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J’ai passé Noël au balcon – (RC – SD)


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C’était comme une mer  démontée,

et j’étais accrochée au mât,

                             vigie inutile,

puisque  avec le brouillard,

on n’y voyait pas à dix pas .

 

Il y avait de ces oiseaux marins,

gris tachetés, qui me frôlaient

quand je leur lançais des graines,

        – la plupart, avec un vent violent

       me revenaient en pleine  figure –

 

je devais me cramponner 

à la rambarde, pour ne pas tomber .

          Les lampions des fêtes  : 

                 des étoiles falotes et lasses

                 agitées de soubresauts

 

                 certaines accrochées

                 dans les haubans 

– on se demande bien comment –

semées, elles aussi ,       des graines clignotantes 

                                             échappées de mes doigts .

 
J’avais pour compagnie
( à part le cri des oiseaux )
le choc sourd des  vagues sur le môle.
 
                           J’ai passé Noël au balcon,
et tu n’y étais pas.

  

janv  2019
Passé Noël au balcon
pendant que tu n’y étais pas
posé un sapin sur le toit
pour y accueillir les oiseaux
et pour nourrir les moineaux
jeté des graines à tout va
jeté des graines à tous vents
jusqu’à la mer et ses bateaux
la plage était vierge de pas
et mes empreintes prenaient l’eau
SD  22-12.

Laisser rebondir le soir – ( RC )


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Tu laisses rebondir le soir :
la harpe d’ombres
accompagne ceux
qui restent sur place .
Comme un rituel,
à la même heure, ou presque

avant que le jour ne grise,
et que le verger
fasse semblant d’oublier
la lumière solaire.
Les ombres s’allongent donc,
impudentes,

et voudraient traverser
les êtres, aussi .
Elles les questionnent
sur leur devenir .
(  C’est que se poseraient
les flocons de la nuit,

– encore épars – )
dévalant la pente du jour
dont les empreintes digitales
se confondent avec les ailes
feutrées des oiseaux nocturnes ,
qui en ont fait leur domaine .

RC – juin  2017

 


Un habit pour la ville – ( RC )


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peinture:  C Soutine:  Cagnes

La ville se déplie,
tel un accordéon.
Les maisons sont en carton,
et quand le jour s’enfuit
ainsi un animal craintif,
qui se terre, et se dissimule :
derrière la pellicule.
Comme , de la photo, son négatif

alors les façades se déhanchent,
passent par-dessus bord,
aussi je vois l’autre côté du décor,
fondu dans la nuit blanche.
Le pinceau de la lune
lui donne des airs d’hiver :
elle répand une petite lumière
tout à fait opportune.

La ville est ainsi repeinte,
soumise à son propre sort
éloignée soudain de son port,
et de ses empreintes :
on se sait par quel sortilège
les immeubles se confondent :
c’est un nouveau monde
recouvert par la neige .

Les traces du jour sont effacées :
sous une ouate épaisse
cachant même la forteresse ,
– une antiquité dépassée – .
Les trottoirs ont fait peau neuve
La ville dort encore :
( aux meurtrissures devenues indolores.
il n’en existe plus de preuves ).

Tous les crimes sont pardonnés :
on a tourné la page
et fait le ménage,
libéré les condamnés :
Dans un air glacial,
un nouveau chapitre est à écrire,
offert à l’avenir
sous un habit virginal .


RC – dec 2016


Le miroir des pages – ( RC )


 

 

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Je me suis regardé, à travers l’écho
de lignes écrites,      et d’autres mots :
cela fait bien longtemps.
C’était comme remonter les heures,
et se voir autrement,
comme dans un miroir déformant,
mais qui garde les saveurs,
de la terre humide,         et des vents .

Quelques uns m’étaient sortis de l’esprit.
Quand je les ai relus,
J’en ai été ému,
En étant un peu surpris,
comme si j’avais ouvert
une boîte,       ensevelie sous la poussière,
où la mémoire patiente,
qu’il pleuve ou qu’il vente .

Mais cette mémoire m’a échappé,
elle rassemble des lignes,
pattes de mouches et signes,
restés couchés sur le papier.
Ce coffret ouvert,       par distraction,
offerte à mes regards indiscrets,
cachait donc des secrets.
Je les ai ouverts,    comme par effraction.

Les phrases se sont envolées ,
comme de la boîte de Pandore :
elles voulaient me dire quelque chose : je l’ignore,
mais sont restées sagement alignées.

Il est donc étrange , de parler à soi-même :
ainsi l’on se penche
avec des décennies de distance,
à relire des poèmes,
à retrouver des émois
des émotions et des pleurs,
et presque les odeurs
des sous-bois .

A propos, c’est comme la blessure,
qu’en son tronc,       l’arbre supporte.
Même si ce sont des amours mortes,
le dessin du cœur perdure,
et est toujours en devenir :
quoi de plus banal,
de retrouver les initiales
mais qui ne cessent de grandir.

Ces empreintes volontaires,
ce sont des essais
qui ne partent jamais,
et ne peuvent se taire.
Il y a quelque chose de moi
Je ne saurai dire exactement quoi,
malgré le temps qui passe,
qui revient à la surface.

C’est le miroir des pages
d’où l’on se regarde
si on s’y hasarde …
          on y voit son visage
Ou bien ce sont les écritures
qui nous guettent malgré l’oubli
Si on les relit,
         on reconnaît notre figure .

Pourtant je racontais des histoires,
peut-être par défi,
qui n’étaient nullement autobiographie :
alors il faut croire,
que, même caché        dans le noir,
au plus profond des secrets,
on dessine toujours son auto-portrait.
Cela remplace la mémoire qui s’égare.

L’espace s’est élargi
Je n’en connais plus bien        les limites,
Cette écriture manuscrite,
est sortie de sa léthargie :
Au fil je vais me suspendre
à l’intérieur de moi et dérouler
les années accumulées,
et ainsi apprendre

à lire d’une autre façon :
        Construire une stratégie
faire de l’archéologie
        Explorer la maison,
retrouver d’anciennes graines,
qui n’ont pas éclos
      Arroser l’arbrisseau ,
—- en faire tout un poème…

 
RC – juin 2016


locataires de l’hostile ( RC )


Il n’y a plus d’empreintes sur le sable
Que de dessin d’un monde meilleur
L’angle de la peur, de la souffrance

Ne concerne pas les voyageurs
Mais les reptiles,
Locataires de l’hostile

Et les plantes à épines…
Les êtres tapis au creux de la terre
La bouche collée, sous le sol

Qui chuchotent leur exil,
Aux peaux craquelées, comme leur terre-mère
De boue sous un soleil impitoyable

Découpent les ombres au fer rouge
Si ombre il y a – et leurs mains tendues
Vers l’ailleurs d’un peut-être …

RC   – 11 juillet 2012

photo extraite des  dragons d’Asgard