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Raymond Abelio – Seuls les faibles me demandent encore ma chaleur


photo: Anna Bodnar

photo: Anna Bodnar

 

Seuls les faibles me demandent encore ma chaleur.

Ils veulent s’y assoupir. Mais ils se trompent sur moi, ils me prennent pour l’enfant que j’ai été.

Je n’ai plus de chaleur disponible, je la change toute.

Éternels voleurs d’énergie, enfants adultérins de Prométhée, profanateurs du feu dont ils ne dérobent que la fumée charbonneuse !

J’appelle forts ceux qui ne me demandent rien, mêlant à la mienne leur lumière, qui est la même.

  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927

Dominique Boudou – L’homme qui marche – 1


Mel Drucker – sculpture en fil métallique: homme marchant avec chiens , 

L’homme qui marche #1

Midi peut-être a sonné
Il faudrait souffler comme les autres hommes
A cette pause qui n’a pas de présence
Dans laquelle je m’oublierais pourtant
S’il n’y avait pas tous ces mystères
Sous nos pas

La tentation du jardin encore
Qui miroite au fond de tes yeux
Deux chaises intemporelles
Autour des cercles de l’eau
La grille qui grincerait
Comme elle grinçait tu t’en souviens
Le parfum de la terre
Dont nous savions le partage
Allons sois raisonnable
Je ne veux pas pleurer

Un autre enfant passe
Qu’on n’a pas remarqué
Qui connaît tout du chemin
Un enfant qui n’a pas d’enfance


Je repars chaque matin, d’une étendue blanche ( RC )


 

 

 

Il faut que je ferme l’enclos des couleurs,

Que je reparte vers un ailleurs,

N’ayant pas connu le dessin du cœur,

……    Chaque page a son heure,

 

Et je repars chaque matin,

D’une étendue blanche,

Que chaque jour déclenche,

–  toujours plus incertain.

 

Ou bien j’ai sans doute oublié,

Derrière une glace        sans tain,

Comment prendre le monde dans ses mains,

Les miennes, que j’ai liées.

 

Ou alors,         je les ai vides.

   Le miroir ne reflète rien

       Des jours lointains

            Et saisons humides.

 

Je sais que  sous  ses taches,

Et les plis de ses draps,

L’hiver reviendra.

Pour l’instant il se cache.

 

J’invente pourtant ce que je ne vois pas,

J’avance en vertiges,

Comme sur un fil,    en voltiges,

Il y a un grand vide, sous mes pas.

 

Si je retourne la mémoire

Il se peut que je n’aie plus de passé,

Et que, de traces effacées,

Je ne voie que du noir.

 

Peut-être qu’en peinture,

J’invente,   hors d’atteinte,

De nouvelles  teintes,

Au fur et à mesure.

 

En tout cas c’est vers l’inconnu,

Que j’ouvre mes pages,

Me risquant  au voyage,

Comme un enfant,          nu.

 

Une page vierge à écrire,

Des traits, que je lance

Un pinceau, toujours en danse,

Dont j’ignore le devenir,

 

Comme si,      à la couleur des rêves,

On pouvait      donner un titre,

Décider de clore le chapître

Et dire          que la toile s’achève…

 

RC – 30 septembre  2013

 


La solitude du pin ( RC )


La solitude du pin, secoué par le mistral

Sans remords, lourd de bruissements,

Se tait, offrant ses épines, au soleil

Et aux senteurs de thym…

Tout tourne autour du centre,

Certains diront « nombril du monde »

<          Mais où est donc le centre ,

Si je n’en connais pas l’origine ?

 

L’humanité commence par le nombril,

Disent-ils avec justesse, dans la tradition congolaise.

Et le monde, … Commence-t-il par le temps,

Et l’horloge du soleil, qui indique , du pin, ses ombres ?

