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Histoire de rangement – ( RC )


 

 

 

 

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brookenshaden favorites  :  Homunculus Stock

 

Parfois, je ne sais plus vraiment où je suis rangé.
On me retrouve dans les endroits les plus divers

( dernièrement sur une étagère ),
…y pendait un tissu frangé .

Autrement, ce fut une fois avec les assiettes,
dans le buffet de la salle à manger :

mais ma vie devait être en danger,
car voisinaient les verres aux multiples facettes.

La bibliothèque m’accueille dans les rayonnages,
généralement c’est en été,

les portes restent fermées,
et j’ai mon lit de pages.

Mais mon corps est en plusieurs parties ,
car tout cela manque de place

( certainement pas assez d’espace
pour y installer un lit ).

Cette histoire de rangement
n’est pas le premier de mon souci ,

je me découpe, je me déplie
tout à fait naturellement .

Des fois il n’y a qu’un pied, qu’une main
qui s’égare par erreur.

Je n’ai pas essayé le congélateur :
ce n’est pas un endroit très sain

on y côtoie de la viande en sachets
des légumes et du pain durci :

je ne fréquente pas ces lieux ci ;
on dira que je ne suis pas prêt….

Il me faut un minimum d’air
pour que je subsiste quand même :

c’est ça le petit problème
de ma présence sur terre.

J’ai égaré mes poumons , mais je respire:
et même tiré en multiples exemplaires,

je sais qu’il ne faut pas trop s’en faire :
…….          comme situation, il y a pire…


RC – aout 2018


Wislawa Szymborska – Contribution à la statistique


peinture: Philippe Cognée

peinture:        Philippe Cognée

 

 

 

 

Sur cent personnes :

sachant tout très bien, – cinquante deux.

Incertaines de chaque pas, – presque tout le reste.

Prêtes à aider, pourvu que cela ne dure pas longtemps, – jusqu’à quarante neuf.

Bonnes toujours car ne sachant pas faire autrement, – quatre, cinq peut-être.

Enclines à admirer sans envie, – dix-huit.

vivre dans la peur constante devant quelqu’un ou quelque chose
– soixante-dix-sept.

Avec qui on ne rigole pas, – quarante-quatre.

Douées pour le bonheur, – vingt et quelques, tout au plus.

Inoffensives une à une mais sauvages en foule, – plus de la moitié assurément.

Cruelles si les circonstances les y obligent, – il vaut mieux ne pas le savoir, même approximativement.

Echaudées craignant l’eau froide, – guère plus nombreuses que celles qui la craignent sans avoir été échaudées.

N’empruntant rien à la vie sauf les choses, – trente, j’aimerais me tromper.

Percluses, dolentes sans le moindre falot dans le noir, – quatre-vingt-trois.

Justes, – beaucoup, trente-cinq.

Mais si cette vertu s’accompagne d’un effort de compréhension, trois.

Dignes de compassion, – quatre-vingt-dix-neuf.

Mortelles, – cent sur cent,

Nombre qui pour l’instant ne change pas.

 


Laura – Prélude, comme une attente


dessin: Aloïse, musée de Lausanne

J’ai entendu le mot prélude,

c’est comme une attente,

un prélude à la nuit,

un prélude à l’aurore,

mais comme je ne suis pas sûr,

je préfère m’arrêter là.

 

Un alphabet de saveurs,

il faudrait donc les classer et pourquoi ?

Toutes les saveurs, comme tous

les malheurs et tous les bonheurs

n’ont pas d’alphabet.

 

Tout est mélangé, une larme de cannelle,

un piment de douleur.

On goûte à tout, café torréfié pour

se réveiller et pièces montées

pour les mariés.

 

Ne vous embêtez pas surtout

pour faire cet alphabet de saveurs,

elles viennent à notre bouche

et vous les reconnaissez sans erreur.

Laura

La personne qui a écrit ceci l’a  fait à travers un atelier d’écriture  organisé  dans un hôpital psychiatrique, et publié  dans  « mots de passe  »  (  ville de Martigues)


Image

L’île aux images – dénouer


 25 février 2007 by   (l’ île aux images)
Xavier G  nous faisant souvent partager  ses textes  avec des liens  renvoyant à des images photographiques, voir  son site

dénouer

 

 

mains qui s’épuisent à nouer encore et toujours,

attention maladive portée aux noeuds, l’accident, traumatisme, nouer, nouer, nouer, encore et encore, nouer, se protéger, se cacher derrière la forêt de cordes bien circonscrite, taire le reste, tout le reste, incapacité de parler de soi, ne parler de rien d’autres que du travail et des banalités,

vérifier les noeuds, y penser tout le temps, concentration, pas le droit à l’erreur, la vie court-circuitée par les noeuds, rêver d’être sauvé par un noeud, peur lancinante du silence des cordes qui se nouent, la culpabilité grignote jour après jour, ce qui est autour de, ne jamais être soulagé des noeuds solides et de leurs sempiternels vérifications,

mais oublier que les attaches rouillent et qu’elles lâcheront un jour, bien avant qu’on ait pu dénouer les fils de ses obsessions

Noeud touline