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L’encre, l’ombre et la lumière – ( RC )


 

1111- john Rivat  modif.jpg

montage perso –

 

On peut distinguer ce qui s’écrit,
par l’ombre qui en émane…
                    Bien que le procédé soit le même:
–  s’agissant toujours de noircir une page avec l’encre….

Alors que les journaux se repaissent
de nouvelles tragiques,
qui font couler beaucoup d’encre,
          et obscurcissent les jours,

Le poète jette pareillement
de l’encre sur le papier,    plus discrètement
        mais, paradoxalement,
il en émane souvent la lumière…

 

( A partir de Ph Jaccottet )  :

« l’encre serait de l’ombre (Aux liserons des champs) »


RC – oct 2017


Jean-Michel Sananès – As-tu reçu ma carte ?


 

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photo-gravure:  A Marquet

 

Vois-tu mes pieds ont de la mémoire

ils m’ont porté, tiré, trainé rue des Petits Champs.

Désespérés, ils ont retrouvé notre troquetet une odeur de nous agrippée à la pluie

mais tu n’étais pas là mon amour.

La Seine gisait nue sous une robe d’ardoise

où cafardaient les bonheurs perdus

partout la grisaille

empierrait les anges et les moineaux

jusqu’aux confins du jour.

Le monde sans toi semble si petit

que chacun de mes pas me rapproche de l’absence

Quand les mots sont infirmes

les non-dits restent muets.

As-tu reçu ma carte ?

As-tu pensé à regarder

les trois lignes d’encre blanche

que j’ai glissées dans l’enveloppe

Juste sous le dernier silence ?

N’y as-tu pas trouvé un je t’aime qui traînait par là ?

Qu’en as-tu fait ?

L’as-tu jeté, oublié, égaré, ignoré, perdu, reconnu ?

L’as-tu agité, secoué, pour voir qui dormait dessous ?

M’auras-tu aperçu ?

Oublié, reconnu, ignoré, perdu,

écrasé, noyé sous le silence ?

M’auras-tu laissé repartir dos courbé,

Cœur serré dans ces heures

Où le vent se voûte dans le naufrage des mauvais rêves ?

Vois-tu mes pieds m’ont trainé rue des Petits Champs

mais tu n’étais pas là mon amour.

 

 

Jean-Michel Sananès


Echapper à son auteur – ( RC )


Crazannes  carrières   02-.jpgphoto perso – Crazannes – 17

 

La vie m’écrit demain .
Je ne saurais pas dire si c’est d’encre violette
Ni qu’elle me choisit un destin
( je n’en fais qu’à ma tête ) ! –
             Je suis né par accident
             Parce qu’un jour mon auteur
             Qui aimait cette couleur
             Fut un peu imprudent

En voulant remplir les pages
Contre l’avis du vent
Le livre s’est fermé brusquement,
          – Et plutôt qu’en être otage
           J’ai fui sous le canapé
En emportant quelques lettres
Que je pourrais peut-être
Utiliser sans me faire attraper.

J’ai donc dû m’aplatir
Le nez dans la poussière,
Avec tous ces caractères .
            Ils m’ont aidé à grandir,
           A me rendre autonome
Ce fut une aventure
De se lancer dans l’écriture,
Nom d’un petit bonhomme !

Me glisser dans un feuille,
Une autre encore et ainsi de suite
Mon récit n’a pas de limite
             Jetez-y un œil  !  :
J’y inscris les rires
Je m’invente des personnages
Pars pour de lointains voyages
Parcours des souvenirs

Je rencontre Prévert…
             – Ah, ce qu’on a ri,
               Au rayon poésie
               En vidant des vers… !!
( Il faut être un peu ivre
Pour qu’au moindre prétexte
On caresse un texte ,
Qu’on écrive un livre ).

Je n’ai aucun programme ….
           » Est-ce grave, docteur ? « 
           D’avoir échappé à son créateur
            Et des brumes de son âme ?

RC – sept 2016


Bassam Hajjar – maisons pas encore achevées


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Maisons improvisées dans l’étendue vide
pas encore achevées
et vides encore
d’ habitants.

Mais elles sont, depuis le commencement, habitées par le personnage
des souvenirs.