Ou bien le regard, celui de l’enfant,

Que l’on porte , comme nos premières années,

Toujours vivantes, avec la mère, présente

Dans l’humanité, dont elle est l’Origine,

et se tient toujours ici…

RC – 18 juin 2013

En rapport  avec le texte de Norbert Paganelli
Non ce n’est pas facile
De cueillir la main et son ombre
La solitude du thym
Charcuté sans remord
Il faut savoir tendre l’oreille
Et se taire
Captant un silence
Lourd de bruissements

Il faut aussi creuser
Et creuser encore
Et unir la force de l’homme
Au regard incrédule de l’enfant

La femme elle
Se tient toujours ici

Norbert Paganelli http://invistita.fr/
(du recueil »A notti aspeta / La nuit attend »)

 

 


Miguel Veyrat – J’ouvre les yeux et meurs,


DESSCONTdessin extrait d’un catalogue  du musée des Beaux Arts de Lyon

 

 

ABRO los ojos y muero,
memoria que camina miedo
de otro exilio rescatada.
Acaso dios aterrado
como el niño que me mira —vi
da perdida.
(De « La Voz de los poetas », 2002)

 

 

 

 

 

 

 

J’ouvre les yeux et meurs,

mémoire réchappée d’un autre exil

qui parcourt la peur.

Peut-être un dieu atterré

comme l’enfant

qui me regarde

—vie perdue.


Ghost Pig – Tes yeux planaient


Tes yeux planaient sur des nefs de pluie grise,

Peuple d’ouragan et d’océan sans églises.

Tes yeux à la semblance d’un goéland,

Libres et mobiles, blancs.

Beaucoup plus bas, contre l’île, ressacs, marées.

Le capitaine fracasse a déserté le cerisier,

Les crabes rouges, et le cidre doux.

Bien au-delà les papous adorent leur idole,

Pylone de basalte crachant du feu sur le sol.

Au matin dans la clairière,

L’Enfant joue dans la lumière.


Rainer Maria Rilke – Presque une enfant


Presque une enfant, et qui sortait
de ce bonheur uni du chant et de la lyre,
et brillait, claire, dans ses voiles printaniers
et se faisait un lit dans mon oreille

Elle dormait en moi. Tout était son sommeil.
Les arbres jamais admirés, et ce sensible
lointain, et le pré un jour senti,
et tout étonnement qui me prenait moi-même.

Elle dormait le monde. Dieu poète,
comment la parfis-tu pour qu’elle n’eût désir
d’abord d’être éveillée? Elle parut, dormit.

Où est sa mort? Ah ce motif,
l’inventerai-je avant que mon chant se dévore?
Où sombre-t-elle, hors de moi ?…Une enfant presque…

dessins:            Andrew Wyeth     extrait de la « suite Helga »

R-M Rilke


Une pierre qui n’a pas réussi à se fondre dans le cours de l’histoire ( RC )


sculpture romaine,     musée lapidaire              Narbonne

C’est ainsi  qu’en un milieu neutre,
Un éclairage  parfait, un air ventilé
Sort de l’anonymat, une pierre, parmi d’autres
Et celle-ci, que l’on comprend très ancienne
Et bousculée par la fureur  des ères

Se retrouve presque  incongrue
Immergée dans un autre siècle.
Une pièce rapportée qui n’a pu réussir
A se fondre dans le cours de l’histoire,
S’il en était une, que l’on peut  saisir,

A retourner à sa forme première de pierre.
On y distingue, incrustées,
Deux silhouettes, et celle d’un enfant
Dont les traits martelés, illisibles
Gardent leur prestance première.

Profondément gravés dans la masse
Ils nous disent  quelque  chose,
D’une  voix inaudible
Leur présence  est fossile
Et accompagne  l’hier ….

RC    – 13 octobre 2012


Mue, temps, mutants ( RC )


art; bas relief de Max Ernst ,    à St Martin d’Ardèche,    et petite intervention perso..

Un

serpent tapi dans un parterre  de fleurs
S’étire dans sa sieste                       coulée
Et laisse accrochée aux ronces son enveloppe
Fossile mou,              en aspect d’avant
Mais si sa métamorphose
Dialoguait avec la nôtre
Je me verrai bien retrouver
Conservés comme des habits d’antan
Autant des peaux de l’adolescent
Et des jeunes enfants
Ayant déposé leur mue
Au placard                du temps.
Autant le cabinet de curiosités
Pour visiteurs d’autres époques
Que sont, les momies de Palerme

