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Lautréamont – Les Chants de Maldoror (30)


The Two Brothers - Kay Nielsen, from Grimm's Fairy Tales: The seven-headed dragon came and breathed fire, setting all the grass ablaze...

The Two Brothers –          Kay Nielsen, from Grimm’s Fairy Tales:              The seven-headed dragon came and breathed fire, setting all the grass ablaze…

 

 

 

 

 

 

Tremdall a touché la main pour la dernière fois, à celui qui s’absente volontairement, toujours fuyant devant lui, toujours l’image de l’homme le poursuivant.

Le juif errant se dit que, si le sceptre de la terre appartenait à la race des crocodiles, il ne fuirait pas ainsi. Tremdall, debout sur la vallée, a mis une main devant ses yeux, pour concentrer les rayons solaires, et rendre sa vue plus perçante, tandis que l’autre palpe le sein de l’espace, avec le bras horizontal et immobile.

Penché en avant, statue de l’amitié, il regarde avec des yeux, mystérieux comme la mer, grimper, sur la pente de la côte, les guêtres du voyageur, aidé de son bâton ferré. La terre semble manquer à ses pieds, et quand même il le voudrait, il ne pourrait retenir ses larmes et ses sentiments :

« Il est loin ; je vois sa silhouette cheminer sur un étroit sentier. Où s’en va-t-il, de ce pas pesant ? Il ne le sait lui-même… Cependant, je suis  persuadé que je ne dors pas : qu’est-ce qui s’approche, et va à la rencontre de Maldoror ? Comme il est grand, le dragon… plus qu’un chêne !

On dirait que ses ailes blanchâtres, nouées par de fortes attaches, ont des nerfs d’acier, tant elles fendent l’air avec aisance. Son corps commence par un buste de tigre, et se termine par une longue queue de serpent.

Je n’étais pas habitué à voir ces choses. Qu’a-t-il donc sur le front ? J’y vois écrit, dans une langue symbolique, un mot que je ne puis déchiffrer. D’un dernier coup d’aile, il s’est transporté auprès de celui dont je connais le timbre de voix.

Il lui a dit : « Je t’attendais, et toi aussi. L’heure est arrivée ; me voilà. Lis, sur mon front, mon nom écrit en signes hiéroglyphiques. » Mais lui, à peine a-t-il vu venir l’ennemi, s’est changé en aigle immense, et se prépare au combat, en faisant claquer de contentement son bec recourbé, voulant dire par là qu’il se charge, à lui seul, de manger la partie postérieure du dragon. 


le crachoir (RC)


En  écho aux  oeuvres ouvertes,   et  l’oreille  du tyran…  voir ici

fragment de statue de Staline. - oreille - Berlin

Au miroir du jour

J’ajoute  sans  détour

Qu’au tyran de métal

Dont il ne reste  du mal

Qu’une vilaine oreille

(ça pourrait être l’orteil)

Mr Duchamp, en ready-made

Aurait trouvé de l’aide

Avec un nouveau sujet

En déplaçant l’objet

Pour en faisre la risée

Dans un beau musée

A cet objet d’hier

Ce serait pissotière

Ou bien un crachoir

A recueillir le noir,

Paroles  assassines

Dûes au vieux Staline

Qui f’sait son malin

Dans la ville  d’Berlin

Qui faisait son fier

Aux côtés d’Hitler

Son vieux copain d’ami

Devenu l’ennemi

Du peuple, petit père

A gardé la guerre

Et d’vieux souvenirs

Qui feront vomir

Dans cet entonnoir

De l’oreille -crachoir.

Photo personnelle: statue communiste brisée, EuropoParkos, --nord de Vilnius, Lituanie