(  Comme s’il n’y avait pas de mur et qu’avec cela, malgré cela,
on y ouvrait une porte.        Comme s’il n’y avait pas de père, de
mère, d’enfants, et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
lits, des vases, des livres et une table.            Comme s’il n’y avait pas
de salle de séjour et qu’avec cela, malgré cela, il y avait des
canapés, une table basse, une lampe, une télévision, des tiroirs
pour le papier à lettres, les journaux intimes,

les numéros de téléphone, les adresses postales, la note de l’épicier, la facture d’électricité, la boîte d’aspirine, les stylos à encre, les crayons à papier, le livret de famille, le vieux passeport, la boîte de dragées et la vieille montre, la boucle d’oreille qui reste en
attendant de retrouver l’autre, le carnet, beaucoup de clés,
dispersées ou reliées par un anneau et personne ne se souvient
maintenant si elles ouvraient des portes et où sont ces
portes…)

 

extrait de  «  Tu me survivras – « 


Une infime parcelle- comme une découpe du ciel – ( RC )


création numérique perso 1999

création numérique perso 1999

A l’extrème limite de la conscience,

une bouche balbutie,

sur une surface horizontale..

une couche de glace,

dont on ne sait encore l’épaisseur,

mais bousculée par les courants de l’intime,

d’une profondeur insondable.

J’imagine le violoncelle de Yoyo-Ma,

Jouant Bach, sur une pellicule de glace,

la pique s’enfonçant peu à peu,

à chaque coup d’archet,

pour retrouver,

une fois la suite achevée,

l’essence même de la musique.

Et , de même la page d’écriture,

Qui se révèle :

une façon de communiquer son sang

à l’encre :

une mémoire magnétique,

venant de régions inconnues

avant que celle-ci ne fige .

Bien sûr, on peut rester

la plume en suspens,

au point de laisser les oiseaux

dessiner, écrire à notre place,

le geste immobilisé,

pour des récits qui resteront

à jamais non écrits …

Faut-il se révéler à soi-même,

Et remonter du lac,

sous nos pieds,

un seau d’eau glacée

dans laquelle nous mirer ?

Reflétant aussi les oiseaux ,

et l’encre transparente du silence …

De toute façon,

ce qui est puisé,

n’est qu’une infime parcelle,

comme le serait la découpe du ciel,

visible dans le seau,

mais il contient une voix,

avant d’être naufragée, gelée …

la nôtre .

_

 

RC- sept 2015

 

( variation sur un texte de Michèle Dujardin, tiré de « Abadôn » elle-même évoquant Henri Thomas avec cet extrait : « Je n’ai le goût de rien exprimer, si ce n’est ce noyau d’obscurité tenace qui est mon être même, ma substance morale et poétique. »
Henri Thomas )


Les mailles écorchées de la réalité – ( RC )


photo-sixpersoenquetedauteur-jeanlouisfernandez-ca-3056975-jpg_2671550_660x281                          image: « Six personnages en quête d’auteur », mis en scène par Emmanuel Demarcy.  » – provenance  lepoint.fr

 

J’ai du mal à ordonner les choses,
ordonner dans le sens « ordre donné »,
plutôt que dans celui de ordre-désordre… :
J’ai dû prendre la formule à l’envers.

Je navigue sans doute à contre-sens,
et justement les choses sont comme
on n’a pas l’habitude de, ( l’inversion du mode d’emploi)
et du mélange du tout …

(            Qui de l’ordre du fantasme,
des mailles écorchées de la réalité,
des formules à l’alchimie incertaine,
où le fil qui les tient ensemble se dissout…         )

J’énonce des choses, où,
comme les légumes, se juxtaposent, ceux qui
crus , crissent sont la dent,
ceux qui , trop cuits ,      dont la matière s’échappe .

Et avec le tout, une architecture fantasque.
On se demande comment ça tient debout,
quelle est la part du rêve,
et où se glissent les carillons des fêtes,

La sonate des pages qui s’envolent,
le pavillon de l’impatience,
l’essence volatile des sentiments,
et l’encre qui se dépose,

  •   où je vais puiser…
    encore sous le coup du choc d’un regard,
    des noces de plume,
    et de l’obscur affrontement des mots.

