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Colporteur du temps – ( RC )


peinture perso sur enveloppe – mail art – acrylique sur papier 2004

Le colporteur du temps
N’a pas sa montre à l’heure
Et a laissé se faner les fleurs
Des rendez-vous d’avant

En semant les traces à tout vent,
C’est tout un champ d’enfants
Qui grandissent en chantant
Déposés en sommeil, on les oublie souvent

Lorsque le hasard nous amène
A revenir sur nos traces
Les souvenirs reviennent,       et nous embarrassent
Le temps avait figé, – quel phénomène – !

un geste dans l’espace
La terre humide, qui fume
Le village, perdu dans la brume
Et de lointains ressentis passent

Ton sourire d’avant                           est resté le même
Dans mon souvenir;                                      il est ce défi
Que me lance encore,                         ta photographie
Les fleurs d’antan ,                                 pour ce poème

Sont encore fraîches,   et la couleur
Que n’a pas retouchée le colporteur
Du temps, qui s’est étiré,     sans toi.
Couleur du bonheur,             en papier de soie.

25-01-2012

issu de la création de Pantherspirit: le colporteur du temps


Louisa Siefert – il est des pistes


Résultat de recherche d'images pour "crepuscule nolde"

peinture   Emil Nolde :mer avec ciel rouge

 

Au clair soleil de la jeunesse,
Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru.

– Est-il sûr qu’un jour tout renaisse,
Après que tout a disparu ?

Pauvre enfant d’été, moi, j’ai cru !
Et tout manque où ma main s’appuie.

– Après que tout a disparu

Je regarde tomber la pluie.

Et tout manque où ma main s’appuie

Hélas! les beaux jours ne sont plus.

– Je regarde tomber la pluie…
Vraiment, j’ai vingt ans révolus.

 

Louisa SIEFERT « Les rayons perdus »
(Albin Michel)


Photo de « vue de l’esprit  » – ( RC )


photo: Lee Miller

 

     Imagine encore
un esprit sans corps,
c’est davantage qu’un fantasme,
pour entr’aperçevoir un ectoplasme…,

>         tout ce qu’on invente :
les tables tournantes ,
et la convocation des esprits,
                       ( s’ils en ont envie ),

Ils pourraient te parler
–        ou garder leur bouche scellée     – :
tout cela dépend
de quelques ingrédients,

( et juste ce qu’il faut de mystère
avec une cloche en verre )  :
                       les êtres trépassent,
                      mais le courant passe …

               La photo a surpris
cet évènement fortuit :
        c’est un instant unique ,
parcouru d’ondes magnétiques,

leur parcours aléatoire ,
avant qu’on puisse apercevoir
son image :                  ( attention
à la fragilité de la transmission ! ) :

C’est le visage d’un enfant,
apparu accidentellement :
            rien ne le rattache au sol,
     comme flottant sur le formol

retenu par des tubes blancs :
        des vaisseaux vidés de leur sang,
d’où ce visage indéfini :
c’est ce qu’on appelle fort justement        » une vue de l’esprit « .


RC – dec 2017

 


Emily Bronte – Dis-moi , souriante enfant


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Dis-moi, dis, souriante enfant,
Qu’est-ce, pour toi, que le passé?
« Un soir d’automne, doux et clément,
Où le vent soupire, endeuillé. »

Qu’est-ce, pour toi, que le présent?
« Un rameau vert chargé de fleurs
Où l’oiselet bande ses forces
Pour s’envoler dans les hauteurs. »

Et l’avenir, enfant bénie?
« La mer sous un soleil sans voiles,
La mer puissante, éblouissante
Qui, là-bas, rejoint l’infini. »

 
Juillet 1836


Décapiter les fleurs du jardin – ( RC )


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Tu as tenu dans tes bras le bouquet de l’été,
Que le vent tiède a fleuri ,
et lentement ,     coupées de leurs racines,
         les têtes ont fléchi.

Tu as tenu dans tes bras ton ventre arrondi,
que l’amour a fleuri ,
mais éloigné de ses racines ,
        ton corps s’est flétri .

Il n’y a eu que sécheresse
et le froid, l’hiver
et la détresse
et la bouche amère.

Il y a un mot pour décrire
celui qui n’a plus de parents
mais il n’y en a pas pour dire
une mère perdant son enfant.

Comment interroger le destin,
quand , fleur après fleur
se perd dans le lointain
       la plus petite lueur ?

La mort était-elle dans ton sein
pour qu’ainsi, elle vienne
décapiter les fleurs du jardin
et les priver d’oxygène … ?


RC – août 2016


en liaison avec « poème à l’orphelin » de M Tsvetaieva


Novalis – O Mère, celui qui t’a vue


 

XIV

Sculpture  Vierge à l’enfant, Musée Unterlinden  Colmar

O Mère, celui qui t’a vue

pour toujours échappe à l’Enfer.

Il souffre d’être loin de toi,

il t’aime d’amour éternel,

et le souvenir de tes grâces

donne des ailes à son âme. (…)

Tu sais, ô Reine bien-aimée,

que je suis à toi tout entier.

