupka –         étude pour une fugue à deux couleurs ( disques de Newton )   1911 –

Promesse de la profondeur des cieux,

J’ai dans les mains un bleu profond,

Qui, au parcours des étoiles, serait plafond

Ou bien , dans le soir du désert, …. un feu

Aux alentours, pas une âme qui vive,

Juste sur les pierres, des lézards,

Statues à l’oeil qui brille, sous le bleu Hoggar,

Un point de lumière entre deux rives…

Promesse de la profondeur des eaux,

–       Couleurs des antipodes,

J’ai dans les mains un vert émeraude,

Balancé,        roulis des bateaux.

Aux alentours, bercé de vagues légères,

Evoluant vers un milieu plus stable,

Les tortues, se dirigent vers le sable,

Quand émergent au loin, les terres.

Promesses de l’agriculture,

Dans les plaines immenses,

Le printemps, est tout en nuances,

Et prépare l’été des blés mûrs

Aux alentours, la floraison des fruitiers

Cache presque entièrement les terres brunes,

Il y aura cette année beaucoup de prunes,

Pour les piller, les oiseaux ne se feront pas prier…

Promesse de la caresse de l’été,

Le jaune de Naples, s’étend sur les plages,

En quittant la chaise longue, je nage,

Aussi dans la lumière,         reflétée.

Aux alentours, l’horizon s’effile,

Les bateaux des pêcheurs, sont peints en rouge,

On les voit au loin lentement, qui bougent,

Carmins, et vermillons.  – ils passent, entre les îles.

Promesse d’un jour limpide,

Je traverse une place des odeurs,

C’est le marché aux fleurs,

Ignorant les teintes insipides,

Aux alentours, des légumes candides,

Ajustés en grand nombre,

Célèbrent les verts des concombres,

Et les citrons aux jaunes acides.

Promesse du parcours des anges,

Les crayons des vitraux se dégrisent,

Au sol dallé, ou sur les piliers de l’église,

En associant bleus outremers, et oranges.

Aux alentours, dorures et peintures blanches,

Baroque et rococo, multiplient les ors,

Où papillonnent moulures et décors,

Pour la messe des couleurs, c’est aussi dimanche.

Anges ou démons si la lumière s’éteint

( …..on ne parlera pas du noir,

C’est , à ce qu’on dit, pour le purgatoire, )

– Méfions nous des « on dit », sur la toile il n’y aurait plus rien…

J’ignore ces êtres pourvus d’ailettes,

Porteurs d’auréoles ou de maléfice,

Jouant des feux d’enfer ou d’artifice

Comme je préfère sortir et peintures et palette .

– RC   – 19 septembre 2013

photo perso:    Hyeres,  Collegiale St Paul, couleurs de vitrail au sol + ombre

photo perso: Hyeres,       Collegiale St Paul,        couleurs de vitrail au sol + ombre  d’ Arthémisia  –  2011

texte  auquel je pourrais  adjoindre  celui-ci  ( d’abord dans sa langue originale, le corse):

François Viangalli : Densité brève

U culore nasce incù u lume :

ch’ellu si cambii u lume,

s’alteranu i culori.

Postu chì ùn ci sὸ paesi

chì t’abbianu listesa polvera.

Ùn si pὸ parte da qualsiasi locu

senza mutà se stessu,

corpu è anima :

facenu l’ochji l’esiliu primu.

La couleur naît de la lumière :

que la lumière change,

les couleurs s’altèrent.

Comme il n’est de pays

qui soient jumeaux,

qui portent la même poussière.

On ne peut quitter un lieu,

sans se changer soi-même,

corps et âme :

c’est le regard qui crée

le premier exil.

 

 

 

 


Wyslava Szymborska – coup de foudre


peinture;               G Braque:                  paysage à la Ciotat            1907

 

 

 

 

 

Je n’en  veux pas au  printemps

d’être  venu  à  nouveau.

Je ne lui  tiens pas  rigueur

de  remplir comme  chaque  année

ses obligations.

 

Je comprends  que  mon  chagrin

n’arrêtera  pas la   verdure.

Et le brin  d’herbe  s’il  hésite un  instant,

c’est  sur le  souffle du  vent.

 

Je ne souffre pas  trop  de  voir

que les  aulnes  au bord  de  l’eau

ont  de  quoi  bruire  à  nouveau.

 

Je prends bonne   note  du  fait

que- comme  si  tu   étais  toujours  là –

le bord  d’un certain  étang

est  resté aussi  beau  que  naguère.

 

Je ne garde  nulle  rancune

a la vue, pour la vue  de la baie

par le  soleil  éblouie.

 

Je parviens  même  à  imaginer

Les deux, mais pas nous du tout,

assis en  ce  moment  même

sur le  tronc  du  bouleau  abattu.

 

Je respecte leur  droit  absolu

au  chuchotement et  au  rire

et  au silence  du  bonheur.

 

J’irais même  jusqu’à  penser

que  c’est l’amour  qui  les  lie,

et qu’il  la  serre contre  lui

de son  bras  tout  à  fait vivant.

 

Quelque  chose  de nouveau, très oiseau,

bourdonne  dans les roseaux.

De tout mon coeur je souhaite

Qu’iils  puissent  tous  deux l’entendre.

 

Je n’exige  aucun  amendement

des  vagues  qui  s’abattent sur  la  rive,

ni aux vives,  ni aux  lascives

et qui  n’obéissent pas à  ma  loi.

 

Je  ne  demande  rien  de  rien

à l’étang  près de la  forêt,

qu’il  soit  émeraude

qu’il soit  saphyr,

qu’il  soit même  charbon.

 

Une seule  chose   je  refuse.

Revenir  à  tous  ces  endroits.

A ce privilège  de  présence-

Je renonce  par  la présente .

 

Je t’ai  tellement  vécu,

et  peut être juste  ce  qu’il faut,

pour  pouvoir  y  penser  de  loin.

 
Recueil  « Je ne  sais  quelles  gens »  traduit  du  polonais  par  Piotr Kaminski.