RC- dec 2015


Vingt minutes d’arrêt à l’Estaque – ( RC )


 

pastel - Régine Chiesa

pastel – Régine Chiesa

Vingt minutes  d’arrêt  à l’Estaque  .
Des voyageurs, debout dans le couloir,
sont penchés aux  fenêtres,
d’autres  ont sorti de quoi boire .
Il  y a un peu de vent.
Les cigales grésillent.

J’ai sorti le cahier aux lignes fines,
quelques pastels, qui racontent le ciel
d’encre liquide,
l’alignement  des wagons d’un train de marchandises,

les pins qui s’inclinent, comme des flammes, à l’air marin.
Je les  rends  rose,
comme s’ils étaient  en barbe-à-papa .
Il y a quelque part un air de fête .

Je me livre, à ma  « petite sensation »
Des oiseaux  se disputent des miettes.
Les rails sont des traits lumineux
sous la pression du soleil.

Je n’ai pas le temps de trouver le temps long,
ni de pousser plus avant le dessin.
Le paysage  s’ébranle,  la gare est loin déjà ,
Je serai bientôt à Marseille .

RC  –  oct 2015


Alain Giorgetti – pourquoi il marche


image:  Street-art        Escif    Valence  -Espagne

image:           Street-art            Escif            Valence -Espagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

un des textes d’ Alain Giorgetti  visible  sur  son site  tumblr …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce qu’on a le droit de demander à quelqu’un pourquoi il marche de la façon dont il marche… Est-ce qu’on demande à quelqu’un pourquoi il respire comme il respire, pourquoi il a ce grain de voix, cette odeur corporelle, pourquoi il dort sur le côté, pourquoi il crie quand il jouit ou pourquoi il ne prend jamais de sucre dans son café… Mais alors, pourquoi donc demander toujours à celui qui écrit peu ou prou, pourquoi il écrit comme il le fait ? Est-ce que ça ne suffit pas, que ce soit là, parce que ça devait sortir et surtout parce que ça devait sortir comme ça ? N’y a-t-il pas que cela qui compte en fait, en réalité et en définitive…

Parce que, dis-donc ! tu ne la trouves pas un peu compliquée toi, la Vie, des fois… Et ta vie-même, la tienne-là ! celle qui s’écrit sous tes yeux sans s’écrire ! est-elle vraiment si simple, ta vie… Ne se nourrit-elle pas de traces confuses, de paillettes morbides, d’illusions kaléidoscopiques et d’ombres et de lumières… Est-ce que tu as déjà regardé de près une feuille de papier, une tache d’encre, un mille-feuille, un marc de café, un morceau de sucre ou la lampe de ta cuisine…

A chaque fois que l’on me parle d’un écrivain tellement si « super » ou « génial » en la raison de sa simplicité, de son accessibilité ou de son art supposé de la belle communication (spécialité du journaliste-culture estampillé France Inter par exemple)… A chaque fois oui ! un malaise insidieux s’empare de moi, dont l’essence m’entre dans l’oreille comme le poison de Hamlet et je ne cherche plus dès lors qu’à m’enfuir au loin, tel un daim au devant des bulldozers autoroutiers… Sans rien demander.

Ah ! que la vie est quotidienne. 


Bivalve – ( RC )


De la paire symétrique,
L’habit  rigide du coquillage,
Désormais  s’écarte,
Pour laisser les éléments le traverser,
Comme l’encre des chagrins  :
Sables  et algues,
Un tapis  imbriqué,
Où des pieds malhabiles, la brisent .

L’animal marin,
Ne laisse de sa présence,
Qu’un crépuscule calcaire,
Où se réfugient les ombres  :
Peu de mémoire ;
Peu de poids,
Sous la poussée  du ressac,
Et la caresse du vent.

RC –  avr 2015


Papiers-pleins , pensées plates – ( RC )


 

 

 

 

Il y avait sur le mur,
Plein d’ailes portées par le papier.
Oiseaux  et papillons se multipliant
Identiques …  – papiers pleins
–  Conséquence d’anciennes générations,
Jungle de           gestations d’encre.

Ils ont même voulu,
De l’épaisseur plate de leurs pensées
Sauter le pas,       jusqu’au plafond
–        ( ce ciel leur tendait l’espace )
Et camoufler innocemment,
Tout ce qui faisait obstacle .