N’ai-je pas, depuis tant d’années,

joui de tes faveurs secrètes ?

A peine éclos à la lumière,

j’ai bu le lait de ton sein bienheureux.

Mille fois tu m’es apparue ;

je t’adorais d’un cœur d’enfant ;

ton Enfant me tendait ses mains

pour mieux me reconnaître un jour.

Tu souriais avec tendresse,

tu m’embrassais — instants divins !

Il est bien loin, ce paradis.

A présent, le chagrin m’accable.

J’ai longtemps erré, triste et las.

T’ai-je donc si fort offensée ?

Humble comme un enfant, je m’attache à ta robe :

éveille-moi de ce rêve angoissant.

Si l’enfant seul peut voir ta face

et compter sur ton sûr appui,

délivre-moi des liens de l’âge,

fais de moi ton petit enfant.

L’amour et la foi de l’enfance

Depuis cet âge d’or restent vivants en moi.

NOVALIS « Cantiques »


Carles Duarte – l’abîme


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L’Abîme

Au-delà de la mer
– je peux sentir son vertige -,
il y a un abîme.

J’abrite mes regards
derrière mes paupières fatiguées.

Tandis que j’observe les vagues,
j’écoute le corps,
sa routine incessante
chaque fois que je respire.

Je suis ressorti dans la rue.
Je tente en vain d’y retrouver des images.
Je n’y reconnais pas cet enfant blond,
ni la cour pleine de lumière.

Il me reste, pourtant, des miettes bleues
et les visages des mes parents que j’imagine.

Je m’assieds sur le sable
pour refaire les châteaux d’autrefois,
pour me rappeler.

Au-delà de la porte de l’air,
de la lumière primordiale de cet après-midi,
d’une joie que je regrette,
l’océan transparent de l’oubli
me détruit.

 

Traduit par François-Michel Durazzo
Le centre du temps, Fédérop, 2007

L’abisme

L’albada és de cristall
i una Lluna de marbre
s’allunya pel ponent.
Dins els teus ulls
viu un silenci dens,
un fred precís
que ens pren la mà
i ens duu molt lentament
fins al llindar,
sense passat,
sense futur,
on tot és fet d’abisme.
T’abraço fort,
m’abraces,
vençuts per aquesta set,
per aquest dolor
que es torna inextingible.
Aprenc a abandonar-me.
La mar i jo
ja som només
la llàgrima.

Extrait de: El centre del temps
Edicions 62, 2003

Marceline Desbordes-Valmore – Pourquoi demander l’heure ?


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Pourquoi demander l’heure ? Eh ! Qu’importe comment

Le temps a secoué ses ailes sur nos têtes ?

Va, les minutes d’or qui brillent dans ces fêtes

Sont les trésors d’un Dieu plus jeune et plus charmant.

C’est un enfant qui rit, c’est le plaisir prodigue

D’instants. Si le calcul fixait ce don rapide,

Qui n’en ménagerait chaque parcelle 7 Hélas !

Le plaisir glisse et meurt : on ne sent point ses pas.

Comme les baisers d’une femme,
Ils sont trop vifs pour les compter,
Trop légers pour les arrêter,
Et l’on n’enchaîne pas la flamme !

Ainsi, remplis la coupe. Eh ! qu’importe comment
Le temps roule son cercle et détruit nos journées ?
Va, les minutes d’or, qui valent tant d’années,
Sont les trésors d’un Dieu plus jeune et plus charmant !

Marceline DESBORDES-VALMORE
« Bouquets et prières »
(éd. Dumont)


Max Ehrmann – enfant de l’univers


max Ehrmann child of the universeYou are a child of the universe,

no less than the trees

and the stars

 

Tu es un enfant de l’univers,

pas moins que les arbres et les étoiles

max Ehrmann


Jean-Claude Pirotte – tu ne sauras jamais qui je suis


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tu ne sauras jamais qui je suis
dit l’enfant je passe mon chemin
je vais vers les prairies lointaines,
où l’herbe chante à minuit près des saules
qui pleurent car c’est ainsi
que s’ouvre à mon cœur la musique fidèle
et que le monde enfin commence à vivre
et que je commence à mourir
tu ne me verras pas vieillir
ni ne reconnaîtras mon ombre
adossée au talus là où le sentier noir
se perd dans un fouillis d’épines
et les étoiles des compagnons blancs
 
tu as beau regarder sans cesse derrière
toi comme si tu craignais l’orage
et que tu te hâtais poursuivi par l’éclair
jamais tu ne surprendras mon sourire
tendrement cruel comme celui d’un tueur triste

 

in

Veilleurs, Passage des ombres


Lucie Taïeb – Où est-il ?


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ce soir, dans la maison d’avant, demander à S., qui prépare le repas : « et où est-il ? il ne dîne pas avec nous ? »le lui demander comme un enfant qui n’aurait pas voulu comprendre que son père ne reviendra pas.