RC – 24 septembre 2012

photo: mue de serpent

je viens  également  de trouver  cette poésie  arménienne   très originale: de

Esther Heboyan, qui évoque  également  Max Ernst

: LA VAMP DU TRANSILIEN

rousse ou blonde
s’avère
la vamp du transilien
de Gisors
dans le matin ridé
épiphénomène
post café cartable
lave-vaisselle encastrable
charme péri-parisien
oh !
de la nuit
je n’ai fermé l’œil
dit mascara classique
sans blague
dit l’autre
rousse ou blonde
je t’assure
les cils les yeux
écarquillés
sont maquillés Gemey automne
et quoi donc
                        ton mec
les lèvres d’un gloss fashion seront
tu penses bien
                        que non
non
            une fichue chouette
devant le miroir de sa vie
se poudrant le nez le front
les pommettes
ma pauvre
                        pas de veine
elle s’admire fin prête
pour ce jour et point de mourre
tandis que francilienne comme elle
comme elle
rousse ou blonde
sa jumelle
se vernit les ongles
d’un bleu Santa Fe
écranique
le résille sur cuisses chute
de la parme jupette
aux bottines à pompons
celles-là même
qui manquèrent à la Chancelante
de Max Ernst
ah !
c’est quelque chose
soupire la vamp du transilien
de connivence
rousse ou blonde
Décembre 2009

Si le chemin est lourd ( RC )


 

 

Parle quelquefois l’enfant en moi,

J’ai les yeux qui piquent

Soleil mandarine

 

Bagarre dans la cour

Genoux frottés                ( un sol en ciment )

Le chemin est lourd

 

Les oiseaux                             loin

Je sais les étapes

Le couvent, la place, les magasins ………….

 

Et les joues qui flambent

A mes pieds je traîne,    – boulet-

Plus de cinq-cent mètres ,     avec

 

La rue défoncée   –  et ses yeux en flaques

Le regard sévère

Des maisons d’en face

 

——————-  que dira ma mère

de  mon maillot lâche

du manteau sali    –

…  et de  l’oeil au beurre noir       ?

 

 

RC  11 septembre  2012

 


Miguel Veyrat – J’ouvre les yeux et meurs


photo: Helen Levitt

J’ouvre les yeux et meurs,
mémoire réchappée d’un autre exil
qui parcourt la peur.
Peut-être un dieu atterré
comme l’enfant qui me regarde —vie perdue.

extrait  du « vide du ciel  »   2003

 

 

—  que M Veyrat a complété  avec:

 

Et d’ouvrir nos yeux qui disent :

bloquer les racines plutôt que de croiser

la bouche des élèves alors qu’ils reviennent de la plage

et de les  laisser : déployer au retour  entre actes prétendants et agressions  ,

que nous luttons contre les ombres des scénarios : Cuacuacuacuacuá.

 

Grimper avec Hamlet et les compagnons de la chance,   à travers la forêt et au lever du soleil –

une tempête d’appels et de questions au sujet de son avant-dernière évasion :

pour y revenir et re-penser  – .
Nous  descendons sans épée , en montrant des bouquets d’orties, de violettes et de motifs entre les bras d’Ophélie : l’expérience.

Point de senteur.

 

(M. V. du livre « La voix des poètes, Calima 2002 »)

 

 

Y AL ABRIR los ojos digo:
Se traban más las raíces
que cruzan
de la boca a las pupilas
mientras vienen oscilan
y se marchan:
Regresan
aparentando escenarios
desplegados
entre actos y en asaltos
que luchamos con las sombras:
Cuacuacuacuacuá.
Yo con Hamlet y con Lucky
compañeros
hasta trepar por el bosque
y dar la cara al sol
—tormenta
de llamadas y preguntas
en su penúltima fuga:
Para-atrás-para
-vuelve-piensa.
Bajaremos sin espadas
mostrando
ramos de ortigas
de violetas y razones
entre los brazos de Ofelia:
La experiencia. Punto de aroma.

(M. V. del libro « La Voz de los Poetas, Calima 2002)


Jean Sénac – Nicolas de Staël


peinture;               Nicolas de Staêl:                    paysage marine     1955

 

 

NICOLAS DE STAËL

Vous êtes mort, je ne sais rien de la mort des hommes,
rien de la goutte d’eau qui renverse la figure et la dilue en Dieu.

Dieu lui-même qu’est-il, le néant ou la roche ?
la structure de l’ombre, le suprême reproche,
et peut-être à peine notre interrogation ?

Dieu n’est-ce pas la voix de ma mère qui tremble
quand le dernier arbre rassemble
ses fruits,
quand la misère souterraine
délie le dernier bout de laine
et tout de go nous sommes nus ?

Tout de go il fait nuit
et sur nos cœurs les gens dans la détresse
abandonnent leurs graffiti.

Vous êtes mort, Nicolas de Staël,
et je ne connais rien de la mort des hommes !