Mais il est difficile  d’aller
Jusque dans les  recoins.
L’ombre ne souhaitant pas trahir ses meubles .
L’idéal aurait été que tout fut       plat,
Et même notre corps ,
Notre cerveau, se mettant à penser plat :

( optimisation d’espace ) .
L’illusion serait parfaite
Nous allons peupler un décor,
Et l’être   aussi .
Voilà donc ,              cette pensée plate :

Livrée , prête à encoller…
….  Lés alignés  ,   de  décors des corps  .

 

RC – nov 2014

 


Jean-Marie Kerwich – je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs


affiche de cirque  » Sells Brothers »

 

« Je ne relis jamais ce que j’écris ; je ne trouverai plus mon chemin pour partir ailleurs. Mes phrases sont des villages pour les âmes en peine. Mieux vaut ne pas se retourner vers eux, ça ferait pleurer l’encre des mots écrits… 

          J’ai du mal à tenir une plume : ma main droite a trop longtemps tenu en équilibre sur un portique de cirque. »


Bassam Hajjar – Si seulement ta main – 01


peinture : extrait d'une oeuvre  de Van Eyck

peinture :            extrait d’une oeuvre de         Van Eyck

Je sais que je me suis mis à sourire chaque fois que je rencontre le monstre qui dévorait le jardin dans mon unique rêve.

A présent j’ai commencé à voir que des orbites célestes se croisent sur les lignes qui se rencontrent dans ta paume blanche.

Comme si le ciel était dessiné par deux lignes  dans ta paume, peu de ciel, mais suffisamment pour que le inonde ne meure pas de solitude, pour que le serpent ne le morde pas.

Si seulement tes mains étaient là-bas.

A présent je sais pourquoi je pleurais et pourquoi l’abîme
où je sombrais ressemblait à une page blanche avec deux
lignes en bas, et une étoile à l’encre de Chine, qui brillait toutefois.
Et son éclat me tourmentait.

Il a suffi que tu soulèves,
d’une caresse, le marbre du lourd sommeil.

Et que tes mains m’emportent, pas tant que cela, juste à la mesure à laquelle je vis.

Il a suffi que tu essuies mes lèvres du bout de ton index
pour que parler cesse de me faire souffrir.

(Paris, septembre 1986)


Celle qu’on ne peut plus rattraper – ( RC )


 


Tu vois,  je t’ai écrit,
Enfin ,            après des années,
Et         des feuillets éparpillés,
Des jardins de papier,
Des ratures et des gros mots…

Je suis allé boire      à la source,
Remonter le cours des histoires,
Et les pieds mouillés,
Face à mon miroir,
Je t’ai perçue          par-derrière,

Happant mon reflet,
Les cheveux en bataille,
Prenant dans tes mains diaphanes,
La danse de mon âme,
Leurrée par ton regard.

Et j’ai trempé la parole              dans l’encre,
Maladroit, et incertain,
Encore ahuri de la nuit,                   ce matin,
Répandant sur les pages blanches,
Les empreintes           de mes mots.

Un temps sans cruauté,
Où les phrases jaillissaient
Avec difficulté.
Une petite récolte,          glanée,
Reconquise à ta mémoire.

Mais finalement,
Après quelques essais,
Et ces pages rassemblées,
Je ressentais déjà         le parcours de tes yeux,
Etreignant mes lignes.

Tu vois, je t’ai écrit,
J’ai fini le reste de la cafetière,
Le temps s’était dilué
Avec le fil du récit,
Qui t’était destiné.

Je n’ai plus que quelques pas à faire,
Pour achever l’entreprise,
Et glisser dans la boîte,
Cette lettre.
Après une dernière hésitation…

J’ai entendu le petit              floc  !  ,
Une fois lâchée…
Je ne pourrais plus alors
Interrompre son voyage .
….Une parole émise,                                        qui se déplace,

Et qu’on ne peut plus rattraper.

 

RC – avril 2014

 

 


Caresse d’écriture, caresses dansées – (RC )


peinture perso: créée à partir de l’écoute de la musique d’Alexandre Scriabine: — suite n°4

 

Et de la grande feuille, si je la lis
Et si j’y participe,     à cette folie
En lançant des traits d’encre noire
Sur l’espace libre  –  bienvenu- d’écritoire

C’est que j’aime aussi où nous entraînent
Des mots,          le heurt et la mise en scène
Au jeu des miroirs inversés, aux reflets mobiles
Qui font de l’écriture la rencontre habile

D’avec celle et celui ,        qui va lire et rebondir
De sa tête et ses doigts,      au mieux dire
A la fantaisie,      aux profondeurs des pensées
Aux thèmes connus et caresses dansées…

—-

——–NB: caresse dansée est le titre
d’une pièce pour piano d’Alexandre Scriabine.