Le lui demander comme l’adulte, saine d’esprit, que je suis, ne peut pas le faire, et il le faudrait pourtant, pouvoir se faire expliquer et redire qu’il ne reviendra pas, pouvoir pleurer encore cette absence, refuser de la comprendre, refuser d’écouter les explications, de chagrin hurler, se cogner la tête contre le mur de la cuisine, jusqu’à ce qu’elle saigne et tache le mur blanc, jusqu’à ce qu’elle s’ouvre comme une noix de coco et que le chagrin se déverse, répandant autour de la coquille brisée son odeur de délice rance.

le temps nous déplace, nous éloigne de chaque instant de notre vie et ramène pourtant, par l’entremise de la date, chaque jour qui nous marque, chaque année.

je pense à toi, en cet instant précis, tandis que S. déverse les coquillettes dans l’eau bouillante, je pense à toi, à plusieurs milliers de kilomètres d’ici, l’instant se ralentit, devient plus dense, presque douloureux par trop de lumière, je pense à toi, j’ai la certitude d’une union dans cette distance, je fantasme tes pensées aussi intensément tendues vers moi, j’imagine qu’en cet instant précis, tu es aussi proche de moi, en pensée, que je le suis de toi.

au même moment

je pense à toi, en cet instant précis, comme S. déverse les pâtes dans l’eau bouillante, je pense à toi, plusieurs milliers d’années auparavant, tu aurais été là, tu devrais être là, je fantasme encore si proche, ta présence, et je ne comprends pas que, malgré l’intensité de ma pensée, tu ne sois pas là, proche de moi, comme tu devrais l’être. je demande alors « où est-il ? », j’ai 20 ans, j’en ai 40, j’en ai 56 et c’est mon dernier âge, nous mourons jeunes dans la famille, je demande encore où il est, et plus personne
pour me répondre
qu’il ne reviendra pas.


Georges Bataille – L’Archangélique – 01


Georges Bataille -        Untitled drawing for Soleil Vitré– dessin –        Georges Bataille  « sans titre pour   « soleil Vitré »


Mario Luzi – Que de vie !



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détail d’une peinture de Frida Kahlo
.

« Que de vie ! »
une voix aiguë d’enfant s’élève
là où une foule d’oiseaux
arrachés à leur gazouillement
de branche en branche
s’enfuit dans l’effeuillement du bois
sous le froid contre jour,
trace un sillage de plumes et de cris,
abandonne les phrases brisées
d’un discours qui achoppe, fête
et fuite, tandis que des hommes à l’affût
en préparent le massacre ;
“que de vie !” répètent des derniers,
ces plus lumineux battements d’ailes
sur toute la broussaille entre mer et marais […]

car on ne perçoit jamais la vie
si fort qu’au moment de sa perte.

Mario Luzi, « Du fond des campagnes », L’Incessante Origine, Flammarion, 1985, pp. 112-115.
.

.


Jean Magalhaes – Dans le ventre du loup


19352631576                                                             artiste non  identifié

 

je suis

celui qui dort dans un mouchoir de poche

qui s’est toujours excusé

celui qui a des mains d’enfant

 

je suis

celui qui fait l’amour avec les ombres

qui court après les mots

n’attrape que le vent

 

je suis

celui qui fait tous les rêves

qui parle aux pierres

celui qui dort

 

dans le ventre du loup

( tiré d’un recueil portant le même nom  » dans le ventre du loup » : petite édition manuelle parue aux ateliers du hanneton, dans la Drôme )


Carles Duarte – l’abîme


12243040_1079807232029377_8337780621013739607_n.jpgphoto la curiosphère

 

 

Au-delà de la mer
– je peux sentir son vertige -,
il y a un abîme.

J’abrite mes regards
derrière mes paupières fatiguées.

Tandis que j’observe les vagues,
j’écoute le corps,
sa routine incessante
chaque fois que je respire.

Je suis ressorti dans la rue.
Je tente en vain d’y retrouver des images.
Je n’y reconnais pas cet enfant blond,
ni la cour pleine de lumière.

Il me reste, pourtant, des miettes bleues
et les visages des mes parents que j’imagine.

Je m’assieds sur le sable
pour refaire les châteaux d’autrefois,
pour me rappeler.

Au-delà de la porte de l’air,
de la lumière primordiale de cet après-midi,
d’une joie que je regrette,
l’océan transparent de l’oubli
me détruit.

Traduit par François-Michel Durazzo
Le centre du temps, Fédérop, 2007

L’abisme

L’albada és de cristall
i una Lluna de marbre
s’allunya pel ponent.
Dins els teus ulls
viu un silenci dens,
un fred precís
que ens pren la mà
i ens duu molt lentament
fins al llindar,
sense passat,
sense futur,
on tot és fet d’abisme.
T’abraço fort,
m’abraces,
vençuts per aquesta set,
per aquest dolor
que es torna inextingible.
Aprenc a abandonar-me.
La mar i jo
ja som només
la llàgrima.