Sur la toile le rouge et le noir répercutent
l’armature des ténèbres
un lit où l’appétit funèbre
du jour
tourne, tourne à nous rompre les vertèbres !

Le soleil sur la peau des gisants se retire…
Nicolas de Staël, vous aimiez tant que cela la vie ?
tant que cela pour la briser
sans même un cri ?

Ceux qui se tuent se tuent dans le silence
comme un petit enfant qui fronce les paupières
et s’en va.

Les uns sont des oiseaux de roche,
les autres, oh nul ne les approche
dans le grand espace alarmés !

Nicolas de Staël, le jaune vous avait-il lâché ?

Un rien suffit, un rien quand la couleur s’insurge,
on dit «adieu, adieu Panurge »
et l’on remonte au premier signe écrit.

Mais dans le cœur, dans le cœur, qui connaît les dimensions de la Merci ?

JEAN SENAC

 


Christine Clairmont – le pays


peinture: Jacques Hemery: « Approche des lieux » Gouache  La Ciotat  1996

Le pays que je préfère
Est à l’intérieur de moi
La montagne des chimères
Plantée d’arbres à pourquoi.

Il faut tracer un chemin
Dans un bois impénétrable
Sous l’écorce du destin
Chercher le sens de la fable.

Trouver l’harmonie du Temps
Dans les branches du mélèze
Pour que la peine d’antan
Au vif du printemps se taise.

Découvrir sous la fougère
La pervenche aux yeux d’enfant
Qui dans le feu de la guerre
Gardait son contentement.

Aboutir dans la clairière
Où dort l’étang du futur
Tandis que la pensée mère
Monte sans frein vers l’Azur.

Christine Clairmont. « Sur un air d’éternité » 1986


Henri Bauchau – L’Enfant rieur


poupées d’indiens d’Amérique du Nord: Menominées

 

 

L’Enfant rieur

Je suis toujours l’enfant rieur, cet enfant que la guerre
A empêché de vivre en riant son enfance.
Jeunesse, encore en moi, je vais, je cours, je nage
J’adore les chevaux et skier dans la neige
Mon corps est amoureux, il aime, il est aimé
Mon corps est très patient, il est à mon service.
L’instant, couleur du temps, vient à moi promptement
Sur vos balcons, glaciers, travaillés de lumière
De toute ma chaleur je t’écoute, Soleil !

Un jour, je suis tombé, je tombe dans mon corps
Il m’a serré de près, je tombe à la renverse.
Je ne suis plus mon corps, je suis dans ses limites
Je suis un apprenti de mon corps de grand âge
Ignorante espérance, tu vois, je m’abandonne
À la pensée d’amour de ma fragilité.

Henry Bauchau

 

 


Franck Venaille – J’avais mal à vivre


photo national geographic.. Andre Penner     2008 .         enfant proche de Altamira, Brésil

J’avais
mal à vivre
ô
que j’eus peine
à trouver mon chemin
parmi
ronces et broussailles
tous ces fruits rouges que je
cueillais
avec élégance
avant
de leur confier
écrasé dans ma paume
mon
désespoir d’enfant.

Frank Venaille


Armando Ribeiro – un jour peut-être,je t’écrirai une lettre


peinture Gabriel Metsu : dame écrivant une lettre

Armando Ribeiro

Par Claire-Lise dans Printemps des poètes

Un jour, un jour peut-être
Je t’écrirai une lettre
Plume en sang sur feuille blanche
Souvenirs d’un vieux dimanche

J’attendais habillé d’espoir
Assis dans un petit couloir
La dame à la robe endimanchée
Aux cheveux finement bouclés
Qui me prendrait dans ses bras
Et me murmurerait tout bas
Je suis là maintenant
N’aie plus peur mon enfant

Et puis j’étouffais mes pleurs
En murmurant au fil des heures
Encore un peu et elle sera là
Encore un peu et elle viendra
Puis le soleil crèvera les nuages
L’oiseau s’en ira en voyage
Et je l’attendais enfant perdu
Je l’attendais puis c’est tout

Je l’attendais enfant sage
Rêvant de partir en voyage
L’entendre rire un petit peu
Voir le Tage et les bateaux
Sentir la douceur de son parfum
Et puis lui tenir la main
Pour oublier mes souffrances
Et ne plus mourir d’enfance

À l’écriture d’enfant oublié
À l’encre d’un silence blessé
Un jour tu sais, un jour peut-être
Que je t’écrirai une vieille lettre.