Une de mes peintures  de cette  suite  –  qui en comporte  6,

a fait l’objet d’une pochette  de CD  de la part de la pianiste  Virginie Dejos,  interprète  de A Scriabine       ( étude, préludes, et sonate n°9) et M Ravel (Gaspard de la nuit)   –  voir son site et écouter des extraits du disque


Alain Helissen – My life on a horseback – 07027810 (+4)


peinture          – J Dubuffet                      Good Prognosis – 1975

07027810 (+4)
mon sang faisait plusieurs tours dans mes
veines couleur d’encre monopole sens giratoire
le cœur battait son rythme ponctuations
qui se recommençaient sans cesse
recommençant la phrase thérapeutique vicieuse
dont les effets s’inscrivaient circulaires
tu l’as dit Bob bouffi en marge des analyses
il y avait là matière à édifice reconstitué
à partir des traces terrain en chantier archéologique
d’un dépucelage acharné attentats successifs
suivis de rares retours d’encre je
visitais d’un crayon la mémoire de l’enfance
sublimation ce passage de l’état solide à
l’état gazeux

Quatre ans déjà – ( RC )



 

Et toi, saupoudrée d’encre,         ta page,     celle qui m’est destinée,
suivant des parallèles,          avec ces boucles calligraphiées,
parfois un peu tremblantes…..     je pensais aussi aux temps,
où il fallait nourrir la plume métallique,
d’encre violette – (        elle y laissait aussi des reflets mordorés) .

Le fil des récits de ta vie là bas, accompagné de minuscules  éclaboussures
– la résistance du fil du papier –
sous la lumière vacillante du chandelier, arabesques  s’envolant,
se liant en fantaisie.                   Tu y joins un pétale de rose.

L’écriture appliquée,          court ainsi sur  plusieurs feuillets, régulière,
et les mots sur la page, posés sans effort,
….ce qu’il faut en quelque temps pour te dire,        fluide et posée.

Et si la place vient à manquer, resserrer les lettres,
introduire une remarque entre les lignes,
qui parfois s’échappe en travers, ou bien donne dans l’angle droit,
sur la marge.

Ces paroles, à défaut de les entendre,    nourries du geste souple de ta main,
conservées telles  quelles,   dans ta missive,
pliée en trois dans une enveloppe,       couleur saumon,
ouverte par sécurité,                                                              dit-on.

Et les premiers mots de notre fils, les boucles hésitantes des mots gravitant
entre la rigidité des lignes grises , accompagnant le dessin d’un bonhomme  tétard,…
çà doit être moi…
il y a écrit  « Papa »…    premiers mots à franchir les murs de la prison.

Quatre ans  déjà.

 

RC- 12 septembre 2013

 

 


Aux rêves, il n’est plus d’absence ( RC )


peinture:     Mark Rothko

peinture: Mark Rothko

Le matin tire sur la corde des rêves ;

                                A la lumière naissante,

Le papier             absorbe l’encre,

Comme la mer vient lécher la grève.

Si,                  absente en ton sommeil,

                   Tu voyages dans le noir,

Et s’il n’est de mémoire,

                Que le vent des soleils,

Au-delà des montagnes…,

                          Il n’est plus d’absence,

Je comble le vide de la distance

                Comme je t’accompagne,

                                  Ame consolatrice

                        A la longue nuit

               Que tu traduis

Sans artifices.