Extrait de: El centre del temps
Edicions 62, 2003

Carles Duarte – L’ Abîme


peinture: Jef Vereyen   monochrome  achrome  1958

peinture:         Jef Vereyen               monochrome achrome 1958

Au-delà de la mer
– je peux sentir son vertige -,
il y a un abîme.

J’abrite mes regards
derrière mes paupières fatiguées.

Tandis que j’observe les vagues,
j’écoute le corps,
sa routine incessante
chaque fois que je respire.

Je suis ressorti dans la rue.
Je tente en vain d’y retrouver des images.
Je n’y reconnais pas cet enfant blond,
ni la cour pleine de lumière.

Il me reste, pourtant, des miettes bleues
et les visages des mes parents que j’imagine.

Je m’assieds sur le sable
pour refaire les châteaux d’autrefois,
pour me rappeler.

Au-delà de la porte de l’air,
de la lumière primordiale de cet après-midi,
d’une joie que je regrette,
l’océan transparent de l’oubli
me détruit.

Traduit par François-Michel Durazzo
Le centre du temps, Fédérop, 2007

Platon – la peur de la lumière


h & f  port  éblouisssuperposés   timbres   finlande

 

On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité.

La vraie tragédie de la vie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière


Emily Dickinson – Nous avons tout appris de l’Amour


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Nous avons Tout appris de l’Amour
L’Alphabet – les Mots –
Un Chapitre – tout le Livre grandiose –
Puis – la Révélation s’est refermée –

Mais dans les yeux de l’Autre
Chacun contemplait une Ignorance –
Plus Divine que celle de l’Enfance
Et chacun redevenu Enfant, pour l’autre –

A tenté d’exposer ce que
Ni l’un ni l’autre – ne comprenait –
Quel dommage, que la Sagesse soit si vaste –
Et la Vérité – si variée !

-(poème 531)

extrait du site de ladySil: « passionément , Emilie D. » où ceux qui cherchent de la « matière », pour lire cette poétesse, n’auront  que l’embarras du choix…

photo: Vivan Sassen

photo: Vivian Sassen

-En voici le texte  original

We learned the Whole of Love —

We learned the Whole of Love —
The Alphabet — the Words —
A Chapter — then the mighty Book —
Then — Revelation closed —But in Each Other’s eyes
An Ignorance beheld —
Diviner than the Childhood’s —
And each to each, a Child —Attempted to expound
What neither — understood —
Alas, that Wisdom is so large —
And Truth — so manifold!

François Corvol – Langue


 

A fortune teller  - diseur de bonne aventure - photographe non identifié

A fortune teller –  diseur de bonne aventure         – photographe non identifié

Les paroles persistaient et mes yeux, certainement moins
dans le vague, s’étaient repositionnés dans les siens, semblables
aux oiseaux qui vont, pour une raison que j’ignore
se poser sur un fil électrique au-dessus de ma tête
puis observent, gazouillent, manifestent leur présence
avant que le désir de se mouvoir n’émerge à nouveau.
Ils sont pressés de retourner librement dans le ciel.
Décontraction du château intérieur, fluctuations sereines et solides
des joies du dedans, lesquelles, s’exilant du royaume
laissaient échapper un rire innocent et sincère
attiré à soi comme un enfant qu’on extrait de son instinct de fuite.
Ceci ne m’importait guère
étant son visage caché, le langage secret que seul j’honorais
par lequel je m’évadais, avec l’espoir qu’elle me suive
et se détache d’elle-même.

 


Danilo Kis – Le cirque de famille – Le jeu


LE JEU

L’homme regarde par le trou de la serrure et pense Ce n’est pas lui ; ce n’est pas Andréas. Il reste plié en deux, pensant

Ce n’est pas Andréas. Il s’obstine, immobile, même lorsqu’il commence à avoir mal aux reins. Il est grand et son menton touche presque ses genoux.

Mais il ne bouge pas. Il ne fait même pas un geste quand ses yeux se mettent à pleurer derrière ses verres de lunettes, lui brouillant la vue. De la chambre souffle un courant d’air froid par le trou de la serrure, comme par un couloir. Mais il ne bouge pas. Le verre de ses lunettes effleure un instant la serrure et il recule un peu la tête.
Il faut que je montre ça à Maria, pense-t-il méchamment, sans être conscient de le penser ni d’y mettre de la méchanceté.

Il faut que je montre à Maria Max Ahasvérus, le marchand de plume. Il ne sait pas pourquoi, mais il a besoin de l’humilier. Et cela va l’humilier, pense-t-il avec plaisir. Il faut que je montre à Maria le cheminement souterrain et mystérieux du sang. Qu’Andréas, en fait, n’est pas son Petit Garçon Blond (comme elle le croit), mais son
sang à lui, le petit-fils de Max l’Errant.