 

 


Pablo Neruda – Le pied


art: peinture d'un artiste d'Europe du Nord

 

 


Le pied

Le pied d’un enfant ne sait pas qu’il est pied
il pense être pomme ou papillon

Ce sont les choses familières
vitres, pavés, rues, escaliers,
chemins de terre battue
qui lui apprennent qu’il ne peut pas voler
ou qu’il pas un fruit rond sur une branche.

Très vite la bataille est perdue
il est vaincu
fait prisonnier
et condamné à vivre dans une chaussure.

Petit à petit, il découvre le monde
sans lumière
sans connaître l’autre pied,
lui aussi incarcéré,
explorant la vie comme un aveugle.

Ses ongles sont des grappes de quartz
qui durcissent et deviennent
matière opaque, cornue
et les petits pétales d’enfants
s’aplatissent et prennent la forme
de reptile sans yeux
têtes triangulaires du ver-de-terre.
Se couvrent de cals
de minuscules volcans de la mort
d’inacceptables cors.

Mais cet aveugle continue de marcher
sans trève, sans halte
heure après heure
un pied après l’autre
devenu la propriété d’un homme
ou d’une femme
en haut
en bas
dans les champs, les mines
les grands magasins, les ministères
devant
derrière
dehors
dedans
à peine le temps d’être nu
dans un moment d’amour
ou de rêve
le pied et sa chaussure
marche, marchent
jusqu’à ce que l’homme entier s’arrête.

Maintenant il est en terre
mais il ne le sait pas
parce que tout est obscur
dans cet endroit
il n’a jamais su qu’il n’était plus pied
et si on l’enterrait pour qu’il devienne pomme
ou pour qu’il puisse voler.

(traduit de Estravagario)

 

sculpture: - H Matisse Pied ( étude)


Nadia Tueni – En montagne libanaise


photo perso: montagne du plateau de Lassithi ( Crète)... n'étant jamais allé au Liban... mais je suppose qu'il y a - dans la sécheressse, - des points communs

A la découverte  ( en voletant  cueillir  du pollen ), l’abeille  que je suis  découvre « encres du monde », – de Claire-Lise

dont j’extrais ce  beau texte

En montagne libanaise, un poème de Nadia TUENI (Liban)

———

Se souvenir – du bruit du clair de lune,
lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
et que traîne le vent,
dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

Se souvenir – d’un village escarpé,
posé comme une larme au bord d’une paupière ;
on y rencontre un grenadier,
et des fleurs plus sonores
qu’un clavier.

Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
des chênes gercés que Septembre abreuve,
des fontaines et des muletiers,
du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

Se souvenir – du basilic et du pommier,
du sirop de mûres et des amandiers.

Alors chaque fille était hirondelle,
ses yeux remuaient, comme une nacelle,
sur un bâton de coudrier.

Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
des sentiers qui mènent au bout du nuage,
du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
et des cloches folles, du mois de juillet.

Se souvenir – de chacun, de tous,
du conteur, du mage, et du boulanger,
des mots de la fête, de ceux des orages,
de la mer qui brille comme une médaille,
dans le paysage.

Se souvenir – d’un souvenir d’enfant,
d’un secret royaume qui avait notre âge ;
nous ne savions pas lire les présages,
dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
sur les Monts Liban.


Pierre GAMARRA – comme une goutte de sang


Comme une goutte de sang
Comme un signe de corail,
Comme un rêve de cerise,
une voile sur la mer.

Comme le cri d’un enfant,
Comme une larme d’octobre,
Comme le feu de mon cœur,
une voile sur la mer.

Comme une lèvre de femme
Comme une perle profonde,
Comme l’œil de la sagesse
une voile sur la mer.

peinture: M de Vlaminck, ville au bord du lac - 1909

PIERRE GAMARRA,

Poèmes inédit» pour les enfants,
© Les Éditions ouvrières.


la Main noire (RC)


Mains noires…

Je me souviens

De mes peurs d’enfant

De ces peurs de mortel

Quand on s’aperçoit

Que le fragile nous est

Que ces ténèbres nous guettent

En peurs secrètes

L’hésite

D’un devenir adulte

En angoisses réelles

Au seuil cruel

Géant, complexe

Le monde est là

Le futur  aussi

Qui guette

Interdits, et sexes

Premiers appels

Carmins bavards

Fleurs, et peurs

Futur  « grand »  et ex-

Enfant