Il reste             le silence boréal

Et       de tes rêves côtoyés,

Le regard déployé

      Et la pluie des étoiles…

RC – 21 août 2013

photo J F Peyron -  Arménie

photo J F Peyron – Arménie


Tu n’as pas parcouru l’arc de tes rêves ( RC )


modillon sculpté - Eglise d'Aulnay ( Saintonge )  XIIè siècle

modillon sculpté – Eglise d’Aulnay ( Saintonge ) XIIè siècle











































Non, tu n'as  pas  parcouru 
L'arc de tes  rêves  
De tes paupières entr'ouvertes
Et la nuit, était peut-être le jour
Où se dessinait le pont des regards.
Tu ne l'as pas parcouru,
Puisque le rêve n'en était pas,
Et que,  voulait se dire
A travers l'écriture  du cœur
Qui n'est pas  d'encre bleue,
L'écho de ton âme,
Attachée  à son sourire,
Et l'ombre de ses pas.
Mais la matière même,
Et l'éclat du regard,
L'odeur de sa peau,
Dont  tu t'es  vêtue,
A  imaginer  confondre tes lignes
Avec celles de sa vie,
Comme l'histoire  peut se dessiner,
Et cristalliser rêves  en réalité.

RC  -  6 juillet   2013
-

en relation avec  "my Dream"  de Colette Fournier

Le bruit du sang dans les veines ( RC )


art: bracelet romain en forme de serpents. site d’Alain Truong

 

 

Vivre  avec le bruit du sang dans les  veines,
Et le treillis  rouge ,             modelant la vie,
Noué tout contre le corps,   et qui nous lie,
Aussi bien          le sang d’encre de la peine

Circule à notre insu, à l’abri des lumières
Les anneaux se contractent, et donnent leur poison,
Le coeur  sous le feu de  la trahison,
Ces artères, ces veines se changent en vipères…

Il est du corps  comme une  sculpture,
A l’âme habillée  de chair,
Qui soupire , dans l’inconnu, erre
Mais connaît aussi du serpent, sa morsure.

 

 

RC   – 5 avril 2013

 


Chouchanik Thamrazian – Ville perce-neige


image – deviantart: Sophie SkullHeart

J’ai voulu penser des lunes
Des lunes blessées, des lunes percées, des lunes-perce-neige,
des lunes de sang
Pour tes nuits qui quittent les visages, les mains et les terres, pour tes nuits
désertes et ocres.
J’ai voulu croire aux soleils d’encre pour couronner tes fuites.
J’ai voulu boire les soleils; être froid, en veille.
J’ai voulu cracher les lunes: brûler de froid.

Chouchanik Thamrazian: « Dans le jardin des glaces », Encres Vives n° 339

du site de poésie arménienne..

 


Enrico Testa – des temps concordants


peinture  John Singer Sargent - les gros rochers  du Simplon

peinture            John Singer Sargent –      les gros rochers du Simplon     aquarelle

dans des temps concordants, l’été,
bien qu’en des lieux différents
du même Apennin,
nous avons essayé, enfants,
de remonter les torrents
pour en trouver la source.

Il y avait une obscurité de sous-bois,
des fougères, un vert à peine plus intense,
un peu de mousse
et des pierres ruisselantes
et rien d’autre :
la déception de l’origine

elle suit un mouvement fluide et vertical
cette montée de la colline
tournant après tournant
vers le soir.

Même les assassins disent
que le vent de septembre est doux :
il nous pousse
parmi les oliviers et les cyprès
et il nous défend
jusqu’à l’anse neutre du balcon
qui sous le ciel gris clair
s’ouvre face à la mer.

Mais à présent, dans le noir,
nous sommes encore en quête
de ton aide :
nous t’appelons du jardin
cachés, par jeu, derrière le mur

sur le terre-plein de la voie ferrée
longeant le bois
les troncs des acacias
sont noirs après la pluie
comme des traits d’encre qui s’écartent.

Pâques est désormais le papier d’argent,
poussiéreux et pâli,
des oeufs, suspendu
aux branches des cerisiers.
Rubans qui miroitent dans le vent
et devraient tenir à distance
le peuple envahissant des merles

. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .(Pasqua di neve, Einaudi, 2008)

-Enrico Testa, comme   un certain nombre de poètes italiens  intéressants  –  et méconnus –  peut  être retrouvé  sur le blog d’une  « autre »poésie  Italienne…


Adonis – la plume du corbeau


Chapiteau roman: eglise d'oulchy-le-chateau-

Chapiteau roman: eglise d’oulchy-le-chateau-

LA PLUME DU CORBEAU

1.