Et cela lui fera mal. Il triomphe à l’avance et se réjouit déjà de la voir souffrir en
secret, incapable de réfuter, ne serait-ce que dans son cœur et en silence, ce qu’il lui prouverait en lui montrant son Petit Garçon Blond, son Andréas, en train de faire le boniment à la clientèle en allant d’un portrait à l’autre, comme s’il errait à travers les siècles. Et cela lui fera mal, à Maria.

Voilà pourquoi il n’arrive pas à se détacher du trou de la serrure, pourquoi il recule cet instant de plaisir qui est là, tout près, à sa portée. Mais il ne veut pas, il ne peut pas encore tendre la main et prendre le plaisir de la voir souffrir.

Voilà pourquoi il remet à plus tard. Il attend que l’instant mûrisse de lui-même et tombe dans la boue, comme une prune mûre. Voilà pourquoi il ne veut pas appeler tout de suite Maria, mais continue obstinément à regarder par le trou de la serrure où souffle, comme par un couloir, un courant d’air froid venu de très loin, hors du temps. Et tout au bout de ce couloir, dans une perspective lointaine et trouble, comme au crépuscule, il est là, Max Ahasvérus, le marchand de plume, et il vante sa   marchandise, habilement, en bon Juif.

C’est à lui que l’homme pense, à lui seul, car il le voit, là.

Mais il n’oublie pas un seul instant qu’il doit montrer tout cela à Maria, et que cela lui fera mal. Voilà pourquoi il ne l’appelle pas tout de suite. Il attend que l’instant mûrisse de lui-même et tombe, comme une prune, pour l’écraser et le fouler aux pieds.

L’enfant (cependant) est tout seul dans la chambre. Il sent ses mains s’engourdir de froid et il y a un bon moment déjà qu’il a envie d’aller se réchauffer dans la cuisine. Mais il n’arrive pas à se décider. Ici, personne ne le voit, mais là-bas, dans la cuisine, sous le regard des adultes, il ne pourrait pas jouer comme ça. Peut-être, pourtant, ne l’en empêcheraient- ils pas, ils ne lui feraient sûrement aucun reproche (surtout pas sa mère), car ce jeu, il le sent, n’est pas dangereux (qu’est- ce donc à côté d’une allumette craquée dans la grange ou de crachats lancés au visage des passants). Mais c’est quand même un drôle de jeu. Qui ne serait pas venu à l’idée d’Anna.
Voilà pourquoi il s’obstine à tenir sur son épaule un gros oreiller qu’il a pris sur le lit et, arpentant la chambre, soi-disant courbé sous le poids, il va d’un portrait à l’autre (il y a là quelque chose de mal, il le sent) en marmonnant.

À côté de la machine à coudre, devant la fenêtre, sur le plancher lavé à grande eau, gisent ses jouets abandonnés : soldats de plomb, billes d’argile et de verre…

Mais pour l’instant, il est occupé à un jeu dont il ignore encore le nom. « Madame, voulez-vous de la plume de cygne toute blanche ? » chuchote-t-il en s’inclinant, les yeux fixés sur le sourire énigmatique de Mona Lisa, au-dessus du lit d’Anna. Sur son visage se lit une déception sincère.

C’était sa dernière chance.Tant de clients  ont déjà refusé. Et ce vieillard (avec un drôle de chapeau et ne longue pipe sous son bec-de-lièvre) qui pend au-dessus du lit de son père, et cette vieille dame distinguée (avec un nez crochu et de drôles de chaussures à boucle), et tous, les uns après les autres, et maintenant cette belle femme au sourire si mystérieux et si ambigu ; tantôt on croirait qu’elle va tout acheter, tantôt qu’elle refuse avec un léger mépris. L’enfant se tient devant elle, humilié — et amoureux. Il attend sa réponse tout en pensant : ce n’est pas un métier pour moi. Je  donnerais bien à cette dame toute ma marchandise pour ses beaux yeux, pour son sourire, et ce serait la ruine. Eh bien, tant pis, ruinons-nous, pense-t-il, alors que ses yeux brillent avec douceur. Tant pis, je vais tout lui donner, qu’elle puisse dormir dans le lit doux et moelleux.
Puis, brusquement, à voix haute : « Madame Mona Lisa, voilà pour vous, de la part d’un jeune et modeste commerçant, un cadeau pour votre literie… Vous avez payé de votre
sourire, Madame. » II s’incline et rougit pour de bon, bien qu’il sache que tout cela n’est que jeu et comédie, mais il a honte de sa galanterie encore maladroite et de s’être ainsi trahi lui-même, car lorsqu’on joue au commerçant, on doit essayer de vendre sa marchandise au meilleur prix, et non faire faillite pour un sourire.

L’homme regarde par le trou de la serrure. Et il voit son père défunt, Max Ahasvérus.

Ce n’est pas un revenant, c’est Max Ahasvérus, le marchand de plume, en personne. Il vient de loin, de très loin. L’homme se tait. Il sent sa vue se brouiller. Par le trou de la serrure souffle, comme par un couloir, un fort courant d’air. Max a trouvé une cliente :

« Frau, wünschen Sie feiner ganzfeder? » dit Max avec une courbette espiègle en enlevant le sac de son épaule.

L’homme se tait.

« Madame Mona Lisa, dit Max, c’est la plus belle plume de toute la région. C’est celle du cygne de Léda. Voulez-vous de la pure plume de cygne ? » Puis, voyant sur le visage de la cliente un sourire, un sourire à peine perceptible qui est à la fois mépris et tendresse, mais qui promet bien peu, il remet son sac sur l’épaule et dit en s’inclinant :

« Adios, senorita, vous le regretterez. » Alors l’homme sursaute. Ses mains, qui étaient jusque-là calmement croisées dans son dos, se mettent tout à coup à dire quelque chose que sa femme ne voit pas, car elle lui tourne le dos. Pourtant, Edouard ne peut décoller son œil du trou de la serrure. Il se redresse brusquement et s’essuie les yeux avec son mouchoir, sans enlever ses lunettes. « Maria, dit-il à voix basse, devine qui est dans la chambre ?

Regarde, mais fais doucement. » La femme se retourne, sans lâcher la bouilloire que lèche la
flamme violette du réchaud à gaz. « Qui, Edouard, qui ? »
Elle voit ses prunelles tendues derrière ses lunettes.

« Qui ? Qui ? Regarde ! » crie-t-il avec colère. Puis il se laisse tomber avec lassitude sur une chaise et allume une cigarette. Elle enlève la bouilloire de la flamme. On voit que ses mains tremblent.

La porte gémit et l’enfant sursauta. La femme le surprit un oreiller dans les bras. À part lui, il n’y avait personne dans la pièce. « Andi, dit-elle sans pouvoir contrôler le tremblement de sa voix, qu’est-ce que tu fais dans cette pièce glaciale ? Tu as les mains gelées. »

« Rien, dit-il, je joue. »

« Laisse cet oreiller », dit-elle.

« Mais, maman, je joue justement avec l’oreiller », répondit l’enfant. Puis il mit l’oreiller sur son épaule et se campa devant elle. « Madame, voulez-vous de la belle plume de cygne? », dit-il en souriant et en s’inclinant. La femme se taisait. Le sourire s’éteignit alors sur le visage de l’enfant (oui, il le savait, il le sentait, il y avait quelque chose de mal dans ce jeu). Elle lui arracha l’oreiller des mains et le jeta sur le lit.

Puis elle se dirigea vers la porte et, là, s’arrêta, clouée par le regard de l’homme. Lâchant la main de l’enfant, elle passa rapidement à côté de lui.

« Tu as vu Max Ahasvérus ?» La question tomba comme une prune mûre dans la boue.

« Oui, Edouard, oui. Je l’ai vu. Il m’a proposé de la plume de cygne. Madame, voulez-vous de la belle plume de cygne ? »

« II était une fois un roi », commença la mère après la prière du soir. « Et alors ? » demanda l’enfant en se frottant les yeux pour chasser le sommeil (mais il savait que, comme toujours, l’histoire l’endormirait et que ses efforts

seraient inutiles). « II se maria avec une Gitane… » « Pourquoi ? » demanda-t-il.

« La Gitane était belle, la plus belle femme de tout le royaume. Un jour, ils eurent un fils qui devait succéder à son père sur le trône.

Alors le roi, tout heureux d’avoir un héritier, ordonna qu’on tue la Gitane, car si on apprenait qu’elle était la mère de son enfant, le futur héritier devrait renoncer au trône. Ainsi, le prince ne sut jamais qui était sa mère.

Par bonheur, il ressemblait à son père, et personne ne pouvait deviner dans la couleur de sa peau la nuance un peu plus sombre due au sang gitan. »

« Je ne comprends pas », dit l’enfant, «i Ce n’est pas important. Écoute la suite », dit sa mère en regrettant un peu d’avoir commencé cette histoire.

Mais elle ne pouvait plus s’arrêter, et pas seulement à cause de l’enfant. « II fut élevé par le  meilleurs maîtres et les plus grands sages du royaume. Le roi était satisfait et heureux. » Là, elle aurait pu s’arrêter, car elle ne savait pas elle-même comment finir l’histoire.

Ce serait dur pour l’enfant. Mais quand elle entendit le « Et alors? » de son fils (habitué à son art des coups de théâtre), elle poursuivit, avant même d’avoir imaginé une fin.

« Un jour, le roi jeta un coup d’œil dans la chambre de son fils pour voir si le prince s’était endormi. » « Et alors ? » Elle hésita un peu et continua. « Et il trouva l’enfant, tenant un oreiller de velours et de soie, en train de mendier devant le portrait de sa mère.  »

Un croûton de pain, s’il vous plaît, puissante reine (elle imitait maintenant l’accent des Gitans), et un bout de chiffon pour cacher ma nudité…  » Comme un fou, le roi se précipita dans la chambre et empoigna son fils.