Je viens sans fleurs et sans champs
Je viens sans saisons

Rien ne m’appartient dans le sable
dans les vents
dans la splendeur du matin
qu’un sang jeune courant avec le ciel
La terre sur mon front prophétique
est vol d’oiseau sans fin

Je viens sans saisons
sans fleurs, sans champs
Une source de poussière jaillit dans mon sang
et je vis dans mes yeux
je me nourris de mes yeux

Je vis, menant mon existence
dans l’attente d’un navire qui enlacerait l’univers
plongerait jusqu’aux tréfonds
comme un rêve
ou dans l’incertitude
comme s’il partait pour ne jamais revenir

2.

Dans le cancer du silence, dans l’encerclement
j’écris mes poèmes sur l’argile
avec la plume du corbeau

Je le sais: pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière

Je m’assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m’assieds dans l’attente
d’une rencontre oubliée

3.

Je veux m’agenouiller
Je veux prier le hibou aux ailes brisées
les braises, les vents
Je veux prier l’astre dérouté dans le ciel
la mort, la peste
Je veux brûler dans l’encens
mes jours blancs et mes chants
mes cahiers, l’encre et l’encrier
Je veux prier n’importe quelle chose
ignorante de la prière

4.

Beyrouth n’est pas apparue sur mon chemin
Beyrouth n’a pas fleuri – voyez mes champs
Beyrouth n’a pas donné de fruits
Et voici un printemps de sauterelles
et de sable sur mes labours
Je suis seul, sans fleurs et sans saisons
seul avec les fruits
Du coucher du soleil jusqu’à son lever
je traverse Beyrouth sans la voir
J’habite Beyrouth mais je ne la vois pas

L’amour les fruits et moi
nous partons en compagnie du jour
Nous partons pour un autre horizon

 

traduit de l’arabe ( auteur libanais ) – par Anne Wade Minkowski

Chants de Mihyar le Damascène Sindbad
La Bibliothèque arabe 1983


Colette Fournier – transfuge


photo: Ann Arden McDonald

photo:       Ann Arden McDonald

Publié le 16/10/2012 par

Entre dérobade et vertiges

La cambrure de ton âme ressemble

A s’y méprendre à ces nefs d’église

Que la foi a désertées…

Paysage rongé de ronciers et aride

Où nulle eau ne serpente

Où nulle joie ne se créée…

J’en connais de ces vaisseaux amers

Qu’une houle bascule

En roulis de bitume

Et qui ne veulent plus même

Etre sauvés !

Et frotter leurs cœurs vides

A l’aumône du temps

Battant à pleine pompe

L’heure de tous les vents !

Crois bien que ma lanterne

Se brise plus qu’à son tour

Sur des récifs étranges

Aux étranges contours

Mais je les veux mouvants

Malléables et tordus

A l’aune de mes désirs

Trempés d’encre et perdus

S’ils ne s’écrivent pas…..

Je suis une maison

Balayée de printemps

Et qui se refuse à mourir

Tant qu’il restera

Quelque chose à faire frémir

A la pointe de mon regard

Transfuge

De toutes les mémoires…

photo: Josef Koudelka
photo:            Josef Koudelka

  ( visible  donc  sur son site  colettefournier.com )


Denis Heudré – bleu fondu


cityscape     escalator            03

 

 

« Bleu fondu », est paru sur le blog de Denis Heudré

 

j’écris

derrière mes paupières
des soleils éconduits
des clairières refusées

ma plume barbelée
m’enferme
et rancit
mon encre

je secrets
derrière les mots
au fond du bleu
un bleu fondu

 


Je n’entends plus ce qu’il faut écrire ( RC )


peinture: Andrew Wyeth - nu

peinture: Andrew Wyeth – nu

 

 

Je secoue mes mains pauvres,
Il y a encore  des plis qui s’accrochent,
Et puis l’encre mauve,
Des froissements d’ailes qui s’approchent.

Un parachute innocent qui passe;
Je sème à tout vent dit Mme Larousse,
Occupant un bout d’espace,
Aux graines de pissenlit, douces.

Reviennent rêves de constellations,
Je vois dans ma boule de cristal,
Des étoiles brunes en gravitation,
En dessins sur ta peau boréale.

Le regard se pose en bonds,
Dans les champs d’amandiers.
Ton visage, qui tourne en rond.
Dans la glace,il me faut l’étudier.

Déjà, il prend  toute la place,
Et n’entends plus ce qu’il faut écrire,
Au loin, les mots s’entassent,
Quand traverse ton sourire.

RC – 27 janvier  2013