Que^ fais-tu là, prince? » demanda le père. « Je mendie, Père « , répondit le prince.  » J’en ai assez de mes jouets et de mes chevaux, et aussi de mes faucons; alors, je joue au
mendiant.  » »

Elle parlait de plus en plus doucement et, finalement, elle se tut. L’enfant s’était endormi. Elle éteignit la lampe et s’éloigna sur la pointe des pieds.

« II a tué aussi son fils ? » entendit-elle dans le noir et elle sursauta. Elle revint sur ses pas pour caresser l’enfant.

Non », chuchota-t-elle sans allumer la lumière. « Non. »


Patrick Cintas – Analectic song


        peinture:      Lee Krasner

 

 

 

Je me fiche de savoir qui je suis
fruit du hasard dont je ne sais rien
ou pierre parmi les pierres
qui fondent cette vie sous l’existence

Je suis et cela ne tient qu’à un fil
voilà ce que je sais et ce que je peux chanter
si vous m’écoutez vous dont la voix s’est éteinte
quand l’enfant est mort en vous
et autour de vous

Ce que je pense n’a aucune importance
pas plus que ce que vous pensez
aucune vision n’a de l’importance
aucun résultat de mes actions ni des vôtres

Si je chante c’est que vous chantez
et si ma voix ne porte pas
c’est que vous n’entendez plus rien
qui ne soit pas en accord avec ce que vous devenez

Ici on ne se concerte qu’à propos de questions religieuses
ou politiques ou artistiques
parce que ces éthiques sont le moyen de contrôler le temps
et par conséquent les intérêts et les dettes

Mais je n’ai que faire de vos convictions à la noix
de vos superstitions et de vos arts

Ce n’est pas ainsi que je conçois ce qui m’est donné
c’est-à-dire cette vie
à laquelle je veux donner le sens d’une existence
c’est-à-dire d’une œuvre

Pas de livre à mon chevet, pas de propre du temps
pour ramasser ce que la pensée ne sait pas comprendre
Pas de sens à prendre au lieu de le donner
Je ne suis pas cet homme !

Tout ce qui rentre dans un livre me révolte
Tout ce qui en échappe pour constituer une œuvre me fascine
Et c’est là toute la différence
Ce qui me distingue de vos systèmes contraignants
de votre manière de contraindre pour avoir raison

Vos crises ne sont en rien des révolutions
Vos choix ne parlent pas de ce qui m’accorde une certaine audience
Vos leçons de morale confinent à l’immobilité ou au conflit
selon que vos possessions fructifient
ou que vous êtes dépossédés par vos ennemis

Je n’ai pas d’ennemi ou je n’ai que des ennemis
Je ne possède rien qui flatte vos convictions, vos superstitions et vos arts
Je suis un instant et je ne suis pas le temps
Je pousse comme l’herbe mais je ne connais pas le soleil

Une chanson suffira à me ressembler
une chanson que je qualifierais d’analectique
car elle vous contient
comme elle m’expulse de ce monde

J’arrive en ami
et je pars sans souci
c’est comme une guérison
tant votre fréquentation m’a renseigné
sur l’état de vos intentions existentielles

Vous êtes des écoliers épris de dissertations
mais ni la somme de vos dissertations
ni la compilation de vos existences
ne forment le livre dont vous avez rêvé
pour donner un sens aux écrits qui l’ont perdu en route
Vous êtes la négligence et la paresse
qui me donnent la minutie et la rapidité

Minutie de l’objet
et rapidité de la forme à le donner
tel qu’il envisage les faits
qui m’appellent

Là je reconnais la complexité et la pensée
à la place de vos articles, de vos psaumes et de la poésie
à toutes les sauces

Mais je ne suis que l’auteur de cette chanson
Je n’ai pouvoir que de constater que je pousse comme une herbe
et que mon sort est celui de cette herbe
des milliers de fois recommencée pour que j’existe un instant à sa place

Il me vient à l’esprit
en me penchant encore sur ce détail
que je suis un peu cet enfant que j’ai cru mort depuis longtemps
et non pas un de ces prophètes cosmiques !

Certes il est mort de sa propre main
tué par lui-même
comme cela arrive sans cesse
pour que la maturité s’empare du pouvoir

Privé de futur
par son geste même
il ne représente que ce segment d’existence
comme le boulet qu’on attachait jadis à la cheville des forçats
un par un rejoignant la mer par le Passage des Tristes

Je sais sans pouvoir l’expliquer que son chant mineur
est le récit de sa courte existence
que son chant majeur représente sa voix possible
et qu’entre ces pratiques du chant
quelque chose ressemble à de la poésie
Je sais tout cela
et je le sais depuis longtemps

J’ai construit toute mon œuvre sur ces pilotis
fasciné par le vent et les marées
nourri d’horizon et de soleil
de lune quelquefois
quand le sommeil ne savait plus
par quel bout me prendre

Certes vous êtes les conservateurs de l’Humanité
et j’ai visité votre Conservatoire en toute tranquillité
car ce qu’on y retient par les basques
n’est que le reflet de ce que vous imposez à l’Histoire

Loin des sciences et de la philosophie
vous n’êtes que des doctrinaires, des superstitieux et des artistes
sans véritable expérience des choses et des faits

On ne peut pas vous aimer
C’est impossible
et je chante enfin cette mort de l’enfant
en toute connaissance de cause

Patrick Cintas.

Extrait de Analectic Songs V

on peut  retrouver l’auteur  dans les pages  du Chasseur  Abstrait...


Raymond Abelio – Seuls les faibles me demandent encore ma chaleur


photo: Anna Bodnar

photo: Anna Bodnar

 

Seuls les faibles me demandent encore ma chaleur.

Ils veulent s’y assoupir. Mais ils se trompent sur moi, ils me prennent pour l’enfant que j’ai été.

Je n’ai plus de chaleur disponible, je la change toute.

Éternels voleurs d’énergie, enfants adultérins de Prométhée, profanateurs du feu dont ils ne dérobent que la fumée charbonneuse !

J’appelle forts ceux qui ne me demandent rien, mêlant à la mienne leur lumière, qui est la même.

  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927

Dominique Boudou – L’homme qui marche – 1


Mel Drucker – sculpture en fil métallique: homme marchant avec chiens , 

L’homme qui marche #1

Midi peut-être a sonné
Il faudrait souffler comme les autres hommes
A cette pause qui n’a pas de présence
Dans laquelle je m’oublierais pourtant
S’il n’y avait pas tous ces mystères
Sous nos pas

La tentation du jardin encore
Qui miroite au fond de tes yeux
Deux chaises intemporelles
Autour des cercles de l’eau
La grille qui grincerait
Comme elle grinçait tu t’en souviens
Le parfum de la terre
Dont nous savions le partage
Allons sois raisonnable
Je ne veux pas pleurer

Un autre enfant passe
Qu’on n’a pas remarqué
Qui connaît tout du chemin
Un enfant qui n’a pas d’enfance


Je repars chaque matin, d’une étendue blanche ( RC )


 

 

 

Il faut que je ferme l’enclos des couleurs,

Que je reparte vers un ailleurs,

N’ayant pas connu le dessin du cœur,

……    Chaque page a son heure,

 

Et je repars chaque matin,

D’une étendue blanche,

Que chaque jour déclenche,

–  toujours plus incertain.

 

Ou bien j’ai sans doute oublié,

Derrière une glace        sans tain,

Comment prendre le monde dans ses mains,

Les miennes, que j’ai liées.

 

Ou alors,         je les ai vides.

   Le miroir ne reflète rien

       Des jours lointains

            Et saisons humides.

 

Je sais que  sous  ses taches,

Et les plis de ses draps,

L’hiver reviendra.

Pour l’instant il se cache.

 

J’invente pourtant ce que je ne vois pas,

J’avance en vertiges,

Comme sur un fil,    en voltiges,

Il y a un grand vide, sous mes pas.

 

Si je retourne la mémoire

Il se peut que je n’aie plus de passé,

Et que, de traces effacées,

Je ne voie que du noir.

 

Peut-être qu’en peinture,

J’invente,   hors d’atteinte,

De nouvelles  teintes,

Au fur et à mesure.

 

En tout cas c’est vers l’inconnu,

Que j’ouvre mes pages,

Me risquant  au voyage,

Comme un enfant,          nu.

 

Une page vierge à écrire,

Des traits, que je lance

Un pinceau, toujours en danse,

Dont j’ignore le devenir,

 

Comme si,      à la couleur des rêves,

On pouvait      donner un titre,

Décider de clore le chapître

Et dire          que la toile s’achève…

 

RC – 30 septembre  2013

 


La solitude du pin ( RC )


La solitude du pin, secoué par le mistral

Sans remords, lourd de bruissements,

Se tait, offrant ses épines, au soleil

Et aux senteurs de thym…

Tout tourne autour du centre,

Certains diront « nombril du monde »

<          Mais où est donc le centre ,

Si je n’en connais pas l’origine ?

 

L’humanité commence par le nombril,

Disent-ils avec justesse, dans la tradition congolaise.

Et le monde, … Commence-t-il par le temps,

Et l’horloge du soleil, qui indique , du pin, ses ombres ?

Ou bien le regard, celui de l’enfant,

Que l’on porte , comme nos premières années,

Toujours vivantes, avec la mère, présente

Dans l’humanité, dont elle est l’Origine,

et se tient toujours ici…

RC – 18 juin 2013

En rapport  avec le texte de Norbert Paganelli
Non ce n’est pas facile
De cueillir la main et son ombre
La solitude du thym
Charcuté sans remord
Il faut savoir tendre l’oreille
Et se taire
Captant un silence
Lourd de bruissements

Il faut aussi creuser
Et creuser encore
Et unir la force de l’homme
Au regard incrédule de l’enfant

La femme elle
Se tient toujours ici

Norbert Paganelli http://invistita.fr/
(du recueil »A notti aspeta / La nuit